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Un village africain, extrait de Vers la sobriété heureuse de Pierre Rabhi.

Ceci est un fait réel, nullement une fable ou un conte.

Un village africain au sein d’une région semi- aride, en voie de désertification, que les Arabes ont appelés « Sahel ». En terme imagé, cela veut dire « le Rivage », cet immense océan minéral que représente le grand désert saharien. Dans les faits, le pays est, entre grand désert et forêt tropicale, dans une sorte d’agonie, la grande sécheresse des années soixante- dix ayant été terriblement destructrice  pour la faune, la flore, les troupeaux et le sol. La précarité omniprésente permet de survivre  plus ou moins, mais parfois, elle se fait carrément misère ; cependant, tout se passe comme si les forces de vie, elles aussi omniprésentes malgré tout, n’avaient pas abdiqué et s’obstinaient encore dans la végétation chétive, dans les animaux malingres vaquant à leur incertaine pitance. Elles sont dans le cœur de ces femmes besogneuses et miraculeusement joyeuses, et de ces hommes comme impuissants, prisonniers d’une indolence millénaire. De temps en temps, de petites rafales d’une brise tiède surgissent d’on ne sait où, font tourbillonner la poussière en un vortex espiègle, parcourant la terre pour se dissiper sans laisser la moindre trace. Sur les champs se dressent les tiges desséchées du mil, de maïs, de sorgho, soulagées de leur manne. La récolte vient d’être achevée.

De jeunes cultivateurs jubilent, envahissent la cour du village, s’installent autour du doyen accroupi sur une nappe, dans ses habits de pauvre, le dos appuyé au mur de sa case en terre ocre. L’homme est beau, non qu’il ait des traits fins, mais parce que son visage fripé, orné d’une barbe blanche, affiche cette extraordinaire sérénité à laquelle la cécité dont il est affligé donne encore plus de profondeur : il vit de silence et de songe. L’homme est en quelque  sorte clos sur lui- même ; il est noblesse incarnée agitant de temps en temps un éventail dans la tiédeur et la torpeur d’un temps qui semble immobile. Les jeunes paysans se tiennent dans une déférence et un respect justes face à celui qui va bientôt rejoindre les ancêtres, vivre dans un ailleurs, tout en gardant le lien avec ceux qui vivent dans le monde ordinaire. Après que le vieillard a manifesté qu’il est à l’écoute, qu’il est sorti de son temple secret, l’un des jeunes paysans prend la parole et dit : «  Doyen, nous venons t’annoncer une bonne nouvelle. La récolte, cette année, est bonne. La terre a été généreuse grâce à la générosité du ciel qui l’a abreuvée en suffisance de sa bienveillance. Nous serons tranquilles jusqu’à la prochaine récolte. »

Le vieillard manifeste sa joie par un petit cri et dit : « Ayons gratitude à l’égard de la terre et du ciel qui l’a fécondée. Je me réjouis comme vous. »

Après un temps de silence, les jeunes reprennent la parole :

«  Nous devons te dire également que la poudre des blancs, dont nous avons nourri la parcelle à l’est du village, a permis d’obtenir deux fois plus de récolte. Elle fait plus d’effet que le fumier et nous donne espoir. »

Le vieillard garde le silence un bon moment, comme plongé dans le songe qui le ramène à sa chapelle intérieure. Les jeunes paysans sont un peu décontenancés par le manque d’enthousiasme du vieillard. Il prend enfin la parole :

« Mes enfants, je ne sais de quoi est faite cette poudre. Mais elle semble agréée de Dieu, pour avoir un pouvoir si bénéfique sur la terre, et par conséquent sur notre propre vie. Nous en aurons également un autre avantage, puisqu’elle permet d’abondantes récoltes, à ce que vous avez constaté : nous pourrons désormais nous contenter de ne cultiver que la moitié de nos parcelles, et peut- être moins que cela, si Dieu le veut. Notre peine sera ainsi allégée. En toutes circonstances, gardons la mesure des choses pour que la satisfaction puisse toujours habiter notre âme. Et si nos besoins sont outrepassés, n’oublions pas ceux qui ne parviennent pas à les satisfaire, car Dieu donne pour que nous donnions ».

 

 Extrait de Pierre RABHI, Vers la sobriété heureuse, p.59 à 61, Actes Sud, 2010

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F
Bonsoir Annie,<br /> Les prochains articles parleront de mon cheminement sur cette voie, peut- être y trouveras- tu qq réponses à tes questions.<br />  <br /> Réponse de fée des agrumes le 16/09/2010 à 21h22
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A
<br /> Es-tu revenue transformée?<br /> <br /> <br /> Cette sobriété heureuse est-elle transposable ?<br /> <br /> <br /> D'une certaine manière le texte parle aussi d'abondance bienvenue.<br /> <br /> <br /> Pour ma part, je pense qu'abondance et sobriété ne sont pas des contraires. Nous devons nous nourrir d'aliments, et aussi d'air pur, de nature, et de joie.<br /> <br /> <br /> Pour la joie, puisse-t-elle être illimitée, même si pour le reste on peut se contenter de peu.<br /> <br /> <br />  <br />
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