• Le rapport Karski, Claude Lanzmann

    Avec la mort de Claude Lanzmann, son œuvre est revenue au premier plan. J’ai déjà vu Shoah au moins à deux reprises auparavant et plusieurs de ses autres films tel Les quatre sœurs grâce à Arte+7 ou Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures récemment. Comme dans énormément de familles, bien des non- dits laissent des traces sur des générations et ces mystères hantent nos existences. A la mort de ma mère, plus d’une parole est partie; nous restons sans réponse en particulier sur cette guerre qu’elle n’a pas connue mais dont ses parents ont été si profondément traumatisés que des marques persistent trois générations après et continuent de nous questionner ( résurgences concrètes, par exemple, lors de la psychanalyse , dans le parcours avec la maladie).

    Face aux silences, chacun ses stratégies.

    En ce qui me concerne, très tôt, j’ai cherché à comprendre et c’est une vie entière de réflexion, curiosité, questionnements, rencontres, lectures, écoutes et visionnages qui me caractérise d’autant que j’ai une caboche hyper active et une sensibilité à fleur de peau.

    Hier, j’ai tenu à voir Le rapport Karski basé sur la partie d’entretien entre Claude Lanzmann et Jan Karski non ajoutée à Shoah relatant l’entrevue entre Karski et plusieurs sommités américaines de l’époque. Dans Shoah, cette partie résonnait en moi ces derniers jours et c’est à point nommé que j’ai pu donc voir ce film supplémentaire.

     

    Ce fut un moment intense qui remua ma caboche puissamment, eau au moulin de ma perpétuelle et infinie interrogation sur l’humanité.

    Le pourquoi? reste totalement et complètement inaccessible, le comment? une voie possible pour continuer le chemin, remarque éclairante saisie dans la bouche d’un expert- psychiatre lors d’une émission sur France Inter sur un tout autre sujet.

    Et cet homme! Quelle dignité! Quelle intégrité! Quelle lucidité! Le tout dans l’horreur absolue et la conscience en constant éveil! ... du moins, c’est tel que je l’ai senti. Quand il raconte, comme tous ceux de notre espèce, il revit ces événements, ces émotions et mon ami Boris m’accompagne dans cette expérience pour en mesurer davantage la portée.

    La semaine dernière, j’ai revu Amen de Costa- Gavras; il résonnait à chaque détour sur les notions de responsabilité, d’engagement, d’intégrité, de cohérence avec soi- même. Qui se connaît véritablement? Je me dis souvent que nul ne sait qui il est tant qu’il n’a pas été confronté à une situation extrême…

    Penser l'inconcevable inédit serait impossible à l’esprit humain et pourtant pour qu’il soit mis en œuvre, bien des esprits et consciences lui ont été nécessaires pour se construire et devenir réalité.

    Mon calme apparent n’était que façade car à l’intérieur en l’instant, j’ai eu le sentiment d’avoir été éclairée, fait des pas de géant munie de bottes de sept lieues.

    Est- ce l’ouverture où Claude Lanzmann dit d’emblée que les Juifs d’Europe étaient condamnés et que rien, malgré les conjectures postérieures, ne pouvaient arrêter cette destruction permettant ainsi d’avoir une écoute différente des propos? Y aurait- il une culpabilité ancienne et latente soulagée de ce fait? Je l’ignore et cela n’a pas vraiment d’importance puisque ce m’est tout personnel.

    Il reste que, intellectuellement, me trottent des évocations de faits: Hitler était végétarien parce qu’il ne supportait pas la maltraitance et la violence envers les animaux, bien des nazis étaient des maris et des pères exemplaires, attentionnés et aimants ( lecture judicieuse de Léon Goldensohn, Les entretiens de Nuremberg) . Et il y a eu des Jan Karski, des Justes.

    Je vous évite mes suites intérieures, les liens et relations que je vois défiler à mon esprit et peut- être bien à mon âme, vous avez à faire votre propre chemin. Sachez seulement, au passage, que je suis tombée malade à l’âge qu’avait mon grand- père maternel quand il a été fait prisonnier et interné dans un camp dont il est revenu très faible et malade. En voyant mon état au pire de la maladie, paralysée et amaigrie, ma mère me l’a avoué plus tard, elle croyait voir son père de retour du camp, elle qui était née plusieurs années après. Dire que j’en ai entendu certain me répéter que c’était de l’histoire ancienne, qu’il ne servait à rien de “remuer” le passé...

    Nous sommes des êtres de récits, d’histoires et ce sont les non- dits qui souvent nous mènent en bateau. Le corps parle sans mentir... et il y a des tiers bénis qui nous éclairent.. pour qui veut bien les entendre et les voir.

    Un pas de géant, moi je vous le dis.

     

     Lemonde.fr, Le vrai récit de la rencontre entre Karski et Roosevelt

     

     

     

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