• Tant de hasards heureux.

    J'entends souvent « Nos vies sont ce que nous pensons.». Et ben, ma caboche est en activité intensive mode original improbable. Vraiment, je suis à fond dans la vie et même quand le quotidien paraît rodé, il se passe toujours un truc qui fait que je me retrouve dans des aventures incroyables. Les concours de circonstances sont heureux et je savoure le bonheur du lâcher prise au pouvoir si manifeste. Bla bla, je passe à l'essentiel: rien qu'en deux mois, j'ai eu deux rencontres exceptionnelles. Bon d'accord, toute véritable rencontre est exceptionnelle, il n'en reste pas moins qu'il est des personnes que je n'imaginais pas revoir ou rencontrer... par hasard.

    1. J'ai revu Pierre Rabhi ( première rencontre ici) Et oui! Il faisait une conférence dans le secteur et j'y suis allée avec mes amies qui ou ne le connaissait que par moi ou ne le connaissait pas du tout. J’étais heureuse de voir cette immense salle pleine et ravie que mes amies aient pu l'entendre exprimer clairement ce que j'ai parfois bien du mal à expliciter. Devant une telle foule, je n'imaginais pas le trouver bien qu'ayant dans mon sac son livre, Vers la sobriété heureuse que je rêvais de faire dédicacer. Nous étions d'abord au fond puis je réalisai que d'autres places nous étaient réservées plus près de la scène. Zou, en avant les filles! Je scrutais l'horizon du coin de l’œil espérant malgré tout le trouver. A peine étions nous assises qu'il apparut dans un coin entouré de quelques personnes. Ni une, ni deux, j'y allai d'un pas décidé. Ayant une éducation ou un tempérament courtois ( oui, je suis courtoise), je m'approchai en silence afin de ne pas interrompre les échanges en cours et là, devinez ce qu'il advint: c'est Pierre Rabhi lui- même qui me reconnut et m'accueillit chaleureusement en ouvrant les bras pour m'embrasser. Ah lala, quelle joie! De sa part, de toute façon, ce n'est pas étonnant. Évidemment, il ne se souvenait plus de mon prénom et il s'en excusa en expliquant qu'il avait plus la mémoire des visages que des noms. Non mais je n'aillais pas chipoter là! Il fut heureux de me dédicacer son livre et rayonna quand je lui racontai en quelques mots mon engagement: le choix de vie sobre, les amap, les Amanins, la communication bienveillante, entre autre. Il me remercia, comme il est dans ses habitudes et je lui serrai le bras: «Vous faîtes votre part, je fais la mienne. C'est ensemble que nous y arrivons.». C'était magique!... sauf que je l'ai trouvé fatigué. C'est qu’il vieillit ce petit grand monsieur et franchement, la marche du monde n'est pas très encourageante. Sa succession n'est pas garantie, il est des circonstances dont je parlerai ultérieurement qui ne me donnent guère d'illusion, en l'occurrence. Qu'il prenne soin de lui! Je crois le lui avoir dit d'ailleurs avant de le quitter non parce que nous avons besoin de lui mais bien parce qu'il est un être humain qui mérite largement de prendre soin de lui et de profiter pleinement du temps qui est le sien.

    2. En sortant du cours de danse orientale, je m'attardais à discuter avec une de mes camarades. Tout à coup, elle proposa de m'emmener à une foire du livre des environs. Je me renseignai sur la logistique et finis par sauter dans sa voiture toute heureuse de partager ce moment avec elle. Je n'avais aucune idée du programme ou des personnes présentes, Marcel Rufo serait là. Pourquoi pas l'écouter ou le rencontrer? J'avais bien croisé mon cher Boris en ces mêmes lieux. Nous déambulâmes beaucoup, au hasard des rayons et je remercie vessie et jambes d'avoir été si coopératifs. Marcel Rufo avait décommandé et n'était pas présent. Il y avait d'autres personnalités, comment cependant discuter avec elles quand je n'ai pas lu leurs livres? J'échangeai quelques mots joyeux et chaleureux avec Marie- France Hirigoyen  reconnaissant que je n'avais pas lu ses livres, que je ne la connaissais que de loin ( Dommage! Ses études ont de quoi longuement discuter, je suis frustrée, je l'avoue), j'eus un clin d’œil charmeur et charmant de Jean- Pierre Marielle, je ne savais pas quoi dire à Jean- François Kahn, étant plus curieuse des travaux de son frère que des siens, ou à Jean- Michel Ribes, Claude Halmos n'était pas à sa place, tant pis.. et puis à part lui dire que j'apprécie ses interventions sur France Inter, que dire d'autre? Je n'allais pas me forcer sous prétexte que ce sont des notoriétés. Les plus crâneurs ne sont pas forcément ceux que l'on croit d'ailleurs. Par contre, alors que je regardais les affichettes des noms placées au- dessus de la personne, je lus Jean Ziegler. « Est- ce que c'est le Jean Ziegler que je connais?? » m'exclamai- je à haute voix, interpellée. Je regardai ce monsieur, ne le connaissant que de nom et de voix puisque je n'ai pas la télévision et écoute la radio. Quand il prononça quelques mots, je sus que c'était lui. Il était hors de question de manquer l'occasion, je me faufilai discrètement et courtoisement. Je reconnus un des titres des livres exposés et survolais les autres; n'ayant que très peu d'argent prévu normalement pour le pain du mois ( c'est difficile ces temps- ci), je ne pouvais prendre qu'un petit poche, L'empire de la honte prévu à mes lectures depuis belle lurette et basta la peur de manquer! Je patientai pour ma dédicace et lui demandai s'il était d'accord. J'avais remarqué à la dédicace précédente qu'il prenait le temps d'écrire une bafouille recherchée, il me demanda mon métier et quand je lui racontai que j'étais prof de français pour adultes enseignant d'analphabètes étrangers à des diplômés en préparation de concours, il fut enchanté et me félicita ( j'ai souvent entendu dire qu'il y avait de la passion dans ma voix à l'évocation de mon métier et inévitablement, l’engagement que j'y mets est palpable). Nous nous sommes rencontrés, nous étions en relation, c'était évident et merveilleux. Je m'accoudai sur les livres pour aller vers lui et évoquai l'écriture d'un article sur mon blog suite à une de ses intervention sur France Inter. « La question de la faim dans le monde est POLITIQUE! » affirmai- je fermement en soutien à son action. Il écoutait attentivement et m'invita à venir à sa conférence de 18h. Ma camarade suivit enthousiaste. Pendant près d'une heure, il étaya ce qu'il démontre dans son livre, Destruction massive, géopolitique de la faim. En l'écoutant, je me demandai s'il connaissait Pierre Rabhi et quand l'opportunité de poser une question se présenta, je pris la parole. « Qu'est- ce que vous pensez du mouvement des Colibris autour de Pierre Rabhi? ». Question bête s'il en est, j'improvisais vite fait. Il connaissait et me demanda d'expliquer ce que c'était. A nouveau improviser? Voix claire dans le micro, flou de ce qu'il y a à dire, je tâchai de rester dans le sujet de la conférence et évoquai la relocalisation de l'économie, vivre de sa terre en tous lieux, les amap et surtout, avec ma conviction naturelle insoupçonnée sous mes airs de grande mince discrète, j'insistai sur le pouvoir que nous possédons tous à sortir du système que certains nous imposent en prétendant que c'est la seule voix possible: «Malgré les discours et ce qu'on voudrait nous faire croire sous prétexte d'immensité de la tâche, de technicité, de bureaucratie, de crise, de chômage, nous ne sommes pas impuissants, nous avons le pouvoir de choisir et d'agir chacun à notre échelle en refusant de se soumettre, d’acquiescer tacitement. D'abord et avant tout, il y a la nécessité de s'informer afin de décider en pleine conscience d'où l'importance de votre courage et de celui de Pierre Rabhi que j'ai d'ailleurs trouvé fatigué à notre dernière entrevue, ce qui m'inquiète ( là, il dit que Pierre Rabhi était quand même très seul). En ce qui me concerne, mes actes quotidiens sont des actes politiques parce que je ne veux pas mourir en ayant le regret d'avoir participé par mon inaction ou mon consentement tacite à un fonctionnement, un monde inhumain fondé sur une frénésie aveugle sans issue» ( en gros, je ne me rappelle plus exactement ce que j'ai dit). Suivit l'intervention d'un étudiant africain avec des références philosophiques et la question de la révolte violente, était- ce la solution devant tant d'injustices? Jean Ziegler répondit que c'est à chacun d'entre nous, là où le hasard nous a posé d'agir. La fin fut précipitée car la salle devait être préparée pour le lendemain. Il insista pour trouver un lieu où continuer la discussion, je n'avais malheureusement pas le temps ayant déjà largement outrepassé le temps imparti à ma virée surprise du jour. Un homme entama la discussion avec moi à la sortie et je fus ravie de lui recommander Pierre Rabhi facile à trouver sur Internet, c'était très chouette de partager ainsi avec un inconnu. De retour à la maison, fiston m'interrogea sur ma virée, il s'était inquiété en ne me voyant pas rentrer à l'heure convenue:

      « Olala, si tu savais ce qu'il m'est arrivé! J'ai rencontré un grand monsieur, je lui ai parlé, je suis intervenue à sa conférence et c'était d'autant plus improbable que j'y suis allée par hasard sur un coup de tête sans savoir qu'il était là. Et lui- même n'a confirmé sa présence à cet endroit que la veille puisqu'il avait un autre projet normalement! C'est fou, tu te rends compte.» J'expliquai qui il était, son cheval de bataille et montrai la dédicace émouvante qu'il m'avait écrite: « A fée, avec mes vœux de bonheur, mon admiration pour son travail et ma vive solidaire amitié». J'étais heureuse, comblée, toute à ma joie et mon enthousiasme, si reconnaissante à la vie de tant de merveilles. Fiston dubitatif, sourire en coin, se contenta de me dire:

      «Tu sais quoi maman? ça ne m'étonne même pas de toi.»


      Dire que j'ai cru mourir il y a 6 ans! La vie est vraiment une aventure incroyable et je remercie le ciel, chaque jour, du cadeau qu'il m'a fait en me donnant les moyens de réaliser combien il n'appartient qu'à nous de la vivre pleinement dans la joie et la gratitude. Comme le dit souvent Pierre Rabhi: «Nous nous demandons souvent s'il y a une vie après la mort. Ne serait- il pas plus judicieux de se demander s'il y a une vie AVANT la mort?». Sans vanité, empiriquement, je peux affirmer que oui, j'ai une vie avant la mort. Et chaque jour est un enchantement. Merci merci!

    « Se loger, habiter. Troisième.Fiestas des 40. »

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 17 Mai 2012 à 14:50
    Annie

    Ce qui montre que le hasard...n'existe pas, que ce que nous attirons à nous l'est selon notre état d'esprit, nos pensées. Belle démonstration!

    2
    fée des agrumes Profil de fée des agrumes
    Dimanche 18 Août 2013 à 13:33
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