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Le jardin. Prologue.

Ce petit bout de terre avait grandement contribué à ma venue en ces lieux, ce fut également lui qu’il me fut le plus pénible de quitter. Dans la longue quête d’un logement, après des mois de recherche laborieuse, j’avais trouvé un joli logement qui m’apparut tel un signe de départ imminent. Je n’en pouvais de toute façon plus de vivre entre ces murs empoisonnés et je commençais à emballer mes affaires le cœur toutefois pincé par l’absence de terre à ma disposition et l’étroitesse ridicule des balcons. Comme il m’avait été signifié que des plantations que j’avais installées étaient gênantes et destinées à la destruction si je les laissai en place, je donnai le rosier et les framboisiers à mes amis voisins. Etonnement, je dégottai alors un autre logement à moins d’escalier, plus petit, à refaire avec alentour des espaces verts importants où chaque locataire peut vaquer à quelques jardinages dès lors que l’entretien est fait correctement ; ni une ni deux, je m’engageai sur cette voie enthousiaste. Le déménagement étant en soi grandement problématique en raison de blocages incessants et ressassés,  je négociai le déplacement de mes plantations avec SeN afin qu’il me laissât du temps au gré des saisons pour les transplanter aux meilleures conditions. Il fut d’accord et je lui fis confiance.

Une semaine après notre départ précipité, je revins chercher des affaires. Je découvris stupéfaite que la boite aux lettres branlante avait été redressée et le petit coin de terre qui l’entourait nettoyé, aménagé, retourné, arrangé.  J’étais furieuse ; pendant 5 ans j’avais demandé de l’aide, personne n’avait bougé le petit doigt pour ce faire et j’avais laissé tomber devant les grosses racines de ronces trop fortes contre moi. Et pourtant, j’en avais arraché, coupé, enlevé de mes mains, griffée et blessée par les épines, j’en avais soulevé des pierres et des bouts de terre, ramassé des détritus. Seule. Mon désir d’y mettre des arbrisseaux et des fleurs avaient été jugé inopportun et rien ne se fit en dehors d’un arrachage contraint par la chute d’un arbre. J’agaçai ce petit monde en demandant à la pelleteuse venue pour enlever la souche de l’arbre du jardin de faire de même pour les racines des ronces. Handicapée et malhabile, je ne pouvais l’arranger seule. Tant que je restai dans la maison, nul ne donna suite à mes demandes répétées. Finalement, je laissai tomber... et en moins d’une semaine, ce fut fait après mon départ. « Ce sont mes parents qui s’en sont occupés » entendis- je pour seule explication.

Pareillement, alors que je croyais avoir le temps d’y revenir tranquillement, j’entendis de plus en plus de remarques détournées quant à mon incapacité à dégager vite fait les lieux. Un jour, en visite auprès de mes anciens voisins, j’en profitai pour remplir ma voiture d’autres cartons. La mère de SeN intriguée par le mouvement autour de la maison alors que son fils n’y était pas vint voir et me découvrant m’interpella depuis le jardin. Elle m’expliqua alors qu’elle et son mari prévoyaient de le nettoyer et que pour se faire, ils avaient besoin de savoir ce que je voulais garder afin qu’ils ne le jetassent pas. Je fus secouée, j’eus peur ; connaissant leurs goûts, je craignais pour mes plantes, leur sécurité, leur existence. Je les vis finir lamentablement en déchets verts avant que j’eusse le temps de les ramener chez moi. Ce fut le départ d’une escalade.

Plus tard, exaspérée de ces sous- entendus insidieux, de ces changements incessants d’arrangements, sous les yeux de SeN et de sa mère, j’arrachai des herbes folles des plates- bandes, je détruisis le potager en carré, arrachai les structures pour plantes grimpantes, retournai et ratissai ce qui avait été mon potager, récupérant hâtivement quelques plants. Je sentis une gêne, je n’en avais cure, je ne suis pas d’un acabit à faire dans la demie mesure. Du bout des lèvres, SeN me dit qu’il n’en attendait pas tant. « Sait- il seulement à qui il a affaire ? » pensai-je. L’hiver venant, je songeais au printemps pour la suite, je négociai un nouvel accord encore.

Dans l’agitation absurde du déménagement de mon mobilier engendrée par les barrages de SeN refusant l’entrée d’étrangers dans SA maison plus les travaux nécessaires au nouvel appartement, je n’eus guère d’occasion à récupérer mes chères plantes d’autant que ces opérations ne se font pas n’importe quand. Pendant des mois, ce fut le déclencheur de violentes disputes et théâtres, le prétexte à un flot de reproches et menaces diverses. Sans mes connaissances et ma prise de conscience grâce à la communication non- violente (bienveillante), c’eut été bien pire et destructeur. Je suis néanmoins passée par des phases de colère, de révolte et de peurs hautes en couleur.

Les saisons ont passés, j’ai observé, écœurée l’évolution du jardin. Les herbes aromatiques, les fraisiers sauvages, les primevères, les muscaris, les topinambours, les rates, les narcisses, les tournesols, les soucis, … tout a disparu. Les rondins ont été redressés et alignés, les petites fleurs sauvages coupées, les surfaces recouvertes de gazon et d’écorces uniformes. Je me demande même si le coin du potager n’a pas été traité chimiquement pour être nettoyé. Le bac à compost lui- même m’a été retourné et son contenu débarrassé. Tout est taillé, aligné, droit, les couleurs sont rares. Les quelques grandes plantes non  abominables thuyas sont celles que j’ai laissées et les revoir me serre le cœur. Certaines sont devenues trop grandes, les déplacer leur ferait courir un risque qui me blesse,  je ne demande qu’à ce qu’elles s’épanouissent, deviennent belles et opulentes, c’est un véritable travail de séparation qui s’opère en moi à leur égard. Heureusement, j’ai aménagé un petit coin derrière chez moi, j’y ai transplanté quelques-unes de mes favorites et malgré la violence inouïe engendrée par cette question, j’ai réussi, maladroitement à trouver un arrangement avec SeN afin de pouvoir enfin me libérer définitivement de cet endroit : il est d’accord pour payer de nouvelles plantes afin de compenser la perte de mes plantes chéries qui donc resteront dans ce jardinet.

Ce fut pénible et laborieux, un long chemin de croix. Maintenant, je suis à mes plantations présentes, je rêve de jardin partagé, je traficote un compost clandestin en plus d’un intérieur, j’ai des projets de légumes, de fleurs, de petits fruitiers, d’herbes aromatiques nouvelles et je ne reviendrai plus dans ce jardin tout comme je refuse désormais d’entrer dans cette foutue maison où j’ai tant souffert, où partout maintenant se multiplient les travaux que j’ai sollicité des années en vain. Depuis belle lurette,  j’ai la tête bien au-delà, je suis à d’autres voies, ces histoires ne me revenant qu’au détour de ma confrontation à ce passé détestable. J’oublie ces personnes, ces lieux, ils ne sont plus que des références lointaines me permettant de mesurer le chemin parcouru ces dernières années. Parce que je me respecte, je sais que je mérite mieux qu’une guerre de tranchée quotidienne, une vie coincée et cloisonnée par des peurs et des angoisses mortifères ; les murs de ces impasses ont volé en éclat et je gambade allègrement sur des espaces ouverts où les possibles se multiplient. Ce qui coince à ce jour devient une nouvelle leçon, une nouvelle expérience et mon entourage transformé pareillement à mon intérieur m’accompagne dans la joie. Grâce à eux, grâce à leur amour et l’amour que je me porte, je transforme mes pensées et ce qui me semblait insurmontable alors que j’étais plus jeune, en pleine forme, pourtant perdue et affreusement seule se délite sous l’effet d’une force de vie venue de mon cœur, de mon âme. Et je suis heureuse de conclure sur ces mots le chapitre des possibilités de la maison qui en fait n’étaient que des impossibilités de vie sclérosées et sclérosantes. Mon récit désormais sera celui de ma convalescence, de ma reconquête du monde. Elles sont souvent visibles en pointillé précédemment, elles ont maintenant toute la place car il n’est plus question de mort, il est question de VIE. 

 


 

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A
<br /> Heureusement que le dernier chapitre est une conclusion de joie! Tout ce qui est du passé, est PASSE.<br /> <br /> <br /> Personnellement, je n'ai rien emporté du jardin famlial, J'ai laissé le soin aux nouveaux propriétaires de l'entretenir...comme ils veulent. Ensuite, c'était à moi de créer du neuf, même si ça a<br /> pris du temps.<br /> <br /> <br /> Belle journée!<br />
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