Ce matin, je me réveillai avec l’émission de Nicolas Demorand sur France Inter et l’invitée du jour : Elisabeth Badinter. Son Dernier livre, Le conflit : la femme et la mère est sous les feux de l’actualité.
Les positions de cette femme m’intéressent depuis de nombreuses années, je la trouve claire, ferme, lucide, intelligente et courageuse. N’ayant lu aucun de ces ouvrages, j’ai néanmoins parcouru quelques uns de ses articles, écouté ses interventions avec intérêt, survolé en loin son livre, L’amour en plus, sur l’amour maternel. En la découvrant au réveil, ma curiosité se piqua et je ne quittai pas mon poste de radio de toute la matinée. Très vite, je me mis en colère, les pensées fusant dans ma petite caboche.
Elisabeth Badinter expliquait combien le phénomène écologique recelait de perversités potentielles. La promotion des couches lavables, d’un retour à la nature avec une femme s’occupant des enfants qu’elle allaite puis nourrit de bio cuisiné elle-même, le rejet des biberons, du lait maternisé et des petits pots, la méfiance des produits chimiques de la pilule notamment, sont potentiellement dangereux dans la mesure où ils peuvent dénier l’émancipation de la femme. Elle rappela fort justement combien l’apparition des protections jetables de tout acabit a libéré nos grand- mères de lourdes corvées. Elle s’insurge des pressions exercées sur les femmes les amputant de leur droit de choisir : choisir de ne pas avoir d’enfant, d’avorter, d’accoucher avec ou sans péridurale, d’allaiter ou non, de travailler ou non avec de jeunes enfants. Elle nota les cas de l’Allemagne, des pays scandinaves où la péridurale n’est pas proposée, voire même fortement déconseillée (impact de la mentalité luthérienne et son approche de la souffrance ). Elle s’insurge du silence pendant la campagne des régionales sur les carences flagrantes de structures d’accueil du petit enfant compliquant grandement la vie des femmes, de la fermeture progressive des centres d’IVG ; elle se scandalise de la culpabilisation incessante des femmes quelque soit leur choix et ce pour des raisons dogmatiques. Parce que oui, les femmes sont trimbalées d’un dogme à l’autre ! Il suffit de d’observer comment les jeunes mères sont conseillées sur l’attitude à avoir envers les enfants : tous les vingt ou trente ans, les modes changent radicalement et les mères sont constamment culpabilisées insidieusement de mal faire : il faut les coucher comme-ci, il faut les allaiter comme ça, il faut les laisser crier, surtout pas les laisser seul en cas de pleurs, il faut réguler les tétées ou les biberons à heure fixe, donner à la demande, interdiction formelle de le prendre au lit avec vous, ou non, non, prenez –le sans crainte… etc. etc. Pourquoi les femmes ne peuvent- elles pas simplement avoir confiance en elles ?
Sous couvert d’écologie, des dérives naturalistes rétrogrades s’insinuent lentement dans les esprits.
Elle expliqua également comment avec la crise économique des vingt- trente dernières années, la situation des femmes régresse. Par les conditions d’emploi et de salaire qui leur sont faites (80% des femmes qui travaillent occupent un emploi à temps partiel dont elles ne peuvent pas vivre décemment), nombre d’entre elles se retrouvent cantonnées au foyer. En outre, d’après une étude de novembre 2009 (INED je crois), 80% des tâches domestiques et parentales sont effectuées par les femmes qu’elles occupent un emploi ou non !
Par ailleurs, elle dénonça les jugements portés sur les femmes pour leurs choix de vie, pour leur tenue vestimentaire surtout dans les cités et les préjugés qui en découlent, l’instrumentalisation de l’Islam pour justifier la soumission des jeunes filles, femmes à la décision des hommes.
Elle appelle à la vigilance, à la réflexion sur la liberté des femmes dans la société, à leur place sans les culpabiliser systématiquement de leur décision, à ne pas baisser la garde devant les grignotages des droits si durement acquis.
Ce qui me mit en colère ce matin, ce fut la levée de bouclier de certains intervenants défendant leurs opinions sur l’allaitement, l’accouchement naturel l’alimentation bio, les couches lavables, le renoncement volontaire à l’emploi pour se consacrer exclusivement au foyer, aux enfants. J’avais l’impression qu’ils n’avaient pas écouté les propos d’Elisabeth Badinter : l’art et la manière de jeter de l’huile sur le feu alors qu’il n’y a pas d’opposition d’opinion !! Merde alors, que veulent donc dire ces clivages ??!! N’ont-ils pas entendu qu’elle ne cherche aucunement à proposer un modèle d’existence aux femmes ? Qu’elle ne cherche qu’à défendre le droit des femmes à CHOISIR LIBREMENT leur destin ? Qu’elle appelle à garder notre attention en éveil pour ne pas laisser s’installer des idées ébranlant insidieusement les droits des femmes ?
Actuellement, l’idéal de vie passe par la possession matérielle et un style Bourgeois Bohème avec une écologie d’aisés à la mode (manger, s’habiller bio, utiliser des voitures hybrides ou électriques, maison écolo et consorts). Avec des idées très consensuelles sur la sauvegarde ou la préservation de la planète, les critiques contre cette mode passent mal et vicieusement, s’en suivent des jugements, des enfermements.
Toutefois, en contexte, chacun d’entre nous fait face à des situations complexes en variation infinie liée à
nos histoires, nos éducations, nos responsabilités conscientes ou inconscientes ; nous faisons également en fonction de nos moyens économiques et sociaux, des circonstances historiques. Avec
ou sans conjoint, avec de bons revenus ou à peine de quoi vivre, une famille présente ou non, la paix ou la guerre, les discriminations, les maladies, les accidents, les décisions sont
complètement différentes. Les Restos du cœur ne distribuent pas de nourriture bio, les logements loués aux personnes ric-rac ne sont pas bioclimatiques, il n’est pas question de rénover les
HLM dans cette optique, la mixité sociale ne se fait pas dans l’espace, les femmes supportant seules la charge des enfants n’ont pas les mêmes possibilités que celles qui gagnent bien ou sont
accompagnées de conjoint « confortable », tous ne peuvent composter, faire un potager ou aller acheter chez le producteur local… ces impossibilités en font-elles des citoyens
irresponsables ? Certainement pas ! Alors, je m’énerve quand j’entends ces bobos parler de leur engagement écologique, incapables de simplement écouter les interrogations d’une femme
avisée. (cf. d’ailleurs ce superbe article de Pierre Rabhi ici)
Cette journée de colère et de réflexion, suite à l’écoute des avis variés entendus à la moindre occasion à la radio m’a ramenée également à une hypothèse qui me trotte dans la tête depuis quelques années : la dichotomie des femmes.
Sournoisement et insupportablement à mes yeux, elles tiennent des discours revendicatifs sur leur liberté, leur autonomie, leur indépendance, leur épanouissement pendant que concrètement, elles sont complètement dépendantes de leur conjoint ! S’il leur arrive de se séparer, elles se dépêchent d’en trouver un autre par peur d’être seules face aux aléas de la vie. Il y a également ces mères qui enferment leur fils, leur fille dans des schémas sclérosés ou mortifères les empêchant de vivre pleinement leur vie avec les meilleures sentiments du monde simplement parce qu’elles ne veulent ou ne peuvent se défaire elles- mêmes de leurs chimères ou parce qu’elles acceptent de pérenniser un système qui les a fait souffrir. Je pense par exemple à certaines coutumes traditionnelles : les mères ont été mariées vierges à des hommes qu’elles n’ont pas choisi, elles ont subi leur vie en silence et quand leur propre fille est en âge de se marier, elles tentent de lui faire subir le même sort. Si certaines se rebiffent, elles doivent mener un combat de longue haleine pour échapper au joug de ces traditions. Je ne donne pas de nom précis mais je peux garantir que j’ai vu de mes propres yeux ce genre de situation !
Il y a pareillement cette non- acceptation du célibat, du non- désir d’enfant, de l’homosexualité, des décisions de mariage ou divorce, de séparation, de dénoncer des violences subies. Toutes ces situations engendrent une violence rare des femmes envers d’autres femmes et cette violence- là, je la trouve insupportable et révoltante.
A mon humble avis - qui ne compte absolument pas-, j’affirme que le sort des femmes s’améliorera véritablement quand les femmes elles- mêmes en finiront avec les préjugés dans lesquels elles restent enfermées. Cela nécessite une prise de conscience, de l’énergie, de la volonté, du courage. Pourquoi n’en sommes- nous pas toutes capables comme Elisabeth Badinter? A quand une éducation sérieuse des enfants, garçons et filles, pour sortir des représentations sexistes ? Des livres où les femmes ne sont plus cantonnées à des rôles subalternes ? Quand les femmes sortiront-elles des rôles auxquels elles s’identifient inconsciemment en continuant de clamer leur affranchissement ?
Dans mon cas, je suis une adepte d'alternatives écologiques telles que les protections lavables, les coupes menstruelles, allaiter son enfant, manger bio, cuisiner ses plats ; je n'en perds pas pour autant mon esprit critique quant aux dérives possibles de ce genre de choix. J'élève seule mon garçon envers et contre tous les jugements entendus de ci de là, de la part de femmes également, très dures avec des arguments psycho- moraux; j'ai réussi un diplôme avec mention en étant enceinte et jeune maman, j'ai travaillé tout en allaitant mon bébé, j'ai fait face à toutes les difficultés économiques d'une femme seule. Diplômée du supérieur, précaire de l'Éducation Nationale, je n'ai jamais renoncé à mon emploi accumulant les contrats à temps partiel avec un salaire équivalent au mieux au SMIC alors qu’avec une vie de dépendance ou d’assistance, j’aurais été plus soutenue ou connu une vie matérielle plus facile (en travaillant, je gagnais moins qu’avec une allocation parent isolé !!!) . Les hommes croisés ont été inopérants enfermés dans des comportements induits par LEURS MERES incapables de les sortir de leur giron. Je n’ai pas renoncé à retrouver ma liberté devant leurs incapacités aussi effrayante que puisse être mon insécurité matérielle en recommençant seule. J’ai pris des décisions aux conséquences pénibles et laborieuses pour ne pas devenir dépendante ou prisonnière de la volonté d’autres, à quel prix? Dans quelle mesure suis- je véritablement considérée dans la société actuelle? Je ne revendique ni avantage, ni étendard, je m’attèle seulement à ouvrir ma conscience, à me libérer des jugements lâchés inconsciemment par d’autres parce que je ne choisis pas de vivre comme eux. Non, je ne suis pas une conne parce que j’ai pris le parti de la liberté !
Ensuite, je m'interroge grandement:
Quand est- ce que véritablement les femmes elles- mêmes se libèreront des représentations chimériques de leur place dans la société? N’y a-t-il pas un véritable travail de fond à opérer pour considérer socialement les femmes décidant de leur vie hors des clivages communément établis (en l'occurrence le couple, la maternité exclusive ou le carriérisme). Autrefois, ces femmes- là étaient nommées sorcières et brûlées sur le bûcher. Aujourd’hui, ne tente t- on pas de les consumer par d’autres voies ?
Et puis, zut, qu’hommes et femmes s’éveillent ! Ce qui est fait pour les uns l’est pour
tous !
Pour réécouter les émissions de cette journée, c'est là.
La question est vaste et je n'en ai pas fait le tour. Je suis en colère, je me révolte, c'est mon humanité, l'énergie de mon coeur et de mon esprit, non destructive, belle et bien constructive, l'indignation, comme l'écrit si justement Pierre Rabhi.