En hôpital de jour, il y a des rendez- vous réguliers avec le médecin pour faire le point, ajuster la rééducation. Solange a toute ma confiance et malgré la souffrance du déplacement (les escaliers, les transferts, une heure pour aller, une heure pour revenir et une bonne demie heure de consultation… ), je me raccrochai à cette entrevue, y mettant quelque espoir ; nous attendions des informations suites à notre visite de Strasbourg. C’était le 2 janvier.
Elle avait un tout petit retard et j’attendis quelques minutes assise dans le fauteuil, après le transfert depuis le brancard devenu mon seul moyen de déplacement supportable. Je ne disais rien, je tentais de résister au malaise qui me gagnait insidieusement. Solange sortit du bureau et me salua chaleureusement, comme elle sait le faire pour tous. Immédiatement, elle m’interrogea sur mon état et je ne pus que lui souffler un « Je ne vais pas bien. ». Elle s’exclama que cela se voyait et elle appela une infirmière pour me coucher en urgence, mon visage se décomposait de seconde en seconde. Elle fut d’une extrême attention, se précipitant à prendre ma tension. De 5, elle remonta à 6 puis 7, puis 9 dès que je fus couchée, la chute était évidente en position assise. Solange ordonna une petite batterie de tests pour vérifier si je ne faisais pas une infection. L’infirmière découvrit des escarres au bas de mon dos, prêts à s’ouvrir et elle les soigna avec un pansement qui me fit l’effet d’un baume magique.
SeN raconta le calvaire des dernières semaines, il espérait que Solange décidât d’une hospitalisation immédiate, il arrivait au bout de ses forces et la reprise du travail qui approchait l’inquiétait. Elle appela Gilles pour lui expliquer combien j’allais mal, s’enquérir des décisions à prendre. Une corticothérapie était prévue avant la première perfusion de mitoxantrone, quelques jours d’hospitalisation tout au plus, le service étant saturé. Et il fallait d’abord obtenir les autorisations, recevoir le médicament, signer des protocoles. Quand elle revint, elle nous annonça qu’elle ne pouvait pas me laisser ainsi à la maison, elle avait demandé qu’une place dans son service me fût réservée le plus vite possible. Les échéances se précisaient, il nous fallait néanmoins encore attendre. Dans mon état, tenir trois jours semblait une tâche affreusement lourde.
SeN ne fut pas content de mon retour à la maison ce jour-là, la situation était désormais totalement ingérable, intenable, incontrôlable. Terriblement compréhensible.