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Je lis j’écoute je dévore !

Il y a quelques semaines, j’ai pensé avec agacement que je ne lisais pas suffisamment à mon goût.

Je me couchais aux heures habituelles et la fatigue de la journée me coupait les moyens de continuer la lecture du livre de chevet. Je n’avais pas l’impression d’avancer alors que la liste des livres qui m’attiraient ne cessait d’augmenter. Les insomnies sporadiques ne sont guère propices à la lecture d’autant que chaque plage de sommeil m’est hautement précieuse ; rester ne serait- ce que couchée sans rien faire est un instant de repos appréciable. Les levers répétés dans la nuit pour filer aux toilettes quand mon système urinaire manifeste son mal être m’ont amenée à en mesurer la préciosité.

 Cependant, à côté de l’ordinateur, une pile de livres et de disques s’élève, ils attendent leurs comptes- rendus de lecture , les listes des œuvres empruntées à la médiathèque sont interminables, bourrées au maximum, entre les kilos ramenés à la maison et la liste des réservations inlassablement pleine au point que je suis allée grossir celle du fiston.

Que se passe t-il alors ?

 Et bien, je lis sans cesse, dans chaque pièce, à l’intérieur et à l’extérieur des murs de la maison en bourrant mon sac à la moindre sortie à attente, j’écoute avec délectation les livres lus du bibliobus… Je suis curieuse par nature, boulimique de toute connaissance depuis fort fort longtemps, j’ai des souvenirs même de lecture dans la rue, en marchant, c’est dire. Là, j’ai des mois d’aveuglement à rattraper, des mois de renoncement !!!

 Il y a également du recentrage dans mes préjugés d’autrefois. Désormais, j’ai pris conscience que lire est une activité infinie et liée aux circonstances, à notre moi ici et maintenant. Nul n’est tenu de lire par obligation en dehors d’une voie scolaire… La lecture de cet essai  Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ?  m’a éclairée. Je ne mets plus d’échelle de valeur.

Les études des livres de techniques en travaux manuels, de jardinage ou de cuisine nourrissent ma culture au même titre que les livres de linguistique, de philosophie, d’histoire ou de psychologie. C’est également mon moi intérieur qui s’exprime inconsciemment dans les choix spontanés des livres lus pris à la va- vite au bibliobus.

 Je vis mes amis, j’existe et je nourris mon être parce que je suis en pleine renaissance depuis ces jours de janvier 2007 où le traitement a eu ses premiers effets. S’il m’est parfois difficile de garder la ligne générale du blog, submergée que je suis par les événements du présent, je tâche de rester cohérente.

 Au quotidien, je savoure avec joie l’écriture au passé des récits des heures sombres de la  maladie.  Certes, nul médecin ne peut me garantir que j’en ai fini avec elle, elle est tapie au creux de mon corps comme l’évoquait un rêve dont je parlerai en son temps, je vis quotidiennement avec ses conséquences physiques, elle a néanmoins donné la mesure de mon existence, chacune des petites choses que je peux faire relève du miracle ; je lui en serais quasiment reconnaissante. Maladie de Devic, maladie de vie… slurps, au risque de choquer.

 Avec mon fiston, nous évoquons nos peurs,  nous parlons du passé, du présent, et du futur. Des pages se tournent et les bouleversements intérieurs des derniers mois portent ma vue vers d’autres horizons. Chaque jour est un cadeau, il est temps den finir avec le gâchis.

Inévitablement, mes orientations me conduisent vers d’autres optiques, je rencontre des personnes différentes, mes relations changent et je me sens vivante comme jamais.

 Ainsi, je lis, j’écoute, je dévore ! Et ces œuvres lues, écoutées ou vues qui jalonnent mon quotidien, inévitablement, parlent de ce que je suis et de mon cheminement.

Un seul livre lu il y a longtemps dont le compte- rendu est prêt depuis des mois attend son heure. Rien qu’à son titre, il criait pour moi. Pour vous aussi, fidèles lecteurs, il prendra son sens.

Dans des mélanges spatio-temporels, je parle de mon cheminement. Les articles en récit de la maladie n’arrivent pas par hasard non plus.  Si cohérence il y a dans mes divagations épistolières vers vous, elle ne se trouve qu’en moi. N’est- ce pas un merveilleux soulagement que de s’accepter dans son humanité imparfaite, partiale, aléatoire et faillible ?

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J
Commentaires<br /> <br /> <br /> <br />  <br /> J'aime beaucoup ta volonté et ta lucidité ! j'étais boulimique de lecture jusqu'à ce que la fatigue visuelle me calme ! j'ai retenu le livre de linguistique dont tu as parlé sur mon blog : je le lirai ! merci d'ailleurs de m'en avoir parlé.Sur cet article, je ressens une avancée, pas seulement en matière d'optimisme : il me faudra un peu de temps, à mon rythme pour lire tous tes articles.Bonne fin de journée. <br /> Commentaire n°1 posté par morsli le 13/08/2009 à 18h02<br /> <br /> <br /> La lucidité est tranchante pour l'entourage, tous ne la supportent pas, crois- moi. <br /> <br /> Réponse de fée des agrumes le 13/08/2009 à 22h48<br /> <br /> <br /> <br />  <br /> Il est vrai que la lecture, au fil des ans, prend un sens différent selon l'état d'esprit où on est. Certaines personnes ne lisent pas du tout, mais ont d'autres façons d'évoluer.Ces temps-ci je lis peu, ou bien en diagonale, on verra cet hiver quand il fera un temps à rester enfermée!Bonne continuation!<br /> Commentaire n°2 posté par Annie le 13/08/2009 à 18h19<br /> <br /> <br /> Combien de leçons de vie j'ai trouvées auprès de personnes analphabètes! Ne le sommes- nous pas tous dans un autre contexte culturel? L'écriture est finalement très récente dans le parcours des hommes, tant de millions d'années de tradition orale, cela ne pose de problème qu'à ceux qui cherchent des traces verbales. Et pendant ces millions d'années, les hommes ont évolué. C'est une chance de savoir lire, ce n'est pourtant aps la seule voie.. nous sommes d'accord. Bonne nuit.<br /> <br /> Réponse de fée des agrumes le 13/08/2009 à 22h54<br /> <br /> <br /> Ca y est je suis de retour! Je vais prendre le temps de tout lire tranquillement...Cet article me fait penser à moi en ce moment... J'ai plein de bouquins qui s'entassent dans un coin de notre appart, empruntés à la bibliothèque, et que je lis tous un peu en même temps! Une nouvelle de Tolstoï, un recueil de nouvelles de Tchekov et un bouquin de lui réunissant tous ses "conseils à un écrivain", et puis des tas de bouquins d'art-thérapie (l'écriture-thérapie, le théâtre pour les personnes handicapées mentales, etc etc.).Enfin bref je nage dans les bouquins Chez moi (comme chez toi semble-t-il), c'est plutôt un bon signe d'avoir envie de lire plein de choses à la fois. C'est signe qu'il y a de la vie, que ça remue!Et si en plus tu écris une tonne d'articles, comment veux-tu que j'aie le temps de tout lire!!! Ah la la!!Allez, je continue tes articles, les bouquins attendront!Bisesps : faudra que tu me dises, pour la grotte dont je t'ai parlée...<br /> Commentaire n°3 posté par coq le 13/08/2009 à 18h42<br /> <br /> <br /> Quel plaisir de te relire! Ah, les auteurs russes... je rêve de les lire en version originale ( j'ai du boulot, scroumpf). Les livres lus parlent de nous... et oui, c'est une évidence. Et puis, ce que je lis, tu finis aussi par le lire, héhé Ps: la grotte était en fait  celle d'un ours .. hihi voilà ce que j'en ai pensé. <br /> <br /> Réponse de fée des agrumes le 13/08/2009 à 22h57<br /> <br /> <br /> <br />  <br /> Lire ? Lire en ce moment ?Après des mois d'inactivité pendant lesquels je n'osais prendre un bouquin espérant secrètement qu'un nouveau déménagement m'empêcherai de la finir - quel imbécile j'étais... vendre une maison en ce moment, ... enfin... - je me suis contenté de lire, relire et re-re-parcourrir des bouquins techniques sur les moutons. Depuis quelques semaines... plus question de lecture, plus question d'insommnies non plus. Et oui... les moutons, mes chêêêêêrs moutons, je les comptes les yeux ouverts, dans la journée, alors les nuits... je dors ; sans mêêême penser à elles (ben quoi... ce sont des brebis ! les béliers c'est dans quelques jours que je vais les chercher...J'avais très envie de relire "Le petit prince". Le passage sur "l'apprivoisement"... quel délice. Mais cet "apprivoisement, nous le vivons au quotidien avec mes pensionnaires. Quel bonheur... des rapprochements se font, puis des effleurements et maintenant... on se touche le nez... Oui, tout se fait par l'olfaction... surtout chez les animaux. Quel bonheur !Bonnes lectures et ... cette maladie... qu'elle reste tapie mais c'est vrai qu'après de grosses épreuves, vivre, re-vivre est un cadeau.<br /> Commentaire n°4 posté par Philippe PHLQ le 14/08/2009 à 07h20<br /> <br /> <br /> Je suis heureuse de lire ces quelques nouvelles. C'est la vie qui repart et un sommeil apaisé, non? Réaliser le rêve de devenir agriculteur a été accouché dans la douleur, pourvu que les vents te soient favorables pour continuer dans cette ligne! Lâcher prise et la vie reprend toute la place que nous lui avions fermée. J'ai bon espoir.<br /> <br /> Réponse de fée des agrumes le 15/08/2009 à 11h31<br /> <br /> <br /> <br />  <br /> Merci pour ta réponse pleine d'encouragements.Si je dors davantage, les nuits ne sont pas encore sereines. Tu dois savoir que tant que l'esprit n'est pas en paix, c'est surtout la nuit qu'il se manifeste venant ponctuer de plages d'éveils un sommeil pas assez réparateur de journées épuisantes. Mais en ce moment les réveils sont très courts, je ne me réveille pas assez pour que les solutions à trouver aux multiples "choses" à mettre en place ne viennent mettre en branle la moulinette cérébrale.Ce qui est réjouissant dans cette nouvelle activité c'est la proximité des animaux. Les moments de distribution des fourrages - je n'ai pas fini la clôture des 2 ha et ayant perdu une brebis dès le 1er jour, je ne fais plus confiance à la clôture électrique donc les brebis restent dans la bergerie et je leur apporte l'herbe que je fauche (...) - pendant lesquels je sens que certains museaux viennent effleurer mon bleu pour capter mon odeur. J'ai pris l'habitude (et oui... en 1 semaine, je parle déjà d'habitude) de m'accroupir au milieu de ces 35 paires d'yeux, lorsqu'elles sont toutes repues et là... il y a déjà des "favorites" qui s'approchent plus que les autres et qui viennent me coller leur museau (sec) sur le nez pour me sentir.C'est évident que je ne veux pas d'un troupeau de 4 à 500 brebis... ces contacts, si précieux, deviennent impossibles. C'est d'ailleurs pourquoi ces brebis étaient si farouches à leur arrivée.Bonnes lectures.<br /> Commentaire n°5 posté par Philippe PHLQ le 16/08/2009 à 08h02<br /> <br /> <br /> Toujours cette foutue question de ce qu'est réussir sa vie! Est- ce avoir beaucoup d'argent? des biens matériels en pagaille? Avoir de la reconnaissance sociale? Etre connu? Vivre par le regard des autres? Vivre pleinement chaque instant avec le sentiment d'être en harmonie avec soi même? etc. Vraiment, je pense que tu pourrais prendre contact avec l'association Colibri de Pierre Rahbi, je t'y verrais parfaitement!<br /> <br /> Réponse de fée des agrumes le 16/08/2009 à 12h03<br /> <br /> <br /> <br />  <br /> Juste un petit passage éclair pour lire ta réponse et y mettre quelques mots de plus.Effectivement, aux sens de la vie que tu énumères je répondrai NON à chaque question. Je module juste sur "l'argent" ; c'est indispensable d'en avoir, si l'accumulation pour jouer les Arpagons est idiot, en disposer de suffisamment pour que la vie ne soit pas pourrie par cette angoissante question " comment vais-je m'en sortir ?" ne viennent pas nous pourrir la vie (je crois que tu sais de quoi je parle...).Pour le reste... la simplicité et le respect doivent être les seules contraintes.Le "Monde", les autres... on sait quand ils sont là.Sans être "Rousseauiste" - le bon Sauvage - je pense que la société dite moderne nous a fait dériver vers des zones où la solitude est préférable à la "foule". N'est-ce pas Ferrat qui chantait qu'en groupe l'homme a "l'intelligence bête"...J'ai la chance d'avoir dans mes nouveaux voisins, deux familles de gens avec qui nous partageons les mêmes valeurs... Cette association - à très petite dose - me suffit amplement.Bonne semaine.<br /> Commentaire n°6 posté par Philippe PHLQ le 17/08/2009 à 07h22<br /> <br /> <br /> Je connais bien la chanson de Ferrat, l'effet de masse. Quand à l'argent ou autre forme de commerce, ce n'est pas un problème en soi; c'est ce que les hommes ont fait par vanité de cet objet pour assouvir leur soif de pouvoir qui me dérange. L'argent, comme toute chose est ce qu'on en fait. Sobriété heureuse et humanisme peuvent lui donner toute sa valeur en pourvoyeur de dignité humaine. Nous sommes d'accord.<br /> <br /> Réponse de fée des agrumes le 17/08/2009 à 19h14<br /> <br /> <br /> <br />  <br /> Maladie de Devic, maladie de vie... C'est provocateur, certes mais c'est quand même assez vrai. C'est un peu comme un pont délabré ou une vieille porte pourrie qui donnent accès à... ailleurs. En endroit qu'on n'avait même jamais pensé à aller voir.<br /> Commentaire n°7 posté par DcommeDom le 23/08/2009 à 19h09<br /> <br /> <br /> J'aime beaucoup cette image, elle me parle!<br /> <br /> Réponse de fée des agrumes le 24/08/2009 à 11h56<br /> <br />
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