Consécutivement à mes préoccupations de place pour la marmite norvégienne, j’avais tourné et retourné dans ma caboche les volumes et espaces de la cuisine ; le capharnaüm habituel me sortait par les trous de nez et j’aspirais véritablement à un rangement approprié. Une première tentative avait été faite auparavant par le biais instructif du meuble en carton (reportage à venir), cela s’avérait cependant insuffisant. C’était joli d‘accord mais n’aidait pas beaucoup l’ordonnancement de mon bazar. Surtout, une paresse m’étreignait de plus en plus devant les trucs à nettoyer fréquemment du fait d’être exposés en permanence aux fumées et poussières. Je me creusai la tête, farfouillai livres, sites sur la toile, catalogues, photos, lançai de vains appels à la récup d’anciens meubles, demandai l’avis de visiteurs ; bref, je butai et n’avais pas l’étincelle illuminatrice. Aussi, je pense que mon esprit, frustré de ce blocage, trouva d’autres voies pour évacuer son flot de réflexions par ce réveil décisionnaire vis- à- vis de ce meuble à couture.
La première étape était de le démonter et dans ce but, j’avais besoin de place. J’entamai alors la danse des meubles, poussant et tirant les armoires de la chambre, seule, évidemment. Forcément, les changements de positions entraînèrent de nouvelles pistes de réflexions et je me retrouvai enthousiaste à mille et une autres possibilités.
L’appartement n’est pas très grand et il manque une pièce atelier- bureau pour tout ce qui relève de nos activités manuelles
et intellectuelles. Salon et salle à manger ne font pas partie de nos quotidiens, ils ont donc été oubliés sans regret afin de nous permettre d’être à la réalité de nos vies. Quand je reçois,
c’est à la cuisine (d’où l’importance d’un rangement et d’une organisation optimaux) ; dans le salon, il y a le bureau, les ordinateurs et la moitié de mes livres, c’est de fait notre pièce
de travail. Celle- ci étant trop petite pour y accueillir mes travaux manuels, j’avais pris la plus grande chambre en emménageant afin de les y caser à côté de mon lit. Ce matin- là, en changeant
les armoires de place, je saisis l’opportunité de séparer les espaces au milieu. L’essai avec le paravent
ne me convint pas, il finit par m’encombrer et je
m’interrogeai sur son utilité à venir ; je songeai à des cloisons mobiles. Comment préserver la luminosité nécessaire à mes ouvrages dans ce cas ? Et pourquoi pas un rideau léger ?
Zou ! J’achetai un câble à tendre entre les deux murs, sur 3 m20 (à monter prochainement). La place gagnée me donnait les mesures du futur meuble à couture et je continuai mes déplacements
de volumes et espaces dans ma caboche. N’entendant plus de bruit au soir, fiston vint voir ce qu’il se passait et me trouva assise sur mon lit, pensive, au milieu du désordre exposé ici :
- Qu’est- ce que tu fais maman ?
- Je fais des meubles.
Il sourit et me caressa la tête. Vraiment, sa mère est un étrange spécimen.
Prise de mesure, réflexions techniques ou comment opérer avec le minimum de découpe et d’achat. Voici ce qu’il en a été:
L’idée de ces planches- pieds ne me plaisait pas car elles s’abiment plus rapidement. Je me disais que l’achat de petits pieds en
plastique serait judicieux. Et bloom ! Une étincelle me vint : je farfouillai au fond d’un meuble de cuisine et en sortis un sachet rempli de bouchons en liège ramassés au fil des
années sans but précis, simple idée qu’un jour, ils serviront à tel ou tel truc- bidule. Je les découpai avec un cutter et les enfonçai avec un clou sous les planches… et voilà mes jolis
amortisseurs, protecteurs, naturels et zéro euro- plastique.
Il était trop bas, je découpai alors des planches (de travers, c’est ma spécialité) et voulu les fixer. Impossible avec des vis puisque rien ne pouvait
être traversé sur une telle épaisseur. Basta ! Je filai chercher des mèches à bois, un arrêt et des tourillons (Depuis des années, je les reluquai, désormais, je les ai sous la main).
Guillerette, je préparai mon lit- établi pour y poser le matériel et perçai allègrement. Seulement, aussi rapide que soit ma cervelle, aussi abondantes mes idées, je n’ai que mes petits bras-
pas- musclés et un équilibre fragile. La buttée ne résista pas au dernier perçage et à l’enfonçage du tourillon, je réalisai que le trou était trop profond.
Je tentai de percer au
même endroit, espérant que le premier tourillon comblerait le vide du dessous, finalement, il sortit dans un nuage de fumée. Regardez, il avait chauffé au point de brûler :
J’en ai percé un autre à côté.
Cette œuvre –là est due au fait que mes petits bras ne maitrisent pas suffisamment la perceuse et dans la force
d’entrainement, la mèche a dévié sans que je pusse la retenir. Tant pis.
Dans le même esprit, en posant les planches, je souris de mes alignements ratés.

Je suis la reine du tordu et du travers, n’en déplaise aux puristes.
Ce n’est pas idéal, je m’en accommode sans trop vouloir y penser.
Fixées sur le plateau par-dessous, elles permettent de le positionner plus solidement d’un côté ou de l’autre selon la longueur désirée.
Ouvert : 
Fermé : 
J’avoue que je suis assez fière, il y a de quoi, vous ne trouvez pas ?
D’autres en pleine santé et possession de leurs moyens physiques ne s’y seraient pas aventurés. Je suis une guerrière, à n’en pas douter, une guerrière que les cages insupportent.
