• Dans mon travail, je côtoie des personnes venues de tout horizon. Je n'ai pas à parcourir le monde car il est là, à ma portée au quotidien et je connais bien des cultures et représentation sans déplacement. Conjugués aux nationaux de plusieurs générations ou fraîchement accueillis, je voyage, en plus, dans des catégories sociales  variables comme peu peuvent s’en vanter puisque majoritairement, les mélanges sont rares. Autant dire qu’au lendemain du premier tour des élections présidentielles, j’ai  retrouvé des personnes en BESOIN de parler. Larmes au coin des yeux pour l’une choquée et incrédule, évoquant un possible retour au pays alors que sa famille est là depuis trois générations, le questionnement et la peur de cette autre qui ne comprend pas ces votes alors qu’elle est si bien accueillie par les personnes qu’elle fréquente au quotidien depuis son arrivée, l'émotion et l’incompréhension de cette autre qui a pu voter pour la première fois grâce à sa nationalité française toute fraîche et dont elle est si fière, cette autre, française et locale de naissance aux parents marocains qui ne comprend pas comment son pays peut déraper ainsi... sauf quand le regard se pose sur les cloisonnements sociaux qui se construisent et se renforcent depuis des années. Plus tous ces autres choqués. 

    J’écoutais, présente et sentant les émotions fortes devant cette situation. Puis je racontais cette anecdote de 2002:

    Au lendemain de premier tour où Jean- Marie Le Pen était arrivé au deuxième tour à la surprise générale, j’avais cours avec un groupe multiculturels composés de Turcs, Maghrébins, Bosniaques, nombreuses femmes voilées et d’autres nationalités variées qui m’échappent désormais. J'étais choquée, triste et profondément désolée de ces résultats qui ne me ressemblent absolument pas. Tous installés, je leur avais exprimé, le visage grave, mes sentiments et combien ce pays là n’était pas le mien . En face de moi, une femme turque se mit à rire et dit quelque chose que je ne compris pas. Sa voisine traduisit alors pour nous: “Que Le Pen mettent tous les étrangers dehors et la France s’arrêtera car la France a besoin de ses immigrés.” Nous avions alors ri tous ensemble tant sa remarque était pleinement juste, évidente, LÉGITIME.

    Ce souvenir reste profondément ancré dans ma mémoire et à chacun des scores de l'extrême droite en tête dans cette région complètement dépendante des étrangers voisins, son rire me revient et cela me rassérène.

    Cette année, avec cette force intérieure nourrie par ces multiples  expériences et rencontres humaines qui jalonnent ma vie personnelle et professionnelle, je me suis entendue dire à l’une de ces personnes en besoin de parler de ces résultats électoraux abominables et irrationnels: “Qui que soit notre prochain président, nous continuerons notre chemin car  ceux qui aiment les gens continueront de les aimer et cela ne changera pas”.

    Là pareillement, nous finîmes par un rire commun.

    Nous n’avons pas d’alternative: Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots." Martin Luther-King.

    En s’enfermant, en se cloisonnant, la rencontre n’a plus lieu, l’autre perd son humanité, devient un bouc émissaire.  Celui qui ne peut plus vivre dignement, satisfaire ses besoins essentiels ou qui craint de perdre ce qu’il possède  se laissera facilement tourner les yeux vers ce-s bouc-s émissaires en buvant les paroles de tel ou tel meneur capable de lui parler dans une langue qui résonne dans ses peurs.(1.) La politique est ainsi irrationnelle, le choix du candidat basé très souvent sur des délires. Quand j’entends ces votants Front National argumenter leur choix par l’opposition entre leurs difficultés quotidiennes et ces prétendus étrangers à qui tout est donné, je leur envoie de l’empathie car je suis persuadée qu’ils ne demandent qu’à vivre en paix, en sécurité avec dignité. Quand j’entends ces personnes clamer qu’il y en a assez de ces pauvres qui profitent du système, qu’eux qui travaillent mériteraient plus de considération, je leur donne de l’empathie car ils ont besoin de reconnaissance et de sécurité. Tous se trompent de responsables sous la conduite de parleurs avides de pouvoir.

    Le héros tient à faire du bruit, se faire connaître, le résistant lui agit en silence(2).  Comptez sur moi pour alimenter l’accueil, le partage, l’amour, au quotidien, tranquillement et discrètement au milieu de ces fracas absurdes. Et  nous avons TOUS à combattre et résister pour que les droits de TOUS soient respectés, que la vie de TOUS soit douce, en sécurité, que les besoins fondamentaux de TOUS soient satisfaits avec équité. Et là, croyez- moi, il n’y a plus lieu de voter pour ceux qui alimentent la peur, le rejet de l’autre, l’enfermement, la séparation.  


    1. Lire Boris Cyrulnick, Autobiographie d’un épouvantail.

    2. En référence au même auteur, Ivres paradis, bonheurs héroïques


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  • A défaut de prendre le temps d'y réfléchir pour étaler mes propres pensées et cheminements ( Ouf! Vous y échappez he) , je vous invite à écouter cette émission autour de la notion HABITER.

    Cette question est récurrente chez moi, je l'ai souvent abordée d'après mes expériences personnelles, je suis  heureuse de trouver des personnes autrement placées se penchant sur cette question fondamentale de nos comportements et représentations tellement aléatoire, faussement évidente. 

    Permis de penser, France Inter


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  • Cette dernière semaine, j’ai entendu souvent sur les ondes ( je n’ai pas la télévision et j’en suis encore plus ravie en de telles circonstances) que les attentats étaient attendus, pressentis, il était malheureusement seulement question de savoir où et quand les terroristes frapperaient. Pendant que les personnes affiliées à cette tâche y travaillaient, nous vivions tranquillement, dans l’insouciance... ou avec la peur du voisin, de l’étranger, du profiteur du système, tous loin de nous et de nos habitudes, fantasmé, porteur de peurs et angoisses indéfinies. Maintenant que notre pays a été touché à deux reprises, en son coeur, en ses valeurs, son humanité, nous avons tous à continuer à vivre, dans la joie, le partage, la chaleur humaine, la solidarité, l’entraide, l’accueil, la rencontre en pleine conscience, actes de RESISTANCE.

    Ainsi, j’avais plusieurs sorties prévues pour les 14 et 15 novembre,  il m’était évident que je ne renoncerai à aucune sous prétexte de peur ou de sécurité surtout qu’elles sont porteuses de messages nécessaires en ces heures troublées.

    1. J’anime depuis plus d’un an un atelier créatif en matériaux récupérés dans une structure aux valeurs de respect de l’humain et de l’environnement. Gratuit, ouvert à tous, chacun y vient avec ses envies, projets, compétences, ou rien et tout est partagé. L’ambiance y est vivifiante, basée sur l’entraide, la coopération, la majorité de ceux qui y viennent repartent enchantés, émerveillés qu’une telle bulle puisse exister. J’en reparlerai plus en détail, peut- être, ultérieurement, toujours est-il que ce samedi 14 novembre, nous sommes arrivés nombreux, le visage tourmenté, préoccupé. Et nous tous sommes repartis soulagés, reconnaissants clôturant l’atelier par des embrassades joyeuses et chaleureuses.

    Parce qu’il est nécessaire d’aller à la rencontre, d’accueillir, de partager, de s’entraider, d’alimenter la bienveillance, les valeurs humanistes et non la peur, l’intolérance, la haine. 

    2. Dimanche, nous sommes parties, mon amie Michèle et moi, en expédition toute la journée. D’abord, le salon Positi’vie afin de participer au forum où je lui ai présenté quelques camarades d’engagement, où nous avons mangé et discuté. L’acte de présence était important d’autant que la foule ne se pressait pas.

    Parce qu’il est nécessaire de dire et montrer qu’un autre monde est possible.

    Dans la foulée, nous avons visité le 3F Art, salon d’art contemporain. Dans la masse d’oeuvres et d’artistes, nous nous sommes nourries de couleurs, de formes venues de partout, avec des démarches multiples et variées. Après les yeux, vint le tour des  oreilles. Parcours mélodieux aux Artisans du son en journée portes ouvertes. Écoutes sur des appareils exceptionnels, partages en foule,  conversations émouvantes et authentiques.

    Parce que la culture est une arme contre l’obscurantisme.

    En ce qui me concerne, rien ne change, mon engagement se renforce  de ce qu’il se passe alentour car je refuse d’alimenter ces énergies malsaines dévastatrices, je préfère participer à celle qui nous nourrit TOUS, base essentielle de toute existence humaine, celle sans laquelle nul ne peut vivre, exister et être.

    Nous ne sommes rien les uns sans les autres. L’humanité est une aussi, malgré l’horreur de ces événements, il m’arrive de penser à ces parents qui ont perdu leurs enfants devenus meurtriers, à ces jeunes en telle déperdition qu’ils n’ont trouvé que la violence comme réponse à leurs questions, stratégie pour répondre à leurs besoins insatisfaits. Comme le répète mon ami Boris, nous n’avons pas d’autre solution que celle de la rencontre.

     

    En conclusion et pour alimenter votre propre énergie d’amour, d’espérance, je vous invite à revoir le fantastique film de Youssef Chahine, Le destin ( article ici à ce sujet en février 2011)  et à écouter cette merveilleuse émission radio du 21 novembre 2015, Sur les épaules de Darwin, Liberté, égalité, fraternité. Rien qu’à la lecture des références sur la page en lien, vous entreverrez la puissance de la parole de Jean- Claude Ameisen, croyez- moi! C’est une des plus belles réponses entendues ces jours- ci. Vous m’en direz des nouvelles, j’espère.  

    A bientôt alors?

     


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  • Cette journée était d’emblée particulière, mouvementée, je m’y étais retrouvée entourée de personnes malmenées par des événements personnels venues se réfugier chez moi, cherchant l’écoute, l’attention et le soin que je sais donner. J’étais donc déjà remuée depuis plusieurs heures quand fiston, rivé à l’ordinateur de sa chambre entra catastrophé dès les premières informations dans le salon pour m'interpeller. Je  sus très vite ce qu’il se passait, nous qui n’avons pas la télévision.  

    Nous restâmes attentifs jusque tard dans la nuit, tétanisés.  Dans ma chambre, heureusement, je suis branchée sur France Culture et j’ai été ravie de ne pas subir le bombardement des informations en direct profitant des Nuits de France Culture. Je suivais via l’application du journal le Monde, refusant de regarder les vidéos ou d’entendre les témoignages directs. Non par lâcheté, ceux qui me connaissent savent que je n’en suis pas mais parce que je ne voulais pas m’effondrer dans les émotions brutes. Je ne pus que difficilement verbaliser ces quelques mots ailleurs, foudroyée par l’éclair des lendemains de terreur, il était 1h59, juste avant de m’écrouler dans un sommeil haché:

     

    Merde merde merde!!! Déjà ça pue! Je crains un écho en décembre ... Haine contre haine, intolérance contre intolérance, qui peut se réjouir de cette perspective? Je ne peux pas pleurer ni crier, j'hésite entre vomir et courir rappeler partout que nous avons aussi le choix d'aller vers la rencontre, le partage, la solidarité... Le monde est ce que nous en faisons, le monde est ce que nous pensons.  

     

    Au matin, j’étais retournée  par le flot de ce que je pressens, pensées d’hier et d’aujourd’hui, la fatigue liée aux émotions de la veille, aux événements, à une nuit écourtée et agitée par une vessie capricieuse. Pareillement, je refusais les images, les vidéos, les témoignages recueillis en direct, c’était trop insupportable, me déchirant le coeur et l’âme, me submergeant de larmes incontrôlables. Je leur préférais les émissions de France Culture avec ce recul caractéristique et les articles écrits. Cela n’empêche pas, loin de là, l’implication et des mots se sont agencés dans ma caboche. Il y a d’abord ceux- ci, en vrac pour évoquer ma bande son des événements, d’autres suivront, plus tard, quand j’aurai su les mettre en ordre.

    Voici donc ma bande son de ces derniers jours:

    Aux premières informations, alors que je comprenais ce qu’il se passait, il y eut Serge  Reggiani, Les loups sont entrés dans Paris en flash immédiat:

    Un long silence suivit car j’étais aux pensées que je vous rapporterai plus tard et tout à coup, ce soir, j’eus envie d’écouter Serge Gainsbourg, Aux armes et caetera car certaines paroles de la Marseillaise résonnaient d’un ton particulier à mes oreilles avec l’écho des attentats du 13 novembre.

     

     

    Et enfin, là, alors que le sommeil me rattrape, m’embrouille, c’est la voix de Jean Ferrat chantant Aragon qui met du baume à mon coeur.

     

    Pardon, je les préfère aux bruits des explosions, des tirs, des sirènes, aux cris, à la panique, à ces voix de témoins terrorisés, choqués… Mon ami Boris souffle à mon oreille alors que j’écris ces mots, je passe par un filtre pour rendre la douleur audible, l’art  permet de partager sans blesser autrui, de transcender afin d’aller vers la résilience. Nous en avons tous tellement besoin car nous avons tous désormais à cultiver la rencontre, le partage, la tolérance, la solidarité et surtout pas à alimenter la peur, la violence et la haine.  


    A suivre.


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  • Sommes- nous capables de mesurer la discrimination au quotidien? Dès qu’un trouble  nous envahit face à telle ou telle situation, c’est qu’il y a effectivement quelque chose de cet ordre. Notre souci est d’avoir des outils pour mettre des mots et ré-agir.

    Bien que le silence soit général par ici, cette question ne se tarit pas chez moi, je suis une vieille révoltée, des habitudes si anciennes et profondément ancrées ne se délogent pas si facilement aussi, j’apporte aujourd’hui quelques matières.

    J’aborde souvent la problématique de la place accordée aux personnes présentant un handicap physique parce que j’y suis confrontée depuis quelques années. Certes, il y a mon expérience personnelle liée à la maladie et ses conséquences mais également toutes les autres circonstances de vie qui m’ont confrontée à des situations déconcertantes:

    • Ma mère était éducatrice spécialisée auprès d’adultes présentant des déficiences mentales; j’ai donc été dans le bain très vite vu qu’elle nous emmenait aux fêtes et sorties de la structure où elle exerçait, le sujet était commun chez nous. En plus, la vie a mis sur mon chemin bien des personnes avec des maladies mentales dont plus d’un sont des proches.

    • Elle a divorcé en 1980, nous mettant dans une situation peu commune à l’époque et la difficulté économique alors que la moitié des vacances et un week end sur deux, nous côtoyons des personnes à la situation très confortable. Je suis devenue ainsi la reine des voyages inter- classes sociales côtoyant des SDF jusqu’à des nantis de vieille bourgeoisie, du milieu des affaires, de la politique, des nouveaux riches,   sans le moindre souci.

    • Elle a eu son premier cancer à 45 ans avec des conséquences que beaucoup ne peuvent même pas imaginer.

    • Nous vivions en HLM avec tout le florilège de diversité culturelle que cela implique.

    • Dans ma vie professionnelle, je rencontre beaucoup de personnes d’origine étrangère, des gitans, des nomades, des sédentaires, de tout âge, toute couleurs, aux parcours de vie incroyablement diversifiés.

    • Je connais des personnes de toutes croyances: chrétiens, catholiques, protestants, orthodoxes, juifs, musulmans sunnites, chiites, bouddhistes, hindouistes, croyants, non- croyants, athées, agnostiques, indifférents.

    • Je ne sais par quel miracle, je suis constamment en rencontre avec des homosexuels et j’y vis de magnifiques amitiés.

    • J’ai le contact facile avec tous; les enfants, les jeunes, les personnes âgées m’apprécient parce que je les écoute, m’adapte à eux et leur laisse la place. Vous avez déjà lu, ici, pour les fidèles, quelques uns de ces partages quand, notamment, des camarades de mon garçon cherchent de l’écoute.

    • Je côtoie des analphabètes, des illettrés, des intellectuels, des racistes, des alter-mondialistes, des politiques, …

    • Nomade, j’ai habité dans de tout petits villages, de petites, moyennes, très grandes villes et passé bien du temps dans la capitale.

    • Pour finir (?), je suis un humain de sexe féminin.

    Autant dire que j’en vois, j’en entends! En plus, je suis curieuse, j’écoute et lis beaucoup, avec un tant soit peu de jugeote, le quotidien en devient forcément une source intarissable d’expériences avec des yeux grands ouverts.

    Ce matin, j’ai rebondi vivement car, par hasard, je découvris le thème de l’émission, Un jour en France, sur France Inter de 10 à 11h:

      La ville est-elle faite par et pour les mecs ? Évidemment! me dis- je spontanément et j’ai été ravie d’entendre les reportages passés ainsi que les intervenants. La problématique de la discrimination abordée ici était tout à fait appropriée aussi, j’invite les lecteurs intéressés à écouter cette émission. Quelque soit votre statut, il y a de quoi alimenter la caboche en réflexion et ouvrir les yeux sur l’environnement.

    Personnellement, je parcours les espaces urbains à toute heure et certains s’étonnent de m’entendre raconter comment, par exemple, il m’arrive régulièrement de traverser la ville, à pied, tard, sans crainte. Je n’ai pas peur non plus quand j’attends mon co-voiturage au bord de la route, le soir… tout en remarquant les regards des HOMMES depuis leurs voitures  et leurs doutes quant à ma place là. L’un d’eux s’était même arrêté tard dans la nuit après avoir être passé, repassé devant moi. Il semblait pas très sûr de lui et noya son poisson dans une vague préoccupation sur mon besoin de quelque chose… Il n’a pas eu de geste déplacé et cela m’a bien fait rire, il n’empêche que ce genre de situation est révélateur des représentations de la place de la femme dans l’espace public.

    A cela, j’ajoute la question cruciale et cruelle de l’accès aux toilettes. Les femmes ont besoin de plus de temps pour utiliser les toilettes, normalement, il serait nécessaire d’en avoir plus pour femmes que pour hommes... et il n’y en a quasiment pas dans l’espace public. Pendant que ces messieurs, eux, peuvent se soulager vite fait dans un coin, sans risque, une femme, elle, a à se déshabiller, en catimini. Imaginez la catégorie handicap+ sondage obligatoire…

    Parallèlement, si la question de la mobilité réduite avec ou sans fauteuil est récurrente dans mes propos, je la lie constamment à celle des personnes âgées, de celles poussant chariots, poussettes ou landaus… et logiquement donc, de la place qui leur ai accordée. Nous en arrivons déjà à un espace soit- disant public, appartenant à tous, où les personnes présentant un handicap, un sexe féminin, un âge extrême ( tout petit ou âgé) sont au mieux négligées.

    Et les enfants? Dans l’émission, il est question de la puberté entraînant un changement de comportements entre les jeunes, filles et garçons. Et avant? Sérieusement, un photographe comme Doisneau ne pourrait plus exercer, trouver de support enfantin... parce que les enfants, eux aussi, sont de plus en plus exclus de l’espace public. J’argumente  personnellement en évoquant ces files et bouchons de voitures devant les écoles aux heures d’entrée et sortie.  Les enfants ne jouent quasiment plus dehors, ne marchent plus, que ce soit en ville ou dans les villages. Surtout, on reste chez soi, dans son jardin ou sa cour, on ne déambule plus. Délire? Et bien, lisez ce texte: Comment on a interdit aux enfants de marcher. Vous m’en direz des nouvelles.

    Bon, je m’arrête là aujourd’hui. Je reviendrai vers vous avec d’autres références et réflexions plus tard. En attendant, bonne écoute et bonne lecture!


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  • Je vous propose ce jeu parce que je me rends compte que cette problématique me poursuit et que mon texte ouvrant le sujet est bien insuffisant. Je m’inspire de quelques un des exercices que nous avons pratiqués lors de cette formation.

     

    Voici deux questions auxquelles je vous invite à répondre en commentaire:

    1. Quand vous entendez le mot délinquant, quel type de personne vous vient à l’esprit spontanément?

    2. Complétez les phrases suivantes:

    Qu’est- ce qui aurait été différent dans ma vie si j’avais été…

    • un homme ( pour les personnes de sexe féminin)

    • une femme ( pour les personnes de sexe masculin)

     

    En anonyme, cela me conviendra parfaitement du moment que vous participez.

    Je ferai un retour si cela se justifie (c’est à- dire avec suffisamment de matière), rapatriant les commentaires d’un blog à l’autre afin que nous ayons l’ensemble. D’autres articles sur le thème s’ajouteront quand j’en aurai envie, quoi qu’il en soit des réponses.


    Merci d’avance à tous ceux qui s’y attarderont!


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  • J’aimerais revenir sur cette notion.

    Au regard de la définition donnée par le Larousse, je l’ai utilisée à bon escient (deuxième onglet) pourtant, me reviennent très souvent les souvenirs d’une formation suivie il y a quelques années dans le cadre de mon emploi.

    Dans un premier temps, les formatrices nous portèrent à réfléchir sur cette notion autour d’images, de phrases, de mots et nous réalisâmes alors les confusions dans les esprits, la puissance dévastatrice des clichés, l’absurdité de la notion de norme (au final, elle se révèle être  un  homme, blanc, diplômé, à revenus et situations confortables, en bonne santé). La conclusion fut qu’à cette heure, le terme de discrimination avait à être utilisé, dans le domaine public, tel qu’il est défini par la loi (consultable ici) car c’est le seul recours dont nous disposons pour réagir contre elle.

    S’en suivit un exposé global de la place de la femme dans la société et les  discriminations subies, avec ses tenants et aboutissants. Bien qu’ alertée, consciente, vigilante, de ce fait même souvent jugée extrémiste quand je me permets de dire ce que j’observe, apprends, pense, alors que je suis engagée sur cette voie depuis des années dans l'éducation et l’éveil de mon fiston, mes interventions, informations données à tour de bras auprès de qui veut bien m’entendre, en particulier auprès des femmes que je côtoie dans mes activités de formatrice, j’en suis sortie assommée. De retour à la maison, je ne pus que répéter à mon garçon: “ Tu ne peux pas t’imaginer la chance que tu as d’être né homme!”.

    Le deuxième jour, ce fut un exposé sur les discriminations subies par les personnes de couleur, d’origine étrangère.

    Lamentable tableau général.

    J’aurais beaucoup à en dire, les anecdotes au cours de ces trois jours ne manquèrent pas. Elles nous ont donné le vertige, retranchés dans des coins sombres que nous ne soupçonnions pas, quand nous étions tous engagés dans des démarches sociales aux valeurs humanistes. Il n’empêche que régulièrement, je soulevais la problématique de la discrimination envers les personnes porteuses d’un handicap, posant des questions, interpellant, témoignant d’expériences vécues ou rapportées par d’autres. Les formatrices le reconnurent honnêtement, elles ne connaissaient quasiment rien sur ce sujet, je leur ouvrais des portes d’études à venir; mes camarades de formation eux avouèrent ne pas s’en rendre compte. N’y a t-il pas la loi de 2005? Les emplacements réservés?  les aménagements, les aides? ... oui, ils existent... au même titre que l’égalité déclarée entre femmes et hommes, sans distinction de couleur ou d’origine.

    La discrimination est si profondément ancrée dans les comportements et les mentalités qu’elle passe souvent inaperçue voire est considérée comme normale ou pire, naturelle.

    A la première réunion entre collègues, je fis un retour sur ces journées de formation. Un malaise s'empara de tous quand j’affirmai haut et fort que nous, en tant qu’agents publics, nous avions à dénoncer les discriminations dont nous étions témoins. Force est de constater que la majorité ne sait ce qu’est la discrimination et encore moins réagir, comment  alors lutter efficacement contre elle?

    Suite à cette formation, j’ai mis en marche un processus de dénonciation de discrimination à mon encontre. Je la raconterai plus tard car ce serait trop long de l’ajouter ici. Elle est tout à fait représentative de la schizophrénie générale où nous vivons et n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

    A suivre donc, ici aussi...


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  • La neuroposture dit que la position assise est toxique, nous avons à être debout ou accroupi, toujours sur nos pieds et non nos fesses. Suite aux conséquences Devic, je le mesure particulièrement au quotidien. Je ne supporte plus de rester assise et j’aime mieux être bien debout que mal assise. Avec la fatigabilité augmentée, je passe en fait de l’une à l’autre selon les besoins, bougeant sans arrêt.

    Mon emploi s’y prête bien vu que je vais d’une personne à l’autre, du bureau à la salle d’étude, d’une armoire à l’autre, du poste informatique de droite, à celui de gauche, au téléphone, aux dossiers ou à la photocopieuse, parfois les toilettes selon l’état général et l’heure.

    En réunion, projection, conférence, c’est plus complexe. L’assise est tellement profondément ancrée dans nos moeurs que quelqu’un restant debout déstabilise et je me vois proposer sans arrêt une chaise, une place. “Non merci, j’aime mieux rester derrière - ou sur le côté, c’est selon la géographie des lieux- parce que je suis mieux debout qu’assise” est- il nécessaire de répéter.

    Chez les amis, je m’arrange pour bouger en me promenant dans les lieux ou en participant l’air de rien. En concert, il y a possibilité de danser, au cinéma, au théâtre, c’est plus compliqué surtout que l’espace n’est guère large alors souvent, je m’installe sur les côtés pour pouvoir gesticuler, me lever ou rejoindre les toilettes sans gêner le public derrière.

    Les déplacements en voiture dépassant l’heure sont problématiques d’autant que les vibrations, mouvements, résonnent chez vessie qui s’active et crie à l’improviste, le plus souvent au pire moment.

    A la maison, c’est naturel d’aller et venir au gré des besoins vu que j’y fais totalement à ma guise, sans contrainte sociale. Mon garçon rouspète souvent sur mon activité qu’il juge envahissante: “ Tu ne peux pas arrêter de travailler” dit- il régulièrement. De la part d’un adepte revendiqué de la glande, je laisse passer notant toutefois au passage que si je glandais comme lui, il serait le premier mal barré

     

    Il reste que les espaces et le mobilier ne sont pas adaptés.

    Sur mon lieu de travail, le rapport de l’ergothérapeute promettait un espace fantastique entre éclairage spécial, poste informatique aménagé, bureau et chaise adaptés. La réalité en resta éloignée et sans mes récupérations, j’aurais vite été mise en situation d’incapacité à exercer. Là, je m’adapte à ce qui est avec opiniâtreté parce que j’ai eu la chance de récupérer, que je suis désormais habituée à faire avec des environnements inappropriés.

    Les sanitaires, salles de bains et toilettes en particulier restent un vrai casse - tête, partout, je l’ai souvent relaté.

    A la maison, le canapé que je n’utilisais déjà plus vraiment avant ( du fait de l’absence de téléviseur?) est à usage exclusif du fiston et je n’en aurais pas si la voisine ne me l’avait donné. A la cuisine, il est possible d’adapter quelques hauteurs, il reste que les chaises, les tables, les lits sont bas, les bureaux se révèlent être un objet de torture insoupçonné quand les activités pratiquées impliquent son usage important. Je me suis renseignée sur les tables de travail et chaises à hauteur variable; devant les prix, j’ai pris la fuite. J’ai tâché de fabriquer moi- même quelque atelier informatique, coupe, couture, peinture et compagnie, je me retrouve avec un lieu incommode où je reste debout devant mes machines puis fatiguée, je me triture le corps pour arriver à mes fins. J’ai, en particulier, noté ces derniers jours que j’avais beaucoup à raconter pour le blog et que finalement, j’en repoussais l’écriture rien qu’à l’idée de me casser le corps à rester devant l’écran et le clavier. Je suis mal barrée... et si vous attendez des nouvelles régulières ici, vous êtes tout aussi mal barrés.

     

    Je rêve d’aménagements, de rangement, d’un bureau atelier à hauteur adaptée, de siège assis- debout, d’un lave- mains dans les toilettes, d’un lit plus haut, j’aimerais pouvoir me dire que si le fauteuil se la ramène, j’aurais la place pour déambuler, sortir- entrer à ma guise, pouvoir me laver sans crainte, accéder à ce qui m’est important, être en sécurité, pouvoir être aidée. J’y pense et puis, je passe à autre chose parce qu’autrement, je cultiverais des peurs, des angoisses incessantes et inutiles. Je n’ai pas les moyens d’avoir un logement adapté à mes handicaps, la maladie, mon style de vie. Quand il n’y a pas de sou, c’est: prends ce qu’on veut bien te donner, sois- en content, ferme ta bouche et démerde toi. Là dessus, je ne parle pas que de handicap, j’en côtoie assez pour dire que c’est une question globale. L’argent d’ailleurs ne suffit pas toujours, la situation est telle en France, que même ceux qui ont de quoi vivre sont confrontés à des problèmes de logement, d’espace.

     

    J’ai mis près de quatre heures à écrire ce texte, en gesticulant, debout, assise, accroupie sur la chaise, devant l’écran, vaquant de temps en temps à telle ou telle autre activité histoire de dérouiller le corps mal en point dans ces postures, à un bureau mal commode. Pour conclure, parce que je fatigue et que j’aspire à autre chose, je termine ainsi:

    Tout autour de nous, règnent des discriminations si profondément ancrées que la majorité ne les voient pas, ne réagit pas. Nous vivons dans des espaces absurdes à l’idéologie univoque, les bâtiments, les espaces portent les représentations de soi, d’autrui, de la société de ceux qui les conçoivent. Souvent, ils ne profitent qu’aux adeptes du profit immédiat sans considération pour les besoins fondamentaux humains.

    L’affirmation est radicale, je le sais, c’est un point de vue. Je reviendrai ultérieurement avec des références notables au- delà de ma simple expérience car mes questions s’alimentent aussi de ce que j’entends, de ce que j’observe alentour, de ce que je lis.

    A suivre donc.

     


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  • La réflexion autour du déplacement est présente chez moi depuis belle lurette, à vrai dire depuis l'enfance et j'ai ( eu) quelques idées devenues réalités ou en voie de le devenir, certaines remarques encore inaudibles par beaucoup. Avec la fragilité économique puis la maladie, le handicap, elle prit d'autres ampleurs et je pose régulièrement la question de manière très concrète d'une vie sans voiture.

    Les transports en commun dans le secteur sont pauvres. Depuis des années, je demande une station d'autopartage en vain. L'ambiance globale ne s'y prête guère, l'étalement urbain, les mouvements pendulaires et l'argent de la Suisse conduisent à l'omniprésence de la voiture associée de plus,  souvent à un signe extérieur de richesse. Les nouvelles constructions ont une partie garage/ stationnement aussi grande que la partie habitation ( voire plus ) entre la voiture de monsieur, la voiture de madame, les voitures des grands enfants, la voiture du dimanche et les autres véhicules à moteur. Aberrant. J'évoque à peine le concours de la plus grosse berline ou du 4X4 qu'il s'agit de ne surtout pas salir, le grignotage des terres agricoles pour construire des routes toujours plus grandes, plus larges afin de contourner les communes- dortoirs bourrées de véhicules diesel. Je mesure particulièrement l'absurdité de ces choix avec les années de paralysie et de mal- voyance pendant lesquels je vécus un enfermement abominable du fait de ne plus pouvoir me déplacer avec en prime, un SeN rechignant à me sortir ne serait-ce que de la maison. Dès que je vis à nouveau, je mis les voiles de ce village reculé et de cette vie sans perspective; depuis, je refuse d'habiter dans un lieu où la voiture est absolument indispensable aux tâches élémentaires du quotidien. Je m'installe donc au plus près de mon lieu de travail, des commerces, pharmacie, médecin, d'une gare et de bus au cas où ma voiture ou ma vue lâcherait... dans la mesure des possibilités offertes par les lieux ( trouver un logement accessible est très loin d'être facile, je le répète). D'emblée, pour les bricoles, je fais au maximum à pied trimbalant mon chariot à roulettes raccommodé de partout en cas de charges volumineuses, refusant catégoriquement la voiture pour la pharmacie, le médecin, la Poste, les services de proximité. Si j'ai à me déplacer plus loin, je rationalise: je ne me déplace pas avec un seul objectif, je cumule sans oublier que la moindre occasion de covoiturage est saisie.

    Il y a trois- quatre ans, le moteur de la pétrolette était à changer car des fuites d'huile n'offraient pas d'alternative. Aucun garagiste ne l'aurait fait, la voiture étant trop vieille, l'opération trop coûteuse. Une bonne âme se chargea d'en trouver un d'occasion et de me le changer pour une somme non négligeable, néanmoins supportable. Nous fûmes donc sans voiture pendant plusieurs mois. J'avais le taxi pour le travail ( pris en charge par l'employeur dans le cadre de l'aménagement du poste), le vélo ou les pieds pour le reste. Au pire, je prenais le train avec le vélo car les déplacements jusqu'à la gare et de la gare au lieu de rendez- vous posaient problème à mes jambes et vessie capricieuses; j'ai beaucoup covoituré également dès que possible. C'était d’un compliqué! Je virevoltai avec plus ou moins de réussite. La tentative de vol en septembre 2014 me renvoya à cette danse périlleuse complexifiée en raison de la fin du taxi. En effet, depuis juillet 2014, économie oblige, le Rectorat ne le prend plus en charge, j'ai donc à me débrouiller. J'envisageais naturellement le vélo. Cependant, la dernière tentative s'avéra malheureuse vu que je tombai de côté provoquant une onde de choc importante dans le corps et des blessures aux douleurs lancinantes. Avec mes soucis d'équilibre, chargée, ce n'est pas facile. Que dire alors quand je n'ai pas de force ou d'énergie? Qu'il pleut? Qu'il fait nuit? Cette chute freina mes intentions premières. Lorsque je voulus m'y réessayer, je constatais un pneu arrière dégonflé. Pleine de bonne volonté, je sortis la pompe et finis par tout ramener au garage, l'embout de la pompe ne correspondant pas à celui de la chambre à air. J'avoue, j'ai la flemme de m'y remettre. J'avais également regardé les solutions pour aller travailler à dix kilomètres sans voiture. Le vélo signifiait passer sur une route chargée, à travers bois tout en trimbalant du matériel dans les sacoches arrière, je laissai vite tomber. Je regardai les lignes de bus parcourant la région. Ils passent devant chez nous quotidiennement souvent vides. Deux demi- journées par semaine, cela me parut jouable… à condition de partir quarante- cinq minutes avant de commencer et d'attraper le premier tout de suite la tâche accomplie sinon, c'est attendre une bonne heure pour le suivant, sans aborder la question du matériel à trimballer à bout de bras. Je regardai aussi comment me rendre aux réunions mensuelles à la maison- mère: entre pieds, bus, trains, 4h45 sont nécessaires pour effectuer 40 km, aller simple. Je laissai tomber pour évaluer le retour. Les sorties, visites aux amis, famille et connaissances alentour ne furent pas abordées, c'était véritablement trop compliqué et contraignant. Renoncer à la voiture, c'est renoncer à tout un pan de vie sociale. Par chance, ma mère me prêta sa voiture le temps de récupérer la mienne.

    A partir de décembre 2014, mon emploi du temps changea, je n'ai plus à aller à dix kilomètres, désormais, je travaille dans la ville où j'habite. Avec la fatigue et la récupération de la voiture opérationnelle, je fis souvent les petits déplacements à moteur tout en me disant que c'était vraiment débile. Quand la force est là, j’y vais à pied et notamment quand la météo est clémente. C'est riche d'enseignement. Non seulement je fais les allées et retours d'une bonne marche ( si vessie ne s'en mêle pas) mais en plus, je ne suis pas entravée dans mes déplacements entre le bureau, les élèves et la photocopieuse, mes tâches d'enseignement. Je constate joyeusement les bienfaits d'avoir pris l’air, dérouillé le corps. S'y ajoutent le chant de la rivière, des oiseaux ou de la pluie sur mon super parapluie multicolore, les odeurs des arbres, des fleurs, la vue des jardins, les rencontres, la présence en solitaire aux mouvements du corps. En ces circonstances, je vis la grâce.

    J’ai la chance de pouvoir marcher, avec la paraplégie, ce serait pire: le logement soit- disant accessible ajouterait des difficultés aux tâches quotidiennes basiques, je pourrais à peine dépasser, avec de la chance et de l’aide le bout du chemin et même si j’avais un véhicule adapté, je n’arriverais pas seule à y accéder en raison des portes, du manque de place sur l’aire de stationnement. La ville, quant à elle est quasi impraticable entre une géographie en colline, des trottoirs aléatoires, une grosse circulation. Les bus sont inaccessibles, la gare assez loin pour épuiser des petits bras pas musclés en fauteuil basique avant d'être arrivée. J’en passe sur l’hypocrisie générale autour du handicap...

    Au delà des limitations physiques, il y a la problématique financière qui concerne encore plus de monde. Qu’en est- il de ceux qui ne peuvent passer le permis de conduire, posséder un véhicule et l’entretenir? Comment envisager le ravitaillement, l’accès à l’emploi, aux formations, à la vie sociale dans des zones devenues dortoirs où chacun s’enferme derrière ses murs, où les lieux de vie communs disparaissent, où les voisins ne se connaissent pas?

    Ma vieille pétrolette me laisse dans le plus grand flou concernant sa durée de vie et je n’ai pas assez de revenu pour en racheter une autre, qui plus est, au regard de ma situation, je n'ai pas accès au crédit ( je précise que je déteste l'idée de s'endetter pour une voiture car c’est un gouffre financier où tout n'est que perte et frais sans bénéfice en plus d'une aberration quant à son impact sur l'organisation globale de nos sociétés, de nos espaces). Titillée par ce fait, je me suis dit qu'il devait bien y avoir une possibilité quelque part, que des changements de mentalités sont en œuvre depuis quelques années alors, volontaire et confiante en l'humanité, j'ai benoîtement entré «voiture solidaire» sur un moteur de recherche. Apparurent les Autos du cœur. C'est une solution en cas de guimbarde envolée certes, elle ne m'est pas moins qu'un pansement temporaire dans un système global insensé, absurde, destructeur.

     

    La conclusion n'est guère glorieuse. Dans l'organisation globale actuelle, là où je suis, sans voiture, je me retrouve fortement entravée voire bloquée, exclue en raison de mes soucis de santé et de revenus. En l’écrivant, je pense à toutes ces personnes âgées, malades croisées dans le taxi- ambulance coincées dans un village reculé où il n’y a plus rien, avec une maison à entretenir, le premier médecin à des kilomètres, la gêne de demander de l’aide à une famille toujours très occupée. Ah ça oui, j’en ai entendu des histoires alors que nous avions des heures de route pour une demi- heure de rendez- vous à l'hôpital.

    Tout au bout de ces réflexions, le plus désolant à mes yeux est qu'alors que je suis invalide à plus de 80%, que j'ai des contraintes physiques notoires pour me déplacer, je me pose toutes ces questions véritablement, sérieusement quand tant d'autres n'ayant aucune limitation physique utilisent leur voiture pour des déplacement de rien sans y réfléchir aucunement. J'en reste coite, parfois sidérée.

    Quand je dis que je n'ai pas la télévision, beaucoup sont interpellés, étonnés, surpris. Quand je parle de cette foutue voiture insensée, beaucoup se rebiffent en criant que sans voiture, ils ne pourraient pas vivre vu qu'il n'y a pas d'autres solutions pour travailler, gérer sa vie quotidienne, faire les courses, participer à des activités, visiter, etc. Je les invite simplement à envisager la question sous un autre angle: oui, c'est vrai, dans un système global organisé autour de la voiture individuelle comme c'est le cas aujourd'hui, nous ne pouvons pas vivre sans voiture ou alors dans une telle difficulté que cela en devient effrayant mais si nous décidons d'organiser le système autrement, avec, par exemple, une économie plus locale, une organisation des services, des emplois, de l'administration, des relations différente, la voiture n'est plus nécessaire.

    Veulent- ils seulement mesurer l'impact de la voiture individuelle dans l'organisation globale de notre système? Pas quand cette démarche génère la peur de perdre.. ce qui est possédé, connu, habituel.

    Bêtement, l'existence des Autos du cœur me rassure tout comme ce réseau d'entraide que je côtoie depuis quelques années où ces réparateurs me sauvent régulièrement la mise ( sans eux, il y a longtemps que je n’aurais plus de voiture) et les changements petit à petit des comportements, des mentalités malgré ces zones où les circonstances aveuglent par excès d'argent ou de misère.

     

    La voiture est une impasse, le reflet d'une idéologie du profit immédiat aveugle et égoïste. Nourrissons d'autres espérances, la vie mérite tellement mieux.

     

    Automobile, la fin du rêve.

    Vivre sans voiture.


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  • Beaucoup de personnes dont la moelle épinière est blessée ont des problèmes urinaires. Ce système est tellement nervuré que la moindre atteinte peut engendrer des dégâts et des inconvénients variables selon les cas. En ce qui me concerne, ma moelle a été touchée à L5- S1, c'est- à- dire très bas au niveau du dos, entre les lombaires et le sacrum. Rapidement, en quelques semaines, j'ai eu des problèmes. Ma vessie est hyper sensible, hyper active, mes sphincters des coffres- forts refusant de s'ouvrir et se refermant très vite. J'ai eu des infections urinaires bébé à staphylocoques difficiles à déloger, j'étais pisseuse avant 2006, la situation s'est logiquement dégradée par ici puisque Devic amplifie nos fragilités. J'aborde d'ailleurs souvent le sujet, les écrits sur le blog à ce propos ne manquent pas, trouvera facilement qui voudra de plus amples informations.

    Je n’ai aucune prise, ma volonté n'y changera rien, cela relève du système neuro- végétatif. Je suis dans cette paradoxale situation où je sens que ma vessie est pleine, s'agite, crie à la vidange alors que mes sphincters refusent de s'ouvrir quand elle le demande ou lâchent inopinément, tout à coup parce que j'ai sauté, me suis énervée, ai marché, suis restée assise ou debout trop longtemps, pour rien. Mystère. Même les médecins n'y comprennent rien, c'est l’anarchie totale. Je peux tout au plus tâcher de vivre au mieux, être vigilante, rester actrice dans les décisions à prendre. J'ai ainsi privilégié l'homéopathie pour prévenir et soigner les infections, tenté quelques essais peu probants en médecines parallèles, tenu à faire entendre ma voix auprès des médecins. Dans les traitements, mêmes impondérables, j'adapte en m'écoutant et ainsi, des règles type cinq sondages par jour toutes les cinq heures prennent des virages au gré de mes libertés: je me sonde quand j'en ai besoin, en fonction des liquides avalés, de mon état, des signaux corporels, de mes besoins en sommeil ou vie sociale. Il n'est pas question de prendre des risques inconsidérés, je suis consciente de la nécessité de pratiquer ces auto sondages, de leurs bienfaits tant sur mon état physique que sur ma vie quotidienne et pourtant, depuis des années, je me pose très souvent de nombreuses questions dépassant largement ma personne, mes besoins essentiels.

     

    D'emblée, s'il n'y avait la Sécurité Sociale, la prise en charge à 100% avec l'ALD, le tiers payant, je ne pourrais pas en bénéficier. Déjà qu'avec leurs histoires de franchises, chaque acte ou traitement grossit la retenue qui, au final, se déduit d'un remboursement ou d'une pension. Quand les revenus sont riquiqui et les soutiens absents, ce n'est pas rien. Comme beaucoup, je renonce à des soins, malgré la dangerosité de la maladie, je l'ai déjà dit et pourtant, je m'interroge fréquemment sur l'injustice entre nous et les populations n'ayant pas accès à ce genre de traitements. N'ont- ils d'autres choix que de mourir après avoir souffert, s'être inquiétés et angoissés? Passé le pire des crises de 2006, je clamai souvent: « Sans la Sécu, je serais morte! Je serais née ailleurs ou même aux États- Unis, c'en était fini de moi! » ( affirmation en outre révélatrice de la confiance que j'avais dans mon entourage quant à leurs capacités à s'engager financièrement pour me sauver).

    Se pose ensuite la question de la production des sondes. Comment et avec quoi sont- elle fabriquées? Dans quelles conditions? Où? A sa suite, je suis régulièrement interpellée par la problématique des déchets. La vue de ces quantités énormes de plastique à usage unique voués à la poubelle me dérange. Je jette des sachets pleins chaque semaine entre les emballages et les sondes elles- mêmes, sans compter les transports, acheminements totalement inconnus. C'est aberrant parce que j'ai une maladie impitoyable, handicapante dont je ne suis pas responsable et je m'interroge sur le coût global de mon accès à la satisfaction de ce besoin vital d'éliminer. C'était logique, il y a longtemps que je suis outrée par la chasse d'eau à l'eau potable tirée tant et tant chaque jour par chacun d’entre nous, par le volumes des couches, protections à base de pétrole ( une couche pour bébé = un verre de pétrole.. et oui!) utilisées et jetées quotidiennement avec une dégradation coûteuse et polluante dans une quasi indifférence générale. Si j'ai trouvé des solutions alternatives pour les protections urinaires et féminines jetables, je suis totalement tributaire de ces produits médicaux et il ne me sied guère de ne pas avoir d'alternative.

    Depuis 2006, j'ai tenté à plusieurs reprises de faire sans les sondes. Quand je constate qu'après des mictions naturelles, il n'y a plus de résidu dans la vessie, je les évite, comptant sur une hypothétique récupération, une évolution heureuse de l'organisme. Néanmoins, ces sensations de mieux ne valent absolument rien: chaque bilan uro-dynamique est mauvais, répétant la même rengaine au fil des années. Je me fais alors gentiment remonter les bretelles par Solange, médecin de rééducation, superviseur de mon système urinaire: « Il faut absolument protéger les reins!!! ». Et zou! Me voilà renvoyée aux médicaments, injections de toxine botulique, auto- sondages et autres réjouissances.

     

    Après des années d'interrogation, questionnement, recherches et tentatives avortées, j'ai trouvé un éclairage- réponse il y a quelques mois. Il y avait des problèmes de livraison des sondes urinaires. La pharmacie se démenait, insistait pendant que le fournisseur se dépatouillait avec le laboratoire. Je ne connais pas les détails exacts, je sais seulement que tout était bloqué en raison de l'accident du livreur habituel et que la pharmacie était bien embêtée puisqu'elle ne pouvait me fournir les indispensables sondes en raison de l'absence de stocks. Prévoyante, je m'y étais prise assez tôt et je rassurai mon interlocutrice sur les délais. Néanmoins, au rythme où elles partent, je me retrouvai, en quelques jours, dans l'embarras. Après plusieurs passages infructueux en officine, je revins avec l'urgence d'un dénouement.

    - Bonjour, je voulais savoir si vous aviez eu finalement les sondes, demandai- je calmement.

    Mon interlocutrice réfléchit, les yeux rivés sur l'écran de l'ordinateur devant elle, préoccupée.

    - C'est que j'en ai besoin pour vivre, cela m'est nécessaire, ajoutai- je, inquiète de ce que le manque de sondes engendrerait.

    Heureusement, une partie des boites étaient arrivées et j'avais de quoi tenir une dizaine de jours jusqu'à la prochaine livraison. Nous étions soulagées et elle partit chercher en arrière boutique ce premier colis.

    En attendant, mes pensées défilèrent, perplexe que j'étais de ma phrase précédente: Suis- je donc si dépendante du bon vouloir d'autrui ou de si malheureuses circonstances? Ma vie tient- elle à si peu? Et s'il n'y avait la Sécu? Et si je n'avais pas les moyens de financer de tels soins? Suis- je donc si fragile et emprisonnée?… Bla bla bla que je laissais glisser sans m'y accrocher car ils ne feraient que nourrir des sentiments anxiogènes et toxiques totalement inutiles. Et bloom! Comme d'habitude, la réponse me vint, lumineuse: Non, la problématique ne pèse pas sur moi , elle se base sur une question de système global. S'il n'y avait pas de Sécu, peu de moyen face à des pathologies pareilles, il y aurait des humains quelque part pour inventer des sondes urinaires réutilisables, en matériaux durables afin que tout malade puisse en bénéficier. Là, aujourd'hui, parce que notre société est basée sur le profit, le choix est fait de produire des objets consommables par ceux qui en ont les moyens grâce à leur richesse et/ ou un système solidaire au bénéfice de ceux qui les vendent ce qui n'empêche nullement ces derniers de le faire avec le souci de soulager les malades, d'améliorer leur qualité de vie, etc. parce que c'est ce que leur permet ce système pour donner du sens à leur ouvrage ( en plus de gagner de l'argent, évidemment).

    Mon sachet me parut moins lourd au retour et depuis, je ne regarde plus ces produits du même œil. Désormais, au lieu de m'interroger sur ma responsabilité, ma fragilité, je réfléchis à ce qu'il se passe ailleurs, en d'autres lieux, d'autres temps. Comment faisaient nos ancêtres avant le plastique et le tout jetable? Comment fait- on dans les pays où ce type de produit est inenvisageable parce que trop cher, inaccessible? Non parce que je veux m'éviter l'angoisse ou la peur mais bien parce que je réfléchis à une alternative. Et pourquoi pas des sondes à usage multiple qui se désinfecteraient dans l'eau bouillante? Ou dans une espèce d'étui technologique où la sonde serait traitée afin d'être réutilisée sans risque? L'humain est capable de tant d'inventions, ce ne serait vraiment pas insurmontable que d'inventer de telles sondes pour en finir avec les injustices, les incertitudes, le coût environnemental et toutes ces questions qui me turlupinent. Il est fort possible également qu'un jour, des progrès médicaux permettront de guérir les blessés de la moelle ou au moins de trouver un moyen pour permettre au système nerveux de re-fonctionner normalement. Ce n'est après tout qu'une question de choix, d'orientation. En attendant, pour l'instant, je compare les différents modèles proposés, cherche le moins volumineux pour déjà réduire les déchets et quand j'ai à répondre à des enquêtes de laboratoires, je précise systématiquement que je souhaite des sondes moins polluantes, avec moins de déchets. Stratégie pour satisfaire mon besoin vital d'évacuation ET mes besoins d'accomplissement et d'autonomie. Tant qu'à faire.


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