Ce matin-là, pas de programme. Je déambulai tranquillement sur le site re-photographiant les lieux après l’effacement étourdi du premier jour. J’écoutai de la musique, je brodai face au paysage et pratiquai du Qi Gong. L’après- midi fut nettement plus chargée puisqu’une présentation de l’école était programmée après les jeux coopératifs que fiston et moi attendions impatiemment. En l’occurrence, ce programme avait motivé le choix des dates de notre séjour.
Nous nous retrouvâmes sous le mûrier en petit groupe, enfants et adultes. Delphine expliqua en préambule que les petits de moins de 6 ans pouvaient difficilement y participer car leur développement ne leur permet pas de coopérer, ils sont d’abord centrés sur eux- mêmes. Ensuite, elle parla de la nécessité d’APPRENDRE la coopération nullement acquise naturellement, apprentissage somme toute laborieux et déstabilisant pour beaucoup.
La base du jeu coopératif est simple : pour gagner, il est nécessaire que tous gagnent, si un seul des membres est exclu ou perd, tout le monde perd.
- Premier jeu : se présenter.
« Bonjour, je m’appelle Delphine et je suis débrouillarde » (j’ai oublié l’adjectif, j’improvise)
J’ajoutai dans la foulée ma présentation ayant compris tout de suite; devinez- vous comment procéder ? Mine de rien, il fallut de longues minutes pour faire le tour de tous.
- Deuxième jeu : nouer et dénouer.
Prendre des rubans d’environ 2 m, chacun des participants en tient une extrémité. Le premier groupe fabrique un nœud sans lâcher son bout. Le deuxième groupe le défait pareillement puis en fait un autre que le premier groupe démêle à son tour. Si apparemment, le départ pose une adversité, la coopération est nécessaire au sein de chaque groupe pour arriver au but demandé puis l’objectif de nouer et dénouer bascule l’adversité en travail commun.

- Troisième jeu, le nœud humain.
Un petit groupe se rassemble, tous avancent les mains en mélange et chacun attrape la première main qu’il trouve. Après, il s’agit de défaire le nœud SANS lâcher ce qu’il tient. Imaginez le travail de cet embrouillamini !
- Quatrième jeu : les petits moteurs.
Chacun des participants tient sur sa tête un petit bâton de bois symbolisant un moteur. Si le moteur tombe, le joueur ne peut plus bouger. Il n’a pas le droit de le remettre lui- même, c’est à un autre de le faire pour lui. C’était vraiment très très chouette !

- Cinquième jeu : descendre le bâton.
Alignement des participants de part et d’autre d’un bâton. Chacun met ses mains devant lui, à même hauteur que les autres. Le bâton est posé sur le dos de deux doigts avec pour consigne de ne pas le toucher d’une quelconqu’autre façon. Incroyable expérience ! Au départ, mû par une étrange force, le bâton montait inexorablement malgré les cris, les ordres, les accusations fusant de ci de là. Après l’invitation à l’observation du premier essai, la consigne de tenter l’expérience à nouveau en silence fut donnée. Et nous avons réussi. Très belle leçon.

- Sixième jeu : les crocodiles.
Nous imaginons une sorte de marécages où vit le groupe tranquillement, déambulant au milieu d’îles émergées (des feuilles de papier journal ici). Parfois, les crocodiles infestent les eaux et nous nous réfugions à l’alerte du maître de jeu sur les petites îles. Seulement, avec le réchauffement climatique et la montée des eaux, le nombre des îles baisse et donc, nous devons coopérer afin de sauver notre peau en s’agglutinant ensemble sur les petites îles de plus en plus restreintes. Les stratégies sont multiples croyez- moi ! C’était très drôle. Ou comment titiller l’instinct de survie du groupe.

- Septième jeu : le tapis volant.
Les participants sont sur un tapis volant à très haute altitude. Un problème survient et il est primordial de retourner le tapis afin de ne pas tomber dans le vide. Comment procéder ? Si un seul met un pied hors du tapis, il est perdu et toute l’équipe a perdu. Se détachent des meneurs, des suivants, des transis et des actifs. Joli !

- Huitième jeu : le lever.
Deux à deux, les participants s’asseyent au sol, s’attrapent par les bras et le but est de se lever ensemble. Là, ce me fut impossible, par défaut du corps ou par manque de compréhension mutuelle ? D’autres y sont parvenus, tant mieux ! A votre guise, tentez l’expérience, c’est très intéressant de s’observer chercher l’appui en soi et sur l’autre.

- Neuvième jeu : l’assise collective.
Les participants sont en rond à la queue leu leu. Au signal du maître de jeu, tous s’asseyent sur les genoux de celui qui est derrière. Et ça tient ! Par la force de chacun, par la force de tous ! L’idéal est d’être nombreux et plus on est, plus la ronde est belle ! (je n’ai pas de photo, nous y étions tous)
- Dixième jeu : les mouches.
Un groupe de mouches aveugles communique par des bzzz qui leur servent à se reconnaître mutuellement. Mêlées, elles sont à la recherche de la seule mouche voyante mais muette (judicieusement, ce fut fiston!!!). Quand l’une d’elles la trouve, elle s’y attache et devient muette à son tour. Le but est de rassembler TOUTES les mouches dans la même chaîne. C’était génial à observer, ma vessie m’ayant privée d’y participer. Grr ( et pas bzzz)

- Onzième jeu : le dessin.
Sur une table, est posée une feuille de papier. Au- dessus, un feutre est attaché à un système tenu par une ribambelle de ficelles en étoile alentour, au bout de la ficelle, une seule main de chacun des participants. A tous de s’y mettre afin de produire un dessin.

Cet atelier se déroula dans une ambiance très agréable. Je note cependant que les personnes présentes étaient déjà engagées dans une démarche alternative puisque présentes aux Amanins et à cet atelier, les enfants sensibilisés par une éducation différente de la relation à l’autre et au monde. D’emblée, il n’y avait aucun homme adulte, pourquoi ? Qu’il serait intéressant de les éprouver dans un tout autre contexte peu coutumier de ces démarches ! Jouer, l’air de rien et proposer une autre vision, j’en suis capable malgré tous les aprioris !
J’ai déjà été ravie de voir mon garçon s’épanouir dans ces activités, amuser les plus petites qui ne pouvaient participer à
certains jeux (elles n'y allaient pas de main morte ces misses, il n'a pas bronché).
Aurai- je réussi à lui inculquer ces valeurs ?
En tant qu’enseignante, par exemple, j’imagine parfaitement commencer l’année par une séance de jeux coopératifs dans un groupe classe. Dans mon travail actuel, les formations sont individualisées, à entrées et sorties permanentes, il est donc peu aisé et judicieux de les mettre en œuvre (ce qui n’empêche pas la coopération et l’entraide je tiens à le préciser, question d’état d’esprit !) alors, je me le garde en mémoire, compte approfondir le sujet et évidemment, le pratiquer en introduction si je me retrouve devant un groupe d’élèves plus traditionnels… et au gré des circonstances dans ma vie.
Parce que OUI, il est possible de fonder la société sur des valeurs autres, de générer une autre énergie parmi les humains que celle de la compétition et de la loi du plus fort.
Voyez ce site pour de plus amples
informations, il existe une multitude de jeux coopératifs. Et surtout, pratiquez à chaque occasion!
L'utopie n'est pas une chimère.