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Deuxième intervention à l’IFSI, 25 février 2011.

L’année dernière, j’avais commencé à la demande de Solange (voir ici pour rappel). L’expérience fut enrichissante et belle, je me réjouissais de la réitérer. Je m’étonnai de la rapidité avec laquelle je fus contactée, je pensais plutôt y revenir en juin.  Je me demandais comment allait se dérouler la séquence selon mon état, le groupe, l’énergie circulant à cet instant. Autant ne pas s’en faire. Je m’y rendis plus fatiguée qu’à la première et les idées étaient donc moins claires ; un flou étreignant ma p’tite tête, je craignais quelque peu d’être brouillonne.

L’accueil fut aussi plaisant qu’en juin, il y  eut seulement un cafouillage de salle à l’arrivée. Changement in extrémis alors que la personne s’était déjà présentée. « On efface tout et on recommence » lançai- je taquine. Dans cette salle, je n’étais pas face aux élèves, les chaises étant en cercle et seules deux étudiantes avaient une table, chargées de prendre des notes. Je m’installai remarquant que le tableau était loin derrière, tant pis. Présentation générale et rapide, explication succincte de la maladie, récit de mon parcours : diagnostic difficile, le choc et l’éventualité d’une mort rapide, la perte des capacités physiques, le cataclysme dans la vie tant interne qu’externe, la relation aux soignants, aux médecins, la violence institutionnelle, les aléas avec l’entourage, la lutte âpre pour changer les modes relationnels, le quotidien, la volonté de vivre pleinement le temps qui m’est imparti et le combat permanent, long, opiniâtre afin de retrouver ce qui avait été perdu physiquement, les deuils et ruptures, la souffrance de mon fiston, la psychanalyse, les rencontres réelles et virtuelles, la méditation, le Qi gong, la danse orientale, les limitations physiques persistantes, la communication non violente… En vrac, jalonné de « Que vous dire ? » signe de ma fatigue.

Quelques questions survinrent, j’y répondis avec l’impression vague que la fatigue était là, subtile, fugace encombrant ma volonté de clarté. Ce ne devait pas être flagrant ou gênant puisque je vis des visages intéressés, interpellés, en réflexion, des larmes, des sourires béats.

 La question du handicap invisible fut heureusement largement abordée et la prise de conscience évidente.

-       Nous avons tous des mythes sur le handicap, j’en avais aussi avant la maladie. Avec ma petite vessie, j’ai souvent utilisé les toilettes pour handicapés quand je ne pouvais plus attendre. Seulement, quand j’étais en fauteuil, j’ai mesuré bien des aberrations : les crochets pour vestes ou la réserve de papier trop hauts par exemple. Et surtout, une personne handicapée est obligée de s’asseoir sur la cuvette, elle ne peut pas faire d’acrobaties pour se l’éviter et pour peu qu’elle ait besoin de se sonder, il suffit qu’une dizaine de personnes soient passées avant, elle attrape de suite un germe. Dans mon cas, par exemple, tout usage de toilettes publiques entraine une infection. Je ne vous parle même pas de l’état de certains lieux que j’ai vus, inondés, sales, inaccessibles…

-       Là où j’habite, des travaux importants ont été faits devant la gare pour la rendre accessible, ils ont mis des clous pour les aveugles aux passages... et à côté de cela, ailleurs, absolument rien n’est aménagé et AUCUN logement dans la bourgade n’est adapté pour une personne en fauteuil. Qu’est- ce à dire ?   

-       Quand je titube sur mes jambes ou que je perds l’équilibre, j’en ai entendu des « Tu as bu ou quoi ? » pas méchants, certes mais révélateurs du manque de conscience. Tout comme au travail où malgré mes demandes répétées, certains, me voyant sur pieds, agile et pleine d’énergie oublient mes limites et ont repris, par exemple, l’habitude d’écrire au stylo bleu fin sur des étiquettes rouges ou verte les rendant quasi illisibles pour moi.

-       Que ce soit au Qi Gong ou à la danse orientale, j’explique d’entrée mes soucis et demande du temps, un rythme propre afin de pratiquer certains exercices ; je ne dis pas que les profs s’en fichent, je dis seulement qu’ils n’ont pas conscience de la réalité de mes handicaps quand ils insistent et insistent en répétant que j’ai à m’entrainer plus. Ils ont raison, je le sais, j’ai seulement besoin d’un temps supplémentaire, demande qu’ils n’entendent pas véritablement d’emblée.

Une femme pensa à voix haute, éclairée par mes récits :

-       Quand j’arrive aux caisses du supermarché et que la prioritaire pour femmes enceintes et personnes handicapées a la file la plus courte, je regarde autour et j’y vais si je ne vois personne. Si quelqu’un concerné arrive, je lui cède bien sûr la place. Mais chez vous, ça ne se voit pas !, reconnaissant ainsi l’illusion de nos représentations.

 

-         Et je n’ai pas forcément envie de brandir ma carte d’invalidité pour justifier de ma place. (Oui, oui Annie  ), lui répondis- je tranquillement.

Elle fit une autre remarque dont j’ai oublié la formulation (était- ce sur l’utilité d’être égoïste ?) qui me permit d’aborder la réflexion de Yolande. «  Demandons- nous, avant de choisir, ce qui motive véritablement notre choix : est- ce la peur qui nous guide ou ce dont nous avons besoin véritablement ? ». Les airs interrogateurs m’invitèrent à développer :

-       Il parait que nous vivons dans une société de plus en plus égoïste et individualiste. Ce sont nos peurs de perdre, d’être spolié, trompé, écrasé qui gouvernent notre société parce que nous n’occupons pas notre place et que cela arrange bien les dirigeants (je jouais la scène physiquement en me recroquevillant sur moi- même) « Olala, j’ai peur de celui- là, il m’en veut, il envahit mon espace, il m’agresse, j’ai peur, j’ai peur ». Ce n’est pas mon cas. J’accueille l’autre, je lui laisse sa place car je sais que j’ai la mienne (je lâchais la tension et occupai l’espace de mes bras, de mes jambes étendus).

J’ai également beaucoup insisté sur la présence à l’instant : «  Soyez à ce que vous êtes* ».  Les perceptions du temps varient :

Pour l’inconscient, le temps n’existe pas, c’est pourquoi ce qui nous arrive par exemple dans la petite enfance reste d’actualité tout au long de notre vie.

Notre mental nous promène des millions d’années avant, des millions d’années après, il nous trimballe à tout bout de champ d’un temps à l’autre, d’hier à demain, de l’avant à l’après.

Le corps est le seul à vivre au présent, il nous y ramène constamment et grâce à lui, nous pouvons vivre l’ici et maintenant pleinement et sortir ainsi des spirales infernales du quotidien.

-  Voyez- vous, je suis choquée quand j’entends « Je ferai ça quand je serai à la retraite » parce que la vie est fragile, elle ne tient qu’à un fil et tout peut basculer à tout moment, elle passe très vite et nous croyons avoir le temps. Nous n’avons pas le temps. Ce qu’il y a vivre, il y a à le vivre maintenant.

Cependant, et j’espère que ce message est passé, le plus important à mes yeux fut le bénéfice apporté par la communication non violente. J’ai répété et répété l’importance des besoins, de la prise de conscience que l’agressivité, l’injure, l’attitude désagréable d’autrui ne sont que le reflet d’un besoin non satisfait, besoin qui n’a pas besoin d’être satisfait mais simplement d’être entendu et reconnu. «  Dans votre pratique professionnelle, vu l’évolution de vos conditions de travail, vous y serez confrontés, c’est certain. Il est fondamental de comprendre que ce que vous vous prenez dans la figure de la part des patients, des collègues, de la hiérarchie n’a rien de personnel, ce ne sont que des foules de besoins non identifiés, non satisfaits. Alors, d’abord et en priorité, il s’agit d’être au clair avec vous- même, de reconnaître vos propres besoins, leur accorder leur place, vous écouter, vous accorder de l’empathie, prendre soin de vous non de la façon hyper narcissique et égoïste telle que nous le vend la société actuelle mais pleinement, profondément. Comment voulez- vous être relié aux autres si vous n’êtes pas relié à vous- même ? Comment avoir conscience des besoins d’autrui quand on n’a pas conscience des siens ? Comment accorder de la place à l’autre quand on n’occupe pas la sienne ? ». Telle fut ma réponse à un jeune homme qui me demanda ce que j’avais à dire à eux, futurs soignants. Déroutant peut- être bien d’entendre combien il est important de s’occuper de soi pour pouvoir s’occuper d’autrui.

J’espère m’exprimer clairement afin de ne pas laisser croire que je suis à donner des leçons, des directives. Comme tout ce que j’écris ici, plus ou moins maladroitement, je ne parle que ce que je vis, expérimente et de mon ensorcèlement du monde. Je réfléchis, médite et aime à le partage en témoignage d’un parcours de vie personnel. D’ailleurs, je n’ai pas l’impression que les élèves infirmiers l’aient pris pour des leçons de morale, au contraire, c’est un moment très particulier de partage, sincère, puissant et riche. Authentique.

A la fin des deux heures, la prof résuma en évoquant des séquences de cours : «  Nous sommes passés de la une – elle m’expliqua : celle de la prise en charge physique de la personne- à la six- celle concernant la psychologie. » reconnaissant que c’était la façon d’enseigner en séparant artificiellement. Je souris et remarquai :

« Un bébé humain nourri, soigné, habillé et qui n’est pas regardé ou caressé se laisse mourir. Quand la mort est là, nous ne nous posons pas la question de savoir : vais-je d’abord mourir émotionnellement, psychiquement, mentalement ou physiquement ? » Quand nous mourons, nous mourons entièrement et notre univers disparait. C’est la globalité de l’être humain qui est à prendre en compte. »

Il y eut quelques échanges plus proches avec quelques-uns à la fin de la séance et je fus heureuse de voir que les deux garçons du groupe étaient particulièrement intéressés, ouverts.  A nouveau, j’insistai sur mon envie d’avoir un retour des élèves, de ce qu’ils en avaient retenus, de ce qu’ils en faisaient. L’aurai- je cette fois-ci ? En tout cas, je les remercie tous grandement de  ce partage chaleureux et foncièrement humain. Magnifique bain d'énergie. 

 

* En me relisant, je constate que je me suis trompée en écrivant l'article, je voulais dire "Soyez à ce que vous faîtes"... Intéressant, n'est- ce pas?

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J
Commentaires<br /> <br /> <br /> <br />  <br /> Très beau compte rendu (mais précision quand même : je n'étais pas dans la salle ! j'espère que vous aurez le "feed-back" des participants eux-mêmes)<br /> Merci pour le partage, si précieux. Et pour le plaisir de se retrouver dans ce que vous dites - valable pour tous.<br /> <br /> Commentaire n°1 posté par mirabelle le 24/03/2011 à 12h20<br /> <br /> <br /> Nous sommes tous reliés.<br /> Si je jugeais mon expérience insensée, je n'en parlerai pas. Comme j'aime avancer avec l'aide de l'expérience d'autres, j'aime partager la mienne. <br /> <br /> Réponse de fée des agrumes le 25/03/2011 à 21h31<br /> <br /> <br /> <br />  <br /> Rien à ajouter évidemment sauf: chapeau!<br /> Ah! si peut-être: pour la carte d'invalidité il y a cent manières de la présenter!<br /> Et aussi: le mot "non-violent" comporte le mot violent qui porte en lui son énergie négative, attirant plus d'énergie négative à celui même qui le prononce, bien que l'intention soit inverse.<br /> On pourrait dire la communication sereine ou tranquille ou à l'écoute ou équilibrée, tous ces mots portant une énergie positive, attirent la même énergie.<br /> Les mots combat, souffrances, etc, de même, auraient avantage à se voir remplacer par  "marche vers le bien-être", "guérison en route" qui sont positifs.<br /> "Vous n'avez pas à lutter pour vous débarasser d'une maladie. Le simple fait de vous défaire de toute pensée négative permettra à votre état de santé naturel d'émerger de l'intérieur. Et votre corps se guérira de lui-même." Dr B. Johnson dans "le Secret"<br /> Bises!<br /> <br /> Commentaire n°2 posté par Annie le 24/03/2011 à 14h12<br /> <br /> <br /> Chère Annie,<br /> J'ai lu ton commentaire hier et en médite. Dans mes pensées, tes paroles me reviennent et je change mes mots. Parce que je sais que tu as raison. <br /> La CNV est en fait de la communication bienveillante.<br /> Quant à la marche vers la guérison, elle est libération à mon esprit et souvent, je songe à Raphi, mon kiné de l'hôpital qui m'a soufflé un jour alors que nous parlions de mon avenir:"Et guérir, pourquoi pas, parce que c'est aussi une possibilité...".<br /> Lui aussi ne me quitte pas, ses paroles m'accompagnent et me permettent d'aller au delà des peurs.<br /> Mille mercis <br /> <br /> Réponse de fée des agrumes le 25/03/2011 à 21h39<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> Eh beh ! Je suis toujours impressionnée par ce que dit Fée, et aussi par ce que dit Annie... Et mine de rien, ce que vous dites l'une comme l'autre fait son chemin... Je me surprends régulièrement à réfléchir sur les mots que j'emploie, et à les rectifier... Petit à petit les bons mots viendront sûrement naturellement !<br /> Juste une question : de temps en temps, ça ne fait pas du bien, de faire un "lâcher" d'énergie négative, en sortant les mots négatifs ?<br /> <br /> Commentaire n°3 posté par Coq le 25/03/2011 à 12h29<br /> <br /> <br /> Impressionnée... Mince! <br /> Oh, tu sais, je pète souvent les plombs!! Surtout avec fiston! Et j'en dis des horreurs, lui aussi, de l'un à l'autre, sur d'autres... et puis nous y revenons tranquillemement après, ensemble, dans notre coin, ça dépend. La conscience que nous ne parlons pas de l'autre mais d'un truc en soi change déjà beaucoup. (je suis heureuse qu'il apprenne cela si tôt!) C'est pas facile tous les jours mais petit à petit ça vient.<br /> Quand je ne suis pas capable de me calmer ou d'aller au- delà de mes sentiments négatifs, je demande simplement le temps de vivre ce que j'ai à vivre en restant chez moi, je prends le temps d'identifier ce que ce sentiment exprime  et la possibilité d'en reparler après, éventuellement, quand je suis plus au clair en moi.<br /> M'enfin, cela reste une tâche ardue, quotidienne, ô combien heureuse! Chaque pas est faussement long à mettre en oeuvre, plus j'avance, plus les enjambées sont longues...<br />  <br /> <br /> Réponse de fée des agrumes le 25/03/2011 à 21h53<br /> <br /> <br /> <br />  <br /> A Coq: non ça ne fait pas du bien. Aucune énergie négative n'a jamais fait de bien, toute négativité fait venir encore plus de négativité. Ce qui fait du bien est d'être positif. Amitiés!<br /> <br /> Commentaire n°4 posté par Annie le 25/03/2011 à 21h45<br /> <br /> <br /> Comprendre que le sentiment négatif ou la pensée négative cache qqch en soi qui n'est pas clair, non identifié et qui demande à être entendu, c'est déjà entamer le chemin pour sortir de la négativité.<br /> <br /> Réponse de fée des agrumes le 25/03/2011 à 22h01<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> Bon, "impressionnée" est peut-être un peu fort, disons "interpellée" ! <br /> Autre question : réussir à être toujours positif est-il réellement possible pour les êtres humains imparfaits que nous sommes ? Et si oui, c'est quoi la recette miracle ? <br /> <br /> Commentaire n°5 posté par Coq le 25/03/2011 à 22h04<br /> <br /> <br /> J'aime mieux interpellée.<br /> Je ne crois pas qu'il y ait une recette miracle, c'est un chapelet de mille et unes petites choses à ré enchanter sur une autre vibration...<br /> <br /> Réponse de fée des agrumes le 26/03/2011 à 13h48<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> Ah et merci pour la première réponse, Annie ! <br /> <br /> Commentaire n°6 posté par Coq le 25/03/2011 à 22h05<br /> <br /> <br /> Je suis ravie que vous discutiez entre vous!! <br /> <br /> Réponse de fée des agrumes le 26/03/2011 à 13h48<br /> <br /> <br /> <br />  <br /> A Coq: si on regarde comme on "réussit" si bien à être négatif, avec les résultats négatifs qui s'ensuivent, être positif, avec de l'entraînement, est plus facile, au bout du compte, car on voit les résultats immédiats dans nos vies. Et plus on est positif, plus il y a de résultats positifs. Pourquoi attendre les ennuis physiques, psychiques, et même les circonstances qui ne seraient pas à notre avantage, alors qu'il y a un moyen d'avoir une vie magnifique!<br /> Bon week-end!<br /> <br /> Commentaire n°7 posté par Annie le 26/03/2011 à 08h10<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> Merci pour vos réponses les filles ! Ce que vous dites me semble plutôt judicieux. "Plus que" à l'appliquer, maintenant ! <br /> <br /> Commentaire n°8 posté par Coq le 28/03/2011 à 12h20<br /> <br /> <br /> Ce n'est pas si compliqué, le tout est d'y être ouvert. <br /> <br /> Réponse de fée des agrumes le 28/03/2011 à 12h37<br /> <br />
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