Mars- avril 2007
Parcourant le rez- de- chaussée de la maison en fauteuil roulant, plus autonome chaque semaine, je cherchais du bout des doigts la multitude des objets accumulés avant la maladie en vue de projets créatifs. Je farfouillais au fond des tiroirs, de l’armoire de l’atelier du moins les espaces à ma portée, réclamant ceux qui se trouvaient inaccessibles à cet instant. Je me souviens parfaitement de l’énergie qui me portait, j’avais une boulimie de création.
Avant, l’envie était là, les idées grouillaient dans ma tête, le temps me manquait, grignoté qu’il était par les activités quotidiennes et le retard s’accumulait. Là, malgré les handicaps moteurs et la vue très basse (pour rappel, de 12 à chaque œil, j’étais passée à 1 et 3 en moins d’une semaine- cf. ici), je pressentais que j’avais l’opportunité de me consacrer entièrement à ces activités pendant mon traitement, ma rééducation, ma convalescence ; je pressentais que ce temps ne durerait pas. Aussi, je m’y lançai frénétiquement testant continuellement mes capacités, mesurant au fil des ouvrages l’évolution de mon état.
J’ai peint cette belle boite à chocolat déjà présentée (là) ; au départ, le dessin originel était désertique, gris et vide. Mue par la force de vie qui rejaillissait en moi, portée par l’amour reçu aux heures noires de la maladie, je passai de ce triste modèle à l’explosion multicolore et riche de la peinture finale.
Pendant qu’une couche séchait là, je ponçais et peignais sur d’autres supports. Je fis ces fruits déjà montrés.

Suivirent les chandeliers.
Achetés en bois bruts, leur forme m’évoqua une tulipe ; je décidai de sortir des simples colorations et décorations habituelles. Je peignis les fonds unis afin de simuler quelque vase à la base, la corolle à l’autre extrémité. Quand ils furent secs, j’intensifiai le noir, ombrais la fleur pour jouer des lumières. A l’évocation d’un feuillage, je trempai mon pinceau dans des mélanges de verts, foncés, clairs, du blanc successivement puis le laissai glisser dans des mouvements arrondis, comptant sur le hasard pour le mélange des nuances.
Ce ne fut guère aisé, le nez collé sur le support, à la lumière artificielle de préférence tamisée. Pourtant, j’avoue en être satisfaite sachant évidemment que ce n’est pas du grand art. Les limites d’une couleur à l’autre sont nettes, il n’y a pas de débordement ou de gribouillis. J’avais joué sur les numéros des pinceaux privilégiant les poils de martre plus fermes et souples ; ce fut payant. Le souci vient de ce que certaines bougies coulent. J’en fus contrariée à leur première utilisation ; grattant la cire, je craignais d’abimer le décor. Il me reste à trouver un système ingénieux pour les protéger.