De juin 2006 à janvier 2007, je sentais ma fin venir.
Les pertes et les renoncements cheminaient en moi, je me préparais à mourir, épuisée, anéantie, abasourdie par ce pied de nez atroce de la vie. Une sérénité abominable me laissait accepter les événements avec de temps en temps des crises de révoltes et de larmes face à l’abandon subi par mon entourage, la terreur de les quitter à jamais. Je m’étais trouvée réduite à l’extrême dénuement, je vivais chaque instant dans l’ici et maintenant.
Quand la première perfusion de chimio fit effet, ce fut une explosion d’espoir, un tremplin formidable qui me repoussa vers la vie. Cette chance inespérée ne méritait pas d’être gâchée par des travers anciens ; un ras- de- marée avait balayé mon existence, il était temps de cesser la souffrance, il était temps de reconquérir et mon corps, et mon psychisme, et mon âme.
Vivre, exister, être, tel était mon programme.
Dans cette logique, je m’étais lancée tête baissée dans la rééducation, je travaillais sans relâche à mon retour à la maison, impatiente de repartir sur des bases plus saines dans l’aventure de notre petite famille. Le choc du retour fut d’autant plus violent que je réalisai malheureusement la persistance des anciens fonctionnements entre les murs de la maison, théâtre d’enjeux inconscients malsains. Reprenant le cours de la psychanalyse dès que je fus à nouveau transportable, je continuais les grands travaux avec l’expérience des derniers mois. Je ressentais que quelque chose de profond s’était opéré en moi, je ne voulais plus de ces schémas destructeurs sur lesquels j’avais inconsciemment basé mon existence. J’étais à la frontière, entre deux univers, celui d’avant et celui à venir. Une transition périlleuse, mouvante, instable, une marche dans un brouillard épais avec pour seul repère la lumière redécouverte en moi grâce aux rencontres merveilleuses des derniers mois.
J’étais différente, de part la maladie désormais partie intégrante de moi, de part l’expérience acquise, de part la richesse des rencontres en ces périodes si sombres, de part la personne que j’avais découverte dans cette aventure folle. Mes yeux s'ouvraient, lentement.
L’ambiance à la maison était décidément trop lourde, destructrice, les sorties en hôpital de jour des bouteilles d’oxygène dans ce quotidien tranchant et violent. Les séances en Adelo, en ergo devenaient trop courtes, je sentais que j’avais BESOIN de créer, en appel vers/de la vie.
La souffrance physique m’avait recentrée sur mon corps, cette ambiance délétère me recentrait sur mon interne immatériel. Ce fut alors une explosion de créations en instinct de survie, en plongée et course effrénée dans la vie, pour sortir de la mortification des schémas anciens… mais cela, je l’ignorais. J’ai simplement foncé sans réfléchir, mue par une voix profonde de mon plus fort intérieur.