Le sommeil ne me vint pas aisément, j’étais quelque peu préoccupée par des pensées multiples, variées, floues et indéfinissables. Je me rendis compte avoir dormi une à deux heures plus tard en me réveillant brutalement, secouée par une envie URGENTE d’aller faire pipi. Que faire ? Non seulement j’étais fâchée d’être malmenée par ce système urinaire capricieux, mais en plus, je décomposai en une seconde l’immense tâche représentée par le simple fait d’aller aux toilettes :
Sauter du lit, enfiler les chaussures, traverser la chambre, ouvrir la porte, courir jusqu’au bout du couloir où se trouvaient les commodités, ouvrir la porte du local, trouver la lumière, marcher le long d’un petit corridor, ouvrir la porte d’un des cabinets, vérifier l’état de la cuvette et la présence du papier, soulever la chemise de nuit, descendre la culotte, relâcher enfin les muscles tenus en étau désespérément jusqu’à cet instant final, se rhabiller, se laver les mains, traverser en sens inverse le petit corridor, le long couloir, rentrer dans la chambre et se recoucher ... le tout accompagné des portes et parquets grinçants, ET l’obligation de silence. La pire éventualité restait l’inondation incontrôlée en milieu de parcours, catastrophe absolue puisque j’ignorai totalement où se trouvait le matériel de nettoyage. Parcourir tout l’étage trempée jusqu’aux pieds pour d’abord me laver et me sécher puis partir en quête d’une serpillère et d’un seau, non, non ! Une galère embarrassante dont je ne voulais pas.
N’y tenant plus, je pris la décision d’aller au principal directement et tant pis pour les principes ! Je me levai, attrapai rapidement la chaise du bureau, la plaçai à la gauche du lavabo, grimpai dessus pour m’accroupir au- dessus de la cuvette en acrobatie. Pzzzzi, ni fuite ni souci ni bruit. Petit rinçage général et retour au dodo soulagée.
Deux heures plus tard. NON !!! Même besoin urgent. Avais- je donc trop bu en fin de journée ? En colère, je retournai au lavabo- pot- de- chambre en acrobate, trop heureuse de ne pas avoir à réitérer les péripéties à travers les couloirs piégés. Ouf. Retour au dodo, agacée contre ma vessie jouant sa mauvaise tête. Pouvais-je dormir désormais d’une traite jusqu’au matin après ces vidanges répétées? Tu parles ! Deux heures après, nouveau besoin URGENT.
1h30, 3h30, 5h30, 7h30 à pipis urgents. Pfffff
Au dernier, je décidai de ne plus me recoucher. Dans la belle lumière matinale, je rangeai la chambre, mes affaires, m‘apprêtai ; les fenêtres grandes ouvertes sur la clarté extérieure, je pratiquai tous les exercices de Qi Gong me passant par la tête ; c’était bon, c’était beau.
L’heure de service du petit déjeuner arrivant, je descendis. Salutations aux autres convives et présence à ce que je mangeais dont les sempiternelles noix favorites.
Etrangement, je n’étais pas fatiguée.
Quand nous reprîmes le cours de nos activités dans le cadre spécifique du stage, l’animatrice nous demanda comment s’étaient déroulées nos nuits. Avions- nous eu des rêves particuliers ? Pour l’une, ce fut un rêve d’accouchement, celui d’une petite fille ; pour l’autre, elle se retrouvait en classe comme autrefois à écrire sur le tableau devant une assemblée. Quant à moi, j’évoquai les pensées floues et l’agitation de la vessie vaguement, l’absence de rêve. « Et bien, voyez- vous, ce que nous faisons ensemble mobilise les tréfonds de l’être, ce qu’il y a de plus profond ; logiquement, la nuit révèle ce mouvement interne entamé ». Nous discutâmes du sens de ces rêves en partage entre rire et larmes, profonde réflexion aux résonnances lointaines.
Quelle nuit mes amis!