• Je pleure tous les jours. Un peu. Pour un mot, une musique, une parole, une ambiance, un écho, une pensée. Non de ces sanglots qui soulèvent le corps et remuent les tripes. Des larmes silencieuses et discrètes, retenues, surtout à l’extérieur. Nul ne peut imaginer ce qui se vit à l’intérieur. Certains me trouvent même bonne mine et l’air enjoué. Ma gorge n’en est pas moins terriblement serrée et je me demande constamment comment je fais pour continuer à mener ma barque en plus de ce que je vis dans l’intimité.

    C’est une profonde tristesse, une peine sans fond, un gouffre incommensurable que seuls ces quelques mots ici expriment.

    Contrainte, parfois, par les circonstances, je raconte vaguement ce qu’il se passe et je lis la terreur, l’effroi sur les visages, dans les yeux de ceux qui entendent. Et je me retiens, leur donne de l’empathie, les préserve.

    Avec les médecins, infirmières, pharmaciens, assistants sociaux, nous maintenons le cap au gré des circonstances et des besoins, virevoltants d’une situation à l’autre en raison des changements imprévisibles et de l’évolution.

    Parce que ma mère est dorénavant en soins palliatifs. Chez moi. Dans ma chambre.

    Elle est trop faible pour supporter de nouveaux traitements et le cancer la ronge. Une lutte âpre de 25 ans aux violents épisodes  et lourds tourments passe en phase ultime. Nul ne sait combien de temps cela prendra, nous savons cependant tous que l’échéance approche.

    J’en suis profondément triste.

    Après une enfance et une jeunesse heureuse au sein d’une famille aimante, cette belle femme intelligente avait vu rapidement sa vie basculer dans une spirale d’accidents, mauvais choix,  malchance,  mauvaises rencontres, pertes insupportables, disputes et déchirements. A 45 ans, un premier cancer violent la secoua, elle trouva force et énergie pour surmonter cette épreuve. Cinq ans plus tard, un autre la disait condamnée. elle survécut et résista encore près de 20 ans aux métastases. L’an dernier, il repartit. Elle s’accrocha, erra, en état de choc ne fléchissant pas jusqu’à ce que ma soeur et moi entendions de vive voix qu’il n’y avait plus de solution thérapeutique, il y a dix jours de la bouche de l’oncologue.

    Soins de confort, soulagement de la douleur, lâcher prise sur la surveillance de son alimentation ou la prise de médicaments, faire en sorte que cette dernière étape soit pour elle la plus tranquille, la plus paisible possible. Être à  son écoute et agir en conséquence de ce qu’elle vit à chaque instant. S’organiser pour qu’elle ne court aucun risque, veiller à ce qu’elle soit à l’aise, rassurée, accepter les peurs, les paroles, les silences, les regards … Vivre ce qu’il y a à vivre, avec elle, tant que c’est possible.

    Ma soeur, en état aléatoire, fait du mieux qu’elle peut comme elle peut au regard de sa propre situation. Elle l’emmène en promenade en fauteuil roulant, couverte intégralement pour qu’elle n’ait pas froid, elles se racontent des histoires d’humour noir et se disputent comme d’habitude.

    Mon fiston la taquine, la recadre, la secoue, l’aide quand elle le lui demande tout en posant ses limites. Et ils se chamaillent, s’envoient des mots incisifs et pertinents au point que la rigolade vient régulièrement conclure l’échange.

    Chaque jour, je l’aide à s’habiller, se déshabiller, se laver, s'asseoir, se lever, aller aux toilettes, manger, faire ses pénibles déplacements à l’intérieur. Le fameux appartement soit disant accessible aux personnes à mobilité réduite est un terrain  miné, dangereux sans espoir d’amélioration  avec un organisme HLM sourd à nos demandes, coincés que nous sommes tous par le manque d’espace, de liberté à aménager et d’argent. Constamment la rassurer: “ N’aie pas peur, fais moi confiance, je te tiens, je suis là, tu n’es pas seule, rassure- toi.”

    Je suis aussi le relai- pivot entre les assistants sociaux, les soignants, la banque, les différents organismes- administrations, les associations (car notre situation matérielle  à tous est digne de la haute voltige en plein air) et ma mère qui résiste, fuit ou dénie comme tout être humain confronté à une terrible réalité insupportable. Depuis un an, elle ne voulait rien entendre; la semaine dernière encore, elle parlait de retourner chez elle, répétant l’utilité de son lit, sa cuisinière, ses casseroles, sa vaisselle, son électroménager, ses meubles. Tant d’affaires à mettre en ordre, son appartement à vider, au cinquième étage, sans ascenseur. Trier, ranger, jeter, tâcher de trouver des solutions pour ces choses accumulées et qui représentent TOUTE sa vie dans le respect de ses volontés et de chacun. Sans argent. Moi, seule jusqu’à ce jour.  

    J’appelle évidemment à l’aide dans l’espoir que quelqu’un quelque part viendra soulager ma peine.

    Parce que je ne veux ni bâcler, ni liquider sans soin.

    Finalement, je réussis à lui faire dire qu’elle ne veut pas que ses affaires soient jetées. Elle veut qu’elles soient encore utiles à quelqu’un... et surtout, elle veut transmettre à son petit- fils quelque chose d’elle, concrètement.  Alors, je m’attelle à cette lourde tâche et quand un objet ramené de chez elle trouve naturellement sa place chez nous, je la sens rassurée, soulagée.

     

    J’avoue, mes nuit sont courtes, hachées voire blanches. Il arrive certains jours que chaque pas mis devant l’autre me semble miraculeux. Mes jambes tiendront- elles? Je demande à l’univers de m’aider à tenir maintenant et surtout quand tout sera fini, que la pression sera relâchée. Devic pourrait en profiter pour ramener sa fraise et nous n’en avons pas envie, le supporterions nous seulement après ces longs mois mouvementés et douloureux?

     

    Quoi qu’il en soit, tant que ce sera possible et qu’elle le voudra,  elle restera avec et chez nous, nous nous en occuperons. Elle est tellement effrayée, terrorisée, en état de choc, ne trouvant qu’un maigre refuge dans les programmes de télévision au creux de son lit engloutissant des kilos de bonbons. Cette femme d’ordinaire en perpétuelle colère, incisive, mordante, distante, peu chaleureuse, têtue, solitaire, bougonne accepte désormais d’être bordée, tenue par les deux mains, un peu câlinée et embrassée. Choyée. Il n’y a pas d’âge pour apprendre et ce jusqu’à notre dernier souffle, peut- être même après, qui sait?

    Ironiquement, je suis reconnaissante envers SeN et les grandes leçons que j’ai apprises avec lui car, grâce à cette expérience,  ma mère n’aura pas à subir cette maltraitance pleine de bonnes intentions où la personne diminuée, en danger a finalement peu de place. Je suis à l’écoute des émotions, sentiments, besoins et la priorité est d’être en harmonie, présente à soi et à autrui, en accord. Cela change tout. Même si je pleure tous les jours. Un peu… ou beaucoup comme ce matin à la pharmacie où je me suis précipitée pour récupérer ses médicaments anti- douleurs.

    J’avais si peu dormi et il me fut impossible de retenir les larmes. La pharmacienne, adorable et attentionnée me donna de l’homéopathie pour retrouver le sommeil, soulager la peine en attendant de revoir le médecin généraliste qui, il y a quelques semaines, me demandait déjà: Je ne sais pas comment tu fais pour tenir.  Et je lui avais répondu spontanément: Moi non plus.


    4 commentaires
  • Deux heures de conférence... certes.

    Ajoutons- y la Communication bienveillante et voilà, peut être, la recette de ce qui me permet de tenir au milieu de ces multiples tempêtes incessantes.

     

    Méditation et médecine du corps-esprit : quels effets?

     

    Puissiez- vous y trouver l'un des ingrédients de votre propre soupe réconfortante, au propre comme au figuré.


    votre commentaire
  • Je vis encore, et plutôt deux fois qu’une, je vous l’assure. La vie est tellement pleine d’aventures, de péripéties, d’expériences fortes que le temps me manque pour écrire à moins d’un événement incontournable… Ce début d’année en est- il un?  Peut être… Je saute du moins sur l’occasion pour glisser quelques voeux.

    D’abord, je nous souhaite de n’avoir que les contrariétés du quotidien pour seuls soucis car cela voudra dire que nous ne traversons rien de terrible ou de difficile. Puissions nous ne nous préoccuper que de foutaises pour les mêmes raisons.

    Célébrons la vie qui grouille en nous, autour, si près, si loin, précieuse, fragile et pourtant tenace et du coup, les contrariétés et foutaises resteront à leur place sans importance.  

    Vous comprenez que l’essentiel est entre le lignes, écho à ce que j’écris depuis des années ( ce blog a bientôt 8 ans). Il y a d’autres voix à entendre. Je vous invite, pour ce faire, à écouter cette émission de La tête au carré sur France Inter: L’éducation à la lumière des neurosciences. Après un tour chez les dinosaures, il est question de bienveillance, d’ocytocine, de stress, et de développement du cerveau ( à partir de 17:35). Si vous lisez mon ami Boris, vous initiez à la Communication Non Violente, à la plasticité du cerveau, vous serez en terrain connu. Pour les autres, il y a de quoi s’ouvrir bien des portes. Quoi qu’il en soit, il s’agit d’expérience universelle.

    Puisse cette année voir ce blog se nourrir d’échanges sur ces sujets qui me tiennent à coeur ne serait ce qu’à hauteur de la moitié de ceux qui nourrissent mon quotidien!

    J’aimerais tellement que les relations authentiques de chacun de mes  jour, concrètes, de vive voix, avec mes amis, ma famille, les apprenants de mon métier de formatrice, des personnes de passage, partout, constamment, par delà les présupposés résonnent ici, avec d’autres voix. Accepteriez- vous de m’y aider en y participant?  

    A bientôt pour de nouvelles aventures!


    1 commentaire
  • Dès juin, la fatigue se disait alentour, entre collègues en particulier. Je la savais présente, la canicule n’a rien arrangé et aux premiers jours de vacances, je me vis clouée sur place. Je prêtais attention à mes gestes et mouvements, à dormir de jour comme de nuit, à manger correctement, rien ne changeait. Je regardais un documentaire sur Arte+7 quand je me mis à pleurer, submergée aux premières notes d’une musique de fond alors que rien ne justifiait une quelconque émotion. “ Non, mais alors là, vraiment, ça ne va pas du tout!” Soucieuse de ne pas m’identifier à ces troubles ( genre: je suis déprimée, dépressive, je vais mal dans ma tête ou autre blabla), je me précipitai dans la chambre du fiston en quête de la boite de gélules au safran multi-vitamines et oligo- éléments que je lui avais achetée pour passer le cap Bac. Deux gélules plus tard, je me sentais mieux. En papotant de ci de là, j’ avais appris que les personnes atteintes de maladies auto- immunes grillent plus vite leurs vitamines et minéraux, je décidai logiquement d’ une cure jusqu'à l’amélioration de mon état. C’était sans compter sur les amies: l’une me donna deux bouteilles de sirop de fer et une autre, une plaquette de gélules de magnésium avec pour consigne de continuer les prises jusqu’à l’amélioration. J’avoue négliger le magnésium pour l’instant, je traîne avec des abricots secs et des amandes, par contre, pour le fer, il égraine mon quotidien. Un coup de mou? Hop, une cuillère! Des larmes insensées? Hop, une cuillère! L’effet est notoire, je gère ainsi le quotidien. Avec le magnésium, j’arriverais peut- être à démonter- monter- déplacer les meubles, à danser, à ranger la centaine de tissus qui s'entassent dans ma chambre, que sais- je? J’aviserai au gré des circonstances parce que j’ai à être vigilante tant vis- à- vis de mon état de santé que de la situation matérielle, fiston entamant des études supérieures en septembre. Comme d’habitude, je naviguerai à vue. D’ici là, je suis au fer.


    5 commentaires
  • Ah oui, pour sûr, elles font effet! Tellement effet que le soir de la publication du précédent article, je me suis couchée avec des muscles froissés à la jambe droite. Non mais, comme si après des mois de ralenti mode hibernation, je pouvais imaginer gesticuler toute la journée sans craindre un retour de bâton! Alors voilà, la fée-lée range, liquide des travaux en veille depuis des mois, nettoie, danse au moindre rythme un tant soit peu entraînant avec des réserves à peine remontées et se permet de dire qu'elle écoute son corps. Tu parles! Et bien fait pour le rappel à l'ordre! Donc, aujourd'hui, je me suis remise à la nonchalance: se légumer au soleil, manger du chocolat, boire des tisanes d'ortie, papoter avec mes amis et agir doucement selon les envies et sensations. Finalement, je suis bien fatiguée et pense filer au lit vite fait.

     

    Les mots sont du vent…

     

    Pour preuve supplémentaire, aujourd'hui, j'ai fait une heure et demi de repassage, me suis occupée du fiston, du chat, de ma sœur, des plantes de la terrasse, de la cuisine, du ménage, de participer à deux ou trois actions locales, de la fabrication de deux coussins + leurs housses décoratives pas- faciles- à- faire -sur- du- satin- glissant- avec- surpiqûres- et- autres- complications- que- je- ne- suis- pas- foutue- d'éviter- parce- que- j'aime- que- ce- soit- recherché- et- joli- et- surtout- pas- simple…

     

    Bonne nuit tout le monde! ( voyez l'heure de publication)

     


    votre commentaire
  • J'ai l'impression que le raplapla s'amenuise doucement, pour preuve ces écritures, partie émergée d'un iceberg d'envie de sujets en pagaille me trottant dans la tête. Deux cures de fer m'ont soutenue plus ou moins quelques temps et puis, ma situation économique m'a vite ramenée à la réalité: tous ces soins complémentaires sont coûteux et finissent par passer à la trappe. C'est que j'ai des décisions à prendre au quotidien pour finir le mois sans passer par la case rouge, case qui par effet de vases communicants ampute le mois suivant, donc, j'aime mieux me l'éviter. C'est un sport de haute voltige d'autant que des proches dans une situation économique terrible me sollicitent régulièrement pour simplement survivre, les études en informatique du fiston me coûtent cher, il y a à manger correctement, à payer les factures impondérables, à faire tenir une voiture branlante, y mettre de l'essence pour aller travailler. Dans mes pérégrinations, j'ai rencontré une femme devenue sacrée copine atteinte également d'une maladie auto- immune; elle me répète souvent que ce genre de pathologie amplifie les carences en minéraux, vitamines et oligo- éléments, que nous avons à être plus vigilants et soucieux de compenser ces pertes. Comment faire alors? N'étant pas d'un naturel à me laisser abattre, je cherche des solutions accessibles au moment où j'ai besoin de quelque chose, dans ce domaine comme dans les autres. En ces jours printaniers, je sollicite particulièrement la générosité de Mère Nature.

    Refusant les médicaments chimiques, je bénéficie depuis plusieurs mois d'un traitement homéopathique pris en charge par la Sécu pour calmer les hémorragies, permettant à mon organisme de se recharger en globules rouges et fer. Je l'accompagne en limitant au maximum café et thé parce qu'ils font disparaître le fer. Je mange du chou, du pissenlit, des légumes lacto- fermentés, des légumineuses, des fruits secs, des noix variées, du chocolat noir pour tâcher de me recharger en minéraux, vitamines, oligo-éléments. Une voix lointaine et bienveillante me souffla les bénéfices de l'ortie, j'en fais depuis une cure intensive: en infusion, fraîches, dans les soupes, les légumes. Il y a aussi la cure de jus de bouleau pour nettoyer l'organisme et surtout, dès qu'un rayon de soleil pointe sur la terrasse, je m'y jette visage, bras et mollets découverts pour charger la vitamine D naturellement. Évidemment, j'écoute mon corps, soigne mes relations, mon état d'esprit avec la méditation permanente, regrette néanmoins le peu de place accordée au Qi Gong cette année paradoxalement, je me charge de dormir tranquillement et autant que nécessaire, je ris, m’amuse, me nourris l'âme. Je marche en permanence pieds nus à la maison, tâche de tenir les préceptes élémentaires de la neuro- posture et ne lâche rien sur l'utilisation quotidienne de l'activateur en dentosophie. Je continue les lavements, encore et toujours pour soulager ma pauvre tuyauterie détraquée du fait de blessures à la moelle. Je marche autant que je le peux au moindre prétexte.

    J'ignore concrètement les bénéfices de ce genre de choix, au moins, ils ont le mérite de ne pas laisser le corps se dégrader. Je m'étonne d'ailleurs que malgré les vagues de gastro, grippe et autres maladies touchant l'entourage familial, amical ou professionnel, je passe à travers, supportant tout au plus un léger rhume rapidement pris en charge par quelques granules. C'est un grand mystère pour moi, je l'avoue.

     

    - La santé, c'est tout!, s'exclama, après mon témoignage, l'enseignante lors de ma dernière intervention auprès des étudiants en première année de soins infirmiers ce mois- ci.

    - Qu'est- ce que la santé?, ajoutai- je. Parce que paradoxalement, je me sens en meilleure santé que bien d'autres qui ne sont pas malades, ont tout pour eux.

    Parce que j'écoute mon corps, que je prends soin de lui malgré tout? Parce que d'abord, il y a la vie et que je veux la vivre pleinement?

     


    2 commentaires
  • Ayant beaucoup d’œufs, j'avais envie de préparer quelque dessert. J'abordai la question avec fiston, obtins l'habituelle réponse laconique et vide. Je me souvins d'une tablette de chocolat blanc et l'idée d'une mousse avec des fruits rouges le fit un peu réagir depuis le canapé où il était vautré avec sa console de jeu:

    - Oh! Donne- moi quelques carreaux s'il te plaît

    - Si je t'en donne, c'est ça de moins dans la recette.

    - C'est pas grave, ça ne changera rien, tu verras.

    Je lui donnai une ligne qu'il engloutit vite fait.

    - Hummmm, il est bon ce chocolat.

    - C'est un pâtissier.

    - Il n'empêche qu'il est bon.

    J'ouvris la porte du frigo et préparai vaguement les ingrédients, glissant un pot de crème liquide à côté des œufs. Je lis ensuite plusieurs recettes, histoire de faire à ma façon, comme d'habitude puis, je perdis l'envie de m'y mettre ce soir- là. Je ne manquai pas de cacher la tablette de chocolat blanc parce qu'en évidence aux yeux de fiston, elle aurait disparu dans la nuit, certainement.

    Le lendemain matin, je vaquai aux occupations habituelles et l'idée de la mousse me revint. J'étais bien embêtée parce que je n'avais aucune envie de la faire, surtout qu'il y avait besoin de la laisser prendre au frais au moins six heures… ce qui nous ramenait bien après le repas ( et donc, c'était râpé pour le prétendu dessert). Je tirai au flanc en préparant les ingrédients du repas ( escargots beurre maître d'hôtel- que mon garçon adore- et risotto aux champignons). L'heure tourna encore et sans grand enthousiasme, je me décidai à faire cette mousse. C'était dimanche et comme je n'avais rien fait de spécial pour les 18 ans de mon garçon dans la semaine, je me forçai la main, en plus des escargots. Je déposai les carreaux en morceau dans une petite casserole sur le tout petit feu vitrocéramique. Je savais très bien que c'est à faire fondre au bain- marie mais j'avais la flemme de sortir plus de vaisselle et la casserole spéciale bain- marie en particulier. Je me mis à laver le riz rond à plusieurs eaux et les minutes passèrent. Le chocolat ne semblait pas bouger et quand j'y mis le nez, je découvris que le fond était brûlé et granuleux. Bravo! Je pris une petite cuillère pour reprendre celui qui n'avait pas été atteint, le tout vint d'une pièce. «Bon, je vais faire le tri dans le saladier, ça ira», pensai- je. Tu parles! Tout se mélangea et il y en avait partout. Parce que le granuleux brûlé était majoritairement en minuscules graines, que j'ai sali l'évier, deux cuillères, un couteau, une spatule, aggravé le cas de la casserole. J'avais en outre plein de chocolat à demi fondu ou brûlé sur les mains. Je songeai à enlever des œufs sur la recette vu que sur la tablette initiale, j'avais déjà perdu bien de la matière. Agacée, je sortis un saladier supplémentaire et le chinois pour passer ce magma informe au tamis avec l'espoir de ne pas tout perdre; ce fut heureux mis à part que j'alourdis le poids de vaisselle sale ( pour quelqu'un qui avait eu la flemme de sortir la casserole à bain- marie, c'était ballot). Comme , inévitablement, le chocolat ainsi récupéré refroidissait et donc durcissait, je me rappelai alors de la préparation des œufs. Vite, je séparai le blanc des jaunes, fis monter les premiers au super robot et constatai avec effroi que les jaunes versés sur le chocolat accéléraient son refroidissement! La mixture devint une espèce de truc informe où rien ne se mêlait. Les blancs montés, je les transvasai dans un précédent saladier que j'avais vite rincé et grattai la mixture jaune- chocolat refroidi pour la mettre à battre au fouet dans le super robot. L'idée d'utiliser le blender me traversa l'esprit, j'y renonçai estimant avoir assez sali de vaisselle. Hormis quelques morceaux, après plusieurs minutes, l'ensemble parut se fondre, j'ajoutai un bout de beurre. Pendant ce temps, les blancs attendaient… Dépitée, je mêlai le tout doucement, pressentant la catastrophe à venir. Léchant de temps en temps les résidus, je trouvai le goût agréable et y mis mes espérances; la mixture passa au réfrigérateur. Je préparai le repas et fis la vaste vaisselle. A 12h30, fiston n'était toujours pas levé, je finis par manger seule. Heureusement, le repas fut fameux et je me régalai. Il débarqua bien plus tard, avala le risotto peu enthousiaste et les escargots froids.

    Durant l'après- midi, je jetai de temps en temps, un œil sur la prétendue mousse au chocolat blanc. Mon espoir se déconfit au même rythme que les blancs en neige retombaient. Après 16h, je mangeai des fruits rouges seuls entre deux coutures ou coupes puis n'y tenant plus, je sortis la mixture. Le spectacle n'était pas glorieux: du jaune coulant dessous, du blanc en mousse lâche dessus. Je me servis et goûtai: pas terrible avec les fruits rouges, peu de matière, la prétendue mousse plus proche du liquide que de la mousse, par contre, le goût chocolat blanc était très fort. Après deux ou trois cuillères à café, j'eus un haut le cœur, trop d’œuf, trop de beurre de cacao ( ben oui, le chocolat blanc, ce n'est QUE du beurre de cacao), je rapportai le plat à mon garçon: « Tu peux tout manger, c'est trop riche pour moi, ça devrait alors te plaire.. enfin, j'espère parce que franchement, elle est ratée». A mon grand soulagement, il mangea toute la partie mousse et peu finit dans l'évier. « C'était bon, même si c'était spécial» conclut- il. Je lui racontai alors mes mésaventures du matin dues uniquement à ma flemme de sortir la casserole à bain- marie. A chaque épisode, il glissai un:

    - Tout ça parce que tu n'as pas pris la casserole à bain- marie.

    - J'aurais pu très bien aussi mettre le chocolat dans un bol posé sur l'eau de la casserole.

    Mon récit ne l’intéressait pas, il se souciait peu des détails, j'insistai néanmoins, notamment sur la notion de flemme dont il est champion. Après trois au quatre épisodes, il voulut raccourcir:

    - Maintenant, tu sais que la prochaine fois, tu sortiras la casserole à bain- marie

    Et moi de conclure définitivement:

    - Ben non, la prochaine fois, je ne ferai rien quand je n'en ai pas envie.


    Le soir venu, je repris la lecture du livre de Christophe André, Méditer jour après jour. Jusqu'à cet instant, je n'y avais pas appris grand-chose m'y attardant pour finir ce qui a été commencé. Par hasard, j'arrivais au chapitre, Agir et ne pas agir. Écho formidable à mon expérience du jour, j'y trouvai confirmation de ma conclusion sur la mousse au chocolat blanc ratée: « La présence mentale à l'action nous permet de mieux comprendre à quel moment une action devient inutile», « Apprendre à se désobéir: un acte simple de clarification et de libération personnelle...», « La pleine conscience nous permet, finalement, de considérablement augmenter notre liberté. Plus je la pratiquerai, plus je ressentirai dans mon quotidien la différence entre réagir ( aveuglément, aux impulsions) et répondre ( en toute conscience). Et plus je préférerai répondre à ce que me demande le quotidien, avec toute ma conscience, qu'y réagir, l'esprit absent.».

    Grande est ma gratitude envers la mousse au chocolat blanc ratée.


    3 commentaires
  • Après des mois de fatigue, au point de refuser les sorties de l'été, de traîner à la maison sans comprendre pourquoi je n'avais pas envie de mettre le nez dehors, j'ai commencé à prendre des gélules de fer. La peur d'une recrudescence de Devic avait conduit à un bilan sanguin complet, l'anémie et le fer se révélèrent les seuls points négatifs. Une chance! Ce n'est pas grave et quelques gélules facilement avalées compenseront le souci le temps de soigner ce qui provoque ces carences ( mon alimentation n'étant pas en cause). « Prends en déjà une chaque matin et si tu les supportes, passe à deux! » me conseilla Colette, médecin généraliste hors compétition. Et oui, jusqu'à deux par jour! En plus, tête brûlée que je suis, j'ai décidé de ne prendre dorénavant qu'un immunosuppresseur quotidien ( arrêter me fait peur…). Alors, depuis quatre jours, je sens l'amélioration, tranquillement, avec des détails faussement insignifiants: je reprends l'écriture par ici, je mets de l'ordre dans des vieilleries informatiques, je danse avec les copines sans m'écrouler, j'ai le goût de reprendre des aventures extérieures, je me remets à gesticuler en musique à la maison. Il suffit que je traîne à la prendre pour que le corps, rapidement me ramène à cette fatigue. Puissent les circonstances me permettre de raconter ne serait- ce que les dernières vacances! Parce qu'à bien y réfléchir, même une personne en pleine santé aurait eu de quoi être épuisée… Il n'est guère aisé tous les jours d'être une guerrière non violente, engagée et clairvoyante.


    votre commentaire
  • Hier au matin, du bruit à la porte me porta vers elle, curieuse et au son de l'aspirateur extérieur, je compris que c'étaient les agents de nettoyage des parties communes. Je voulais signaler une tache sous les escaliers due à une ancienne crotte de chien puante que j'avais ramassée ( ou comment découvrir que je suis une des seules personnes à utiliser les escaliers) quelques jours auparavant, leur demander s'ils avaient des produits spécifiques pour nettoyer la moquette, s'ils voulaient bien s'en occuper. J'ouvris et restai quelques secondes coite devant le monsieur à aspirateur juste devant ma porte. Il eut la même réaction et nous finîmes dans les bras l'un de l'autre. C'était un ancien stagiaire avec lequel le courant avait bien passé, que j'avais revu après sa formation pour s'occuper de son aîné en difficulté à l'école ( pas facile de passer de l'Italie à la France du jour au lendemain). Je connais toute sa famille où j'ai été accueillie chaleureusement, la relation est belle et riche. Nous ne nous étions pas vus depuis des mois, les circonstances de la vie nous trimballant chacun à nos affaires et là, le destin nous offrait des retrouvailles inespérées. Le temps était compté au regard de son emploi, cela ne nous empêcha pas de prendre des nouvelles de chacun, de s'inviter mutuellement à se retrouver. Nous étions enchantés. Il me raconta en riant comment il leur avait été demandé de rassurer les personnes âgées inquiètes ouvrant leur porte à leur passage.

     

    Il faisait beau et comme la table du séjour était ( encore) envahie par des travaux, je décidai de manger sur la terrasse; autour de midi, la circulation est moindre et il est possible d'avoir quelques minutes de tranquillité. L'assiette à la main, j'ouvrais la porte ravie des rayons de soleil illuminant la place quand je découvris le boum boum d'essai de sono sur la place du bourg en vue d'un petit festival local. Oh non! Avais- je vraiment envie de supporter ces bruits? Je m'assis néanmoins avec l'espoir d'en faire abstraction, les belles journées ayant été rares cet été et donc les rayons du jour précieux. Quelques secondes plus tard, mes oreilles furent interpellées, je reconnaissais des notes au loin. Mon visage s'illumina: je rêve? Est- ce possible? Ici, en ces contrées? Oui, c'était bien elle et pas avec n'importe quel titre.

    Björk, All is full of love.

    Mon repas devint un enchantement et je gardais le sourire tout du long car en prime, après ce titre, il n'y en eut pas d'autre.

     

    Ces petits événements du jour m'apparurent tels des clins d’œil du hasard, des cadeaux de la vie, une belle leçon.

    La vie avait soufflé: « Ne t'en fais pas!», si quelques inquiétudes me préoccupaient, j'avais vraiment à les lâcher parce qu'il ne sert à rien de se faire du mouron sur ce qui pourrait arriver. Préjuger ferme les portes des possibles. Il est bon d'avoir des rappels de temps en temps. Merci.


    1 commentaire
  • De manière informelle et privée, nous nous retrouvons tous les premiers mardis du mois pour une réunion de Communication Non Violente. Vient qui veut, comme il est avec ses valises. Nous partageons, échangeons, questionnons, revisitons les événements sous l'angle de la cnv. C'est riche, émouvant, puissant, épuisant et ô combien bénéfique! Au premier mardi de janvier, nous nous retrouvâmes donc en comité de quatre. Je n'avais pas le sentiment d'avoir besoin de mettre sur le tapis les événements de ma fin d'année, j'avais l'impression que j'avais fait un grand chemin seule en laissant la place, en observant, tout au plus avais- je à informer mes camarades de ce qu'il s'était passé et de ce que j'en avais fait aussi, laissai- je la place à l'une de mes amies jusqu'à ce que son sujet soit éclairci. L'heure passant, je me dis que ce n'était pas la peine d'en rajouter en vrac parce que je me débrouillais seule et que je ne voulais pas charger la soirée outre mesure. Son sujet conclu, mon amie introduisit le mien annonçant que c'était du lourd et j'en souris. Je balayai l'air d'une main désinvolte puis entamai le récit: l'intervention chirurgicale et le retour mouvementé à la maison, le Noël avec ma mère, la visite de fiston chez les parents de SeN, le décès d'Anaïs, les absences et silences du réveillon... Je passai par des états divers et changeants selon ce que je racontai: le détachement vis- à- vis du passage à l'hôpital, l'exaspération au retour, le choc, abasourdie sur l'état de ma mère, la consternation à propos de la visite du fiston puis une déferlante de larmes au récit du décès d'Anaïs, la déception et la colère des silence et absence d'un lointain prétendu chéri. J’ignorais combien tout cela me pesait, ce qu’avaient été leurs impacts. Mes camarades et amies passèrent un long moment à m'écouter puis évoquèrent leurs émotions. Elles étaient touchées en plein cœur de l'attention que j'avais portée à ma mère prenant soin d'elle au sens entier, elles mesurèrent mes angoisses face à la maladie dont la réalité est impitoyable malgré toute l'énergie, la force et la volonté que je mets à vivre pleinement et surtout, l'une d'elle eut cette remarque: « Finalement, alors que tu sortais de l'hôpital, sous le coup de l'intervention et de l'anesthésie générale, tu avais un grand besoin de calme, d'attention, de soins et tu as passé ton temps à t'occuper des autres, à gérer leurs problèmes.» Et ben oui.

    C'est bien joli de vouloir vivre dignement malgré la situation sociale bancale, la maladie, ses conséquences et les handicaps; c'est bien joli de vouloir vivre en conscience de l'importance des sentiments, besoins et de la bienveillance. Seulement, ces choix ont une conséquence perverse: les autres ignorent ou oublient ce à quoi je suis confrontée au quotidien. Et comme les besoins de bienveillance en chacun sont énormes, beaucoup s'engouffrent dans la porte que je leur ouvre trop heureux d'être acceptés et écoutés. S'y ajoute la volonté de prendre soin de moi- même, de laisser de la place à mes sentiments, besoins, à chercher en moi les ressources pour aller au- delà des questions soulevées, à être responsable et autonome, j'en oublie que j'ai aussi besoin des autres, qu'il est bon de s'en remettre à autrui, de se soulager, de déléguer, de décharger. Si je n'oublie pas que la vie est courte, fragile, que tout peut basculer n'importe quand, n'importe où, que je suis gravement malade, que je suis handicapée, j'oublie que moi aussi, j'ai besoin de l'on prenne soin de moi, j'ai aussi besoin d'être bichonnée. La mort d’Anaïs a été une claque parce qu'elle me ramenait justement au poids de ce que je vis et cherche à anesthésier, c'est fort probable. Prendre soin des autres et oublier l'ampleur de ce à quoi j'aspire tout au fond.

    Dans ma bouche, j'ai de petites dents mal alignées, décalées dans une toute petite mâchoire étroite et resserrée. La dentosophie ne me dit pas autre chose que ce souci récurrent de place que je n'ose pas prendre. Cela peut paraître fou quand on me voit évoluer et pourtant, le corps, lui, ne ment pas et balaie toutes les stratégies que je mets en place pour aller au- delà de ce qui me dérange. La vie est juste, elle envoie ce dont nous avons besoin, il n'y a que nous pour être injustes, aveugles, obstinés ou fuyants.

    « Nous n'en avons jamais terminé avec nous- même» disait la psychiatre, pff! La vie est décidément une sacrée aventure intérieure.


    1 commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique