En parallèle de ces planches à étagères et projet de meuble, je m’occupai d’autres bricoles, tranquillement. Je déambulais dans la maison avec ma nouvelle perceuse et sa bonne mèche pour fixer là un porte- balai trimbalé des années vainement, ici le petit aspirateur à main. Je tapai du marteau sur ce tableau afin d’y mettre une attache correctement puis le fixer au mur. Ces petites choses de rien avaient une force d’évocation à mes yeux car elles portent le symbole des inerties passées.
Le porte- balai m’avait été donné par ma mère des années auparavant. Son concept m’enchantait mais il ne fut pas fixé en raison d’excuses multiples et variées au point que je songeais à le vendre aux puces. En vain. Je le trimbalais donc incessamment ne pouvant me résoudre à le jeter. Le petit aspirateur traînait dans les cuisines successives, inactif notamment dans la maison aux possibilités. Comme le porte- balai, il avait été jugé inutile et encombrant. J’en fus pareillement à me tâter pour le vendre, résistant pourtant, pressentant une utilité notoire.
Ce jour-là, il était donc question d’aller au- delà des frustrations passées en posant définitivement mes représentations libérées des jugements d’autres. En quelques minutes, ce fut réglé.
Alors que je racontais joyeusement ces pérégrinations à Nadine, camarade de CNV, elle eut cette phrase étincelante : « C’est le besoin de mettre en ordre ». Sur le coup, je ne fus qu’interloquée. L’idée continua son chemin, grandement.
Ces petits bricolages n’ont pas été effectués durant des années parce qu’il y avait systématiquement un esprit chagrin pour les juger inutiles. Mes besoins n’avaient pas de place, n’étaient pas écoutés uniquement quand ils allaient dans le sens voulu par d’autres ; longtemps, je ne décidais plus de ce genre de travaux parce que mes procédés étaient terriblement anxiogènes pour les puristes aux besoins de contrôle absolu au point que je me suis enfermée dans une lutte âpre et permanente ne conduisant qu’à la colère et la dépréciation de soi. S’en suivirent ces enjeux pourris de territoire et de pouvoir relatés dans les possibilités de la maison.
J’en ai fini avec cela, je suis désormais sur la voie de l’autonomie, de la responsabilité aussi, je fixe mes étagères tordues en décalage, je perce et découpe dans des conditions rocambolesques… certes, mais au moins, C’EST FAIT et il n’y a plus lieu d’y transférer des enjeux inconscients. Je ne participe plus à ces tragi- comédies quotidiennes empoisonnant nos existences insidieusement. Je laisse à mes besoins la place qui est la leur.
Je fais restaurer des meubles anciens, je fixe, range et trie. Cela prend du temps, est lent et le bazar de notre appartement ne le concrétise guère en apparence. Néanmoins, je travaille sur des décennies, voire des générations, comment pourrais- je aller plus vite ? J’ai besoin de ce temps pour en finir avec les fonctionnements anciens, réparer ces pourritures auxquelles je me suis pliée. Etonnamment, c’est maintenant que toutes les impossibilités où je me suis fourvoyée se délitent et que le lâcher prise ouvre des portes insoupçonnées.