Eklablog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Se loger, habiter. Deuxième.

Bien que le logement révélait ses inconvénients et déconvenues, je n'envisageais pas de déménager rapidement. Comme à mon habitude, je pensais que les circonstances décideraient le moment venu, dans quelques années, au regard de la scolarité du fiston, de l'évolution de mon état physique, professionnel ou de relations.

Un jour, alors que je descendais du centre- ville en voiture, je vis une immense affiche devant des immeubles en construction et ce fut un signal.

J'envisageais ces constructions, comme beaucoup dans la région, spéculatives, hors de prix dégoûtée d'emblée par les prix affichés et cette politique frénétique de toujours plus irrationnelle à mes yeux. Pourtant, incroyable, je découvrais là le nom d'un organisme HLM recommandé par les ergothérapeutes de l'hôpital en 2007. Ni une, ni deux, j'appelai au numéro indiqué. Après deux vaines tentatives, je laissai un message et à ma grande surprise, je fus rappelée quelques jours plus tard; je posai mes questions pratiques et je fus ravie d'entendre que les logements étaient accessibles aux personnes à mobilité réduite avec rotation des fauteuils incluse dans les appartement. En outre, l'immeuble était basse consommation, avec possibilité de rez- de- jardin ou de terrasse et en mixité sociale puisqu'à droite c'était de la vente aux particuliers et à gauche, du logement social. Tant qu'à faire, j'avais là une belle opportunité.

Par hasard, j'avais retrouvé depuis quelques mois l'assistante sociale des débuts de maladie. Elle m'avait soufflée car à peine avais- je dit mon nom qu'elle me redonna, cinq ans après, mon adresse électronique exacte, des détails précis de ma vie d'avant et sa fine perception ne laissait aucun doute sur son honnêteté ( Comme quoi, nous ne mesurons pas toujours l'impact de notre présence au monde sur autrui). J'appréhendais de déménager et bien des peurs m'habitaient d'autant que je ne pensais pas y aller si vite, j'étais clairement bousculée. Quand je lui parlai de ces constructions récentes et accessibles, elle fut emballée: «Ah, mais on va y aller!». Je lâchai prise plus par crainte et flou intérieur que par sagesse. Nous montâmes le dossier de demande, elle s'occupa de tout et en particulier de remplir le formulaire spécial pour les personnes handicapées. Mine de rien, en énonçant mes besoins, je réalisai que mes handicaps n'étaient anodins que parce que je ne ne voulais pas les laisser envahir mon quotidien et ma vie. Elle appuya évidement ma demande et passa quelques coups de fil auprès de cet organisme qui connaissait très bien son service puisqu'ils travaillent ensemble depuis plusieurs années pour le logement des personnes en situation de handicap. Si je commençais à envisager les rangements, emballages et déplacements, c'était plutôt du point de vue de l'autruche, la tête dans le sable dès lors que la peur tétanise. Une sorte de fuite, un défilement.

Je reçus un rendez- vous pour la visite de l'appartement témoin où j'allai seule, à demi- enthousiaste. Les travaux étaient en cours et nous slalomâmes entre les machines, les matériaux et le bazar coutumier de ce genre de situation. Je fus déçue, grandement. Belle salle de bains, grand wc, chambres standard modeste, coin cuisine riquiqui et salon mini. « Ah non, je ne peux pas vivre là- dedans! En posant mes meuble, je n'ai plus de place pour bouger debout alors si j'ai un problème moteur, ce n'est même pas la peine d'y penser». Elle me proposa une autre configuration qui me sembla plus adaptée: chambres certes plus petites mais séjour vaste et commode. Nous feuilletâmes les plans ensemble.

- Vous voulez un jardin alors?

- Oui

Et vous pourrez vous en occuper? ... Ce sera votre fils.

Là, un néon géant clignotant s'alluma dans ma caboche: PANIQUE PANIQUE!!! Le fiston ne bougeait pas le petit doigt et l'idée de me battre avec lui pour le jardin ne s'envisageait pas, j'avais assez avec le quotidien sans jardin. Je renonçai au jardin mais insistai alors pour avoir un appartement de grande surface afin de ne pas risquer de me retrouver coincée comme dans la maison aux possibilités. 

- Là, ça dépend de vos revenus, me répondit-elle. 

(Tu parles d'une logique! Vive le droit à l'usage revendiqué par Paul Ariès!!!)

Ensuite, je fis mine d'oublier cette histoire de déménagement. Axant mes pensées sur les voies d'Annie, je tâchai de mettre mes pensées positivement, en confiance dans la vie. Le quotidien m’anesthésia un peu, je restai dans l'évitement. Tout à coup, ma mère échappa de justesse à un infarctus.

Elle habite seule au 4e étage ( comptez 5 parce que le rez- de- chaussée est haut) sans ascenseur, à dix kilomètres de ma sœur et moi; je suis la seule à avoir permis et voiture. Elle serait morte le soir- même si elle n'avait pris l'initiative de retourner chez le médecin pour la énième fois du mois parler de ses douleurs de poitrine, épaules et bras- le même médecin qui lui lança: « Si vous montez chez vous là, vous allez mourir!», elle avait 20 de tension! Elle rentra seule avec sa voiture après cette consultation ubuesque, le médecin ayant simplement dit qu'elle devait aller à l'hôpital. Depuis son garage, elle appela l'ambulance. Un vsl arriva malgré le protocole puisqu'en cas de problème cardiaque, il n'y d'appareil que dans les ambulances et en prime, ils arrivèrent à l'hôpital sans que quiconque ne fut prévenu de son urgence vitale.

Nous n'apprîmes qu'au deuxième jour qu'elle avait à nouveau échappé de justesse à la mort ( après ses deux cancers violents dont elle est miraculée). Je lui dis clairement et fermement qu'il était vital qu'elle déménageât! Elle était trop loin, trop mal installée et je serais rassurée de la savoir plus près de nous. L'idée entama son chemin surtout qu'elle lorgnait sur le logement que je quittai non sans me reprocher de déménager trop vite à son goût pour un autre qui ne lui semblait pas approprié. A mes tiraillements de logement s'ajoutèrent les siens.

Je reçus une lettre m'annonçant l'attribution d'un appartement de 65m² au deuxième étage. Je fus à nouveau déçue et j'hésitai de plus en plus. A la visite avec fiston, il fut enthousiaste, j'appréciais l'accessibilité, les grandes portes, la magnifique terrasse et la beauté des lieux... Les petites chambres me rebutèrent grandement. Fiston adolescent pouvait- il vivre dans 9.5m²? Évidemment, la réponse devait être donnée le lendemain et je déteste être bousculée pour une décision si importante. Torturée, je cherchai tous les avis, discutai avec mon garçon, obtins un report de deux jours pour la décision et alors que j'allais la décliner, il se fâcha et exprima son désir de déménager, la petite chambre me posant plus de souci qu'à lui. J'acceptai après des heures tourmentées de doutes.

J'écrivis donc fin décembre la lettre d'avertissement à mon bailleur l'invitant grandement à prendre en compte la nécessité de ma mère de se loger ailleurs ( c'est le même organisme qui gère son immeuble et celui que je comptais quitter) . C'était quasi irrationnel. Une sorte de rêve mi- cauchemardesque.

Dans une cohue tendue, j'entamai les emballages.

Une nuit, distendue dans toutes les émotions et pensées agitées, je décidai de plonger en moi pour comprendre ce qu'il se passait et rapidement, je réalisai l'état de panique dans quel j'étais face à l'ampleur des événements, parce que je me voyais gérer seule mon déménagement et celui de ma mère, fiston étant amorphe, ma mère choquée, ma sœur débordée par toute sorte de problèmes. Au matin, je pris rendez- vous chez le médecin pour gérer ces émotions terribles et lançai un appel à l'aide à l'assistante sociale. J'avais véritablement besoin de soutien et d'aide. 



Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
A
<br /> D'où, comme tu le dis, l'importance de la confiance et de la sérénité: tout se serait mieux passé ainsi. Mais enfin l'essentiel est que ça aille mieux à présent. Bisous!<br />
Répondre