Quelle excellente idée j'ai eu avec cette chronique futile et sans but de prendre du recul vis-à-vis de la nourriture ! A chaque fois, je réalise les enjeux interpersonnels qui se jouent autour de la table et la part de moi que je mets dans cette tâche quotidienne et rébarbative pour certains.
Découverte, créativité, originalité (au sens de premier), expériences et vagabondages sur les chemins de traverses côtoient rapidité, tradition et minimum de travail ou grignotages habituels par désintérêt. Quand l'acte de manger parle du rapport au monde.
Evidemment, c'est un discours de nantis puisque il y a tous les jours à manger dans l'assiette me diront certains. Je leur répondrai que j'ai connu la faim, les frigos vides, affreusement vides, les repas cantonnés aux seuls aliments achetables ou récupérables en période de vaches maigres, les repas de choses pas aimées ou limites avariées mais les seules à manger dans la maison ... et même la monotonie des pommes de terre et oignons chapardés dans les champs fraichement travaillés pour la récolte. J'ai connu également et paradoxalement des repas pantagruéliques chez des gens qui devenaient malades de trop bouffer, entre crise de goutte et estomacs vomissant le trop plein. Est-ce l'explication à ma curiosité sur l'alimentation que ce vécu des paradoxes ? Passer d'une extrême à l'autre en l'espace d'un simple changement de décor et d'entourage, être témoin de ces absurdes inégalités aurait-il pu m'amener à rester indifférente aux enjeux de la nourriture et de ce qu'elle exprime ?
Toujours est- il que cette dernière semaine s'est révélée des plus hautes en couleurs et en saveurs. Regardez moi un peu cette liste :
- Moules frites
- Velouté maison aux champignons de Paris, risotto avec courgettes, chou -fleur et moules (dommage, c'était trop salé... )
- Soupe de légumes maison, riz et petit pois, artichaut
- Poulet massale avec riz, haricots verts et petits pois
Nous aimons tellement la cuisine indienne qui en plus me ramène systématiquement vers ma chère sœur Thérèse
- Paella express. Celle- là, je la fais en quatrième vitesse. Quand j'ai vu ce qu'il y avait dans les sachets tout fait, je me suis lancée et c'est un régal à chaque fois surtout avec le filet de citron : riz pilaf avec du curcuma, des petits pois, un mélange de fruits de mer, quelques courgettes, du poivron rouge, du chorizo et basta !
- Spaghetti bolognaises avec du chou romanesco et des pâtes complètes
Dans le reste de sauce, des pommes de terre ajoutées au soir afin de finir la casserole.
Il y eut également la sortie chez Marina, jeune femme russe dont je vous reparlerai certainement : bortch avec épices directes de Saint Petersburg, viande aux champignons, des galettes de pommes de terre, salades à la russes (légumes coupés petit en mélange variés), gâteau maison au sucre roux, pommes et raisins secs avec des chocolats russes et pour couronner le tout de la tisane directe du samovar.
SeN a ramené spécialement à mon attention une préparation prête à cuire de la boucherie : tajine d'agneau aux pruneaux et amandes, sauce orange simplement à revenir à la poêle. Je l'ai accompagné de boulgour de grand épeautre complet et des carottes cuisson douce (un exploit puisque les carottes cuites de l'hôpital fades et doucereuses me les ont rendues rédhibitoires). Le mélange des trois a été un délice. Hummmmmm
Toutefois, comme l'émincé de bœuf sauce pimentée, tomates et poivrons qu'il affectionne plus particulièrement, j'ai évidemment goûté et testé les saveurs afin d'en reconstituer un maison. L'essai avec l'émincé avait été une réussite, le fiston n'avait pas fait la différence. Héhé, trop forte. ; enfin, pas toujours, faut pas exagérer.
C'est un travail de longue haleine pour passer au fait maison
Mon garçon a parfois subitement envie de préparer le repas. Il nous a déjà cuit des steaks hachés, des frites au four et une salade de carottes râpées ou encore une soupe que nous qualifions du pauvre (un bouillon de bœuf et des vermicelles) . Ce soir-là, la mouche l'a piquée et il a tenu à préparer une soupe en sachet. Dans ces cas, je le laisse ; petit à petit, il apprendra. Ce fut un minestrone, l'air de rien, nous discutons de ce qu'il y a dedans et j'explique ensuite que c'est facile à préparer soi même... à force, il y viendra. Je lui dis souvent le proverbe chinois :
Quand quelqu'un a faim, donne-lui un poisson, il mangera un jour.
Apprend- lui à pêcher, il mangera toute sa vie.
Puis un jour, comme je lui raconte des anecdotes familiales, il montrera à ses enfants comment se mitonner de petits plats pleins d'amour. Car, oui, manger c'est aussi transmettre et aimer.
(A ce propos, je vous parlerai à l'occasion de l'émission le 7/9 du 18 octobre, sur France inter à propos du goût, vous pouvez par ailleurs l'écouter vous même en archive sur le site de la radio.)