• Eau au moulin. Discrimination.

    Sommes- nous capables de mesurer la discrimination au quotidien? Dès qu’un trouble  nous envahit face à telle ou telle situation, c’est qu’il y a effectivement quelque chose de cet ordre. Notre souci est d’avoir des outils pour mettre des mots et ré-agir.

    Bien que le silence soit général par ici, cette question ne se tarit pas chez moi, je suis une vieille révoltée, des habitudes si anciennes et profondément ancrées ne se délogent pas si facilement aussi, j’apporte aujourd’hui quelques matières.

    J’aborde souvent la problématique de la place accordée aux personnes présentant un handicap physique parce que j’y suis confrontée depuis quelques années. Certes, il y a mon expérience personnelle liée à la maladie et ses conséquences mais également toutes les autres circonstances de vie qui m’ont confrontée à des situations déconcertantes:

    • Ma mère était éducatrice spécialisée auprès d’adultes présentant des déficiences mentales; j’ai donc été dans le bain très vite vu qu’elle nous emmenait aux fêtes et sorties de la structure où elle exerçait, le sujet était commun chez nous. En plus, la vie a mis sur mon chemin bien des personnes avec des maladies mentales dont plus d’un sont des proches.

    • Elle a divorcé en 1980, nous mettant dans une situation peu commune à l’époque et la difficulté économique alors que la moitié des vacances et un week end sur deux, nous côtoyons des personnes à la situation très confortable. Je suis devenue ainsi la reine des voyages inter- classes sociales côtoyant des SDF jusqu’à des nantis de vieille bourgeoisie, du milieu des affaires, de la politique, des nouveaux riches,   sans le moindre souci.

    • Elle a eu son premier cancer à 45 ans avec des conséquences que beaucoup ne peuvent même pas imaginer.

    • Nous vivions en HLM avec tout le florilège de diversité culturelle que cela implique.

    • Dans ma vie professionnelle, je rencontre beaucoup de personnes d’origine étrangère, des gitans, des nomades, des sédentaires, de tout âge, toute couleurs, aux parcours de vie incroyablement diversifiés.

    • Je connais des personnes de toutes croyances: chrétiens, catholiques, protestants, orthodoxes, juifs, musulmans sunnites, chiites, bouddhistes, hindouistes, croyants, non- croyants, athées, agnostiques, indifférents.

    • Je ne sais par quel miracle, je suis constamment en rencontre avec des homosexuels et j’y vis de magnifiques amitiés.

    • J’ai le contact facile avec tous; les enfants, les jeunes, les personnes âgées m’apprécient parce que je les écoute, m’adapte à eux et leur laisse la place. Vous avez déjà lu, ici, pour les fidèles, quelques uns de ces partages quand, notamment, des camarades de mon garçon cherchent de l’écoute.

    • Je côtoie des analphabètes, des illettrés, des intellectuels, des racistes, des alter-mondialistes, des politiques, …

    • Nomade, j’ai habité dans de tout petits villages, de petites, moyennes, très grandes villes et passé bien du temps dans la capitale.

    • Pour finir (?), je suis un humain de sexe féminin.

    Autant dire que j’en vois, j’en entends! En plus, je suis curieuse, j’écoute et lis beaucoup, avec un tant soit peu de jugeote, le quotidien en devient forcément une source intarissable d’expériences avec des yeux grands ouverts.

    Ce matin, j’ai rebondi vivement car, par hasard, je découvris le thème de l’émission, Un jour en France, sur France Inter de 10 à 11h:

      La ville est-elle faite par et pour les mecs ? Évidemment! me dis- je spontanément et j’ai été ravie d’entendre les reportages passés ainsi que les intervenants. La problématique de la discrimination abordée ici était tout à fait appropriée aussi, j’invite les lecteurs intéressés à écouter cette émission. Quelque soit votre statut, il y a de quoi alimenter la caboche en réflexion et ouvrir les yeux sur l’environnement.

    Personnellement, je parcours les espaces urbains à toute heure et certains s’étonnent de m’entendre raconter comment, par exemple, il m’arrive régulièrement de traverser la ville, à pied, tard, sans crainte. Je n’ai pas peur non plus quand j’attends mon co-voiturage au bord de la route, le soir… tout en remarquant les regards des HOMMES depuis leurs voitures  et leurs doutes quant à ma place là. L’un d’eux s’était même arrêté tard dans la nuit après avoir être passé, repassé devant moi. Il semblait pas très sûr de lui et noya son poisson dans une vague préoccupation sur mon besoin de quelque chose… Il n’a pas eu de geste déplacé et cela m’a bien fait rire, il n’empêche que ce genre de situation est révélateur des représentations de la place de la femme dans l’espace public.

    A cela, j’ajoute la question cruciale et cruelle de l’accès aux toilettes. Les femmes ont besoin de plus de temps pour utiliser les toilettes, normalement, il serait nécessaire d’en avoir plus pour femmes que pour hommes... et il n’y en a quasiment pas dans l’espace public. Pendant que ces messieurs, eux, peuvent se soulager vite fait dans un coin, sans risque, une femme, elle, a à se déshabiller, en catimini. Imaginez la catégorie handicap+ sondage obligatoire…

    Parallèlement, si la question de la mobilité réduite avec ou sans fauteuil est récurrente dans mes propos, je la lie constamment à celle des personnes âgées, de celles poussant chariots, poussettes ou landaus… et logiquement donc, de la place qui leur ai accordée. Nous en arrivons déjà à un espace soit- disant public, appartenant à tous, où les personnes présentant un handicap, un sexe féminin, un âge extrême ( tout petit ou âgé) sont au mieux négligées.

    Et les enfants? Dans l’émission, il est question de la puberté entraînant un changement de comportements entre les jeunes, filles et garçons. Et avant? Sérieusement, un photographe comme Doisneau ne pourrait plus exercer, trouver de support enfantin... parce que les enfants, eux aussi, sont de plus en plus exclus de l’espace public. J’argumente  personnellement en évoquant ces files et bouchons de voitures devant les écoles aux heures d’entrée et sortie.  Les enfants ne jouent quasiment plus dehors, ne marchent plus, que ce soit en ville ou dans les villages. Surtout, on reste chez soi, dans son jardin ou sa cour, on ne déambule plus. Délire? Et bien, lisez ce texte: Comment on a interdit aux enfants de marcher. Vous m’en direz des nouvelles.

    Bon, je m’arrête là aujourd’hui. Je reviendrai vers vous avec d’autres références et réflexions plus tard. En attendant, bonne écoute et bonne lecture!

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