Ma vie est loin d'être ennuyeuse, les limitations n'entravent en rien mes péripéties et c'est avec délectation que je vois les événements venir à moi sans que j'aille particulièrement les rechercher ; le dernier week end n'y dérogea pas.
Vendredi soir, coup de fil de mon amie Marina. Suite à des décommandes successives, elle nous invita à son anniversaire le lendemain pour un festin comme elle en a les mérites. Il n'y avait pas lieu de refuser cette opportunité et je me réjouis de la rejoindre aussi imprévue et inattendue que fut cette invitation.
Samedi, matinée sans plus dans l'attente de la première rencontre avec Valérie, lectrice discrète de mon blog depuis des mois. Elle a aussi la maladie de Devic et nous nous sommes rencontrées via le net, chance improbable puisqu'elle habite à 60 km de chez moi quand nous ne sommes qu'entre 150 et 250 personnes en France à être concernées. Venue avec son fils, nous avons profité de l'aubaine pour visionner Kung Fu panda au foyer du village qui propose des films de temps en temps, gratuitement. Quelle sensation incroyable que de voir en chair et en os cette personne croisée sur la toile, dont j'ai lu les courriers et entendu la voix par téléphone ! Lors de notre premier échange vocal, il ne fallut qu'un dixième de seconde pour se connecter et puis tout est parti comme si nous nous connaissions depuis toujours ; une entrevue s'imposait. Elle m'a fait la joie de nous rejoindre et nous avons passé une après midi très agréables entre ce film si bien orchestré et nos conversations sans fin sur nos situations respectives, nos interrogations, nos espérances, nos parcours, nos chutes et combats. Pour ne rien gâcher, nos garçons se sont entendus à merveille et je ne doute pas d'autres rendez-vous à venir, l'espoir de reconduire un jour ne me lâchant pas.
Merci à toi Valérie, vraiment !
Ma mère est arrivée entre deux et nous avons bu du thé toutes les trois, échangeant encore sur les parcours de vie avec la maladie, les entraves, nos espérances. Stéph en vadrouille n'était pas rentré à 18h et je l'appelai pour savoir s'il comptait sur l'invitation chez Marina ; il me dit seulement qu'il n'avait pas envie de venir et je saisis l'occasion pour que ma mère nous emmenât Etienne et moi. Au revoir avec Valérie et son garçon dans la bonne humeur de s'être rencontrés et départ à la va vite pour Marina.
Sur place, ils furent déçus de l'absence de Stéph qui sait se faire apprécier par ses bonnes manières, son amabilité, sa disponibilité, son humour décalé et sa courtoisie. Il arriva vers 22h30 avec un accueil enthousiaste et ils purent malgré tout profiter de sa présence jusqu'à une heure du matin. Parallèlement, je savourai le délicieux repas qui dura des heures avec l'extase de Chris sur le mode de vie à la française : le plaisir de manger, de jouir de l'instant, de la présence des autres, des goûts, de la conversation ! Il reconnaissait dans des grandes envolées en anglais que la vie ici lui plaisait et qu'il ne pourrait plus retourner au mode de vie britannique.
Envolée en anglais ? Et oui, quand je vais chez Marina, j'entends de l'anglais, de l'allemand, du russe, un peu de français, de l'anglais avec l'accent russe ou allemand, de l'allemand avec l'accent russe ou anglais, du français avec des accents anglais, russe, suisse et occasionnellement coréen. Une tamagouille dans ma tête qui me fait perdre le sens de la langue à utiliser. Une langue inconnue bourdonne aux oreilles telle une musique et comme je comprends un peu de toutes celles- là, je fais des mélanges et en perds... mon latin ! Quelle gymnastique, je vous jure !
Cette fois-ci, j'ai rencontré Laurent, suisse romand, architecte à Genève et sa femme Olga, amie de plus de 20 ans de Marina. Laurent parle français (avec l'accent suisse, forcément) et italien, ni allemand, ni anglais , presque une incongruité ici ! Nous avons grandement discuté en français de nos parcours de vie, de la richesse qui ne se mesure ni en biens matériels, ni en monnaie ni en terme de notoriété sociale, de Phil Collins qui vit pas très loin de chez eux et son ex- femme, sans plus, de nos emplois respectifs, de littérature française qu'Olga a étudiée, de leurs voyages... J'ai principalement été enchantée par la considération que cet homme a pour sa femme qui ne lui demande rien. Parce que certains membres de son entourage la dénigre (Une étrangère qui ne travaille pas, plus jeune que lui, ne peut être qu'une profiteuse pour eux), il est prêt à ne plus les fréquenter. « Ils sont incapables de comprendre qu'elle m'apporte la compréhension, la sérénité, une joie profonde, un équilibre ». A travers eux, je réalise que le couple est possible, ce n'est pas une chimère inatteignable.
Au lendemain de cette soirée enchantée par la magie de Marina et son grand cœur, je me laissai porter jusqu'au coup de fil de Delph. Cet événement est le signe d'une autre aventure rocambolesque que vous lirez plus tard car elle est le bouquet final de ces jours pétillants.
J'ai lu quelque part, dans un livre de mon ami Boris qu'il existe deux types de personnes : les angoissés et les dépressifs (c'est caricatural certes parce que je déforme ses propos avec mon propre ensorcellement).
Un angoissé a peur de sortir de son train- train et de ses habitudes ; en dehors d'eux, il se sent mal, il est pétrifié et utilise toute son énergie à rendre sa vie tranquille et réglée comme une horloge afin d'en contrôler tous les tenants et aboutissants, afin de ne pas se trouver face à ses angoisses, expressions de souffrances intérieures refoulées et niées.
Un dépressif au contraire a besoin de se sentir exister grâce à une vie emplie d'aventures improbables et inattendues ; la monotonie le ramène à la mort qui le terrifie. Il bourlingue et s'élance vers le danger pour se sentir vivant.
Il n'y a pas de doute, je suis bien une dépressive appréciant l'imprévu et la surprise, l'enchantement du monde par sa non permanence. Je le comprenais avant et désormais la proximité de la mort me l'a fait ressentir pleinement.
Ici et maintenant, je suis dans la vie et non plus dans la mort à qui nous donnons une place inconsciente trop
énorme. A vouloir l'occulter, elle devient omniprésente et nous empêche de vivre.
Et oui, j'ensorcèle encore et toujours mon univers avec cet émerveillement et cette jubilation devant le kaléidoscope des possibilités.