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Bulle magnifique. Deuxième.


Après le repas où je me fis remarquer pour gloutonner incessamment les noix avec du fromage de chèvre et de la pomme, nous allâmes dans la petite salle en clair obscur. Assises en rond sur tapis de sol et coussins de méditation, l’animatrice nous proposa une activité autour des perceptions par le corps, les yeux fermés. Elle nous donna à chacune un petit sac contenant dix paires d’objets de formes et textures variées. Je souriais en moi- même de l’exercice, n’avais- je pas perdu la vue pendant des années ? J’avais une longueur d’avance sur mes camarades. L’exercice fut facile et je terminai la première avec seulement une petite erreur sur des perles en bois et des petits cailloux ronds. L’animatrice m’expliqua que je les avais trouvées puis avait corrigé après moult hésitations. Je ne me souviens pas des résultats de mes camarades. L’animatrice expliqua qu’en gardant les yeux ouverts, elle pouvait observer nos stratégies de recherches.  Toucher, odorat, ouïe, goût… Chacune de nous avait procédé différemment.

Elle proposa d’affiner l’exercice en nous invitant à fermer à nouveau les yeux. Cette fois- ci, ce fut corsé : il s’agissait de retrouver dix paires de morceaux de tissus !!!! Oupfff, pas facile ! Je m’attelai à la tâche, touchant, froissant, ordonnant, écoutant parfois. Après de longues minutes, j’avais une dernière hésitation sur les quatre derniers échantillons et j’en avais assez d’y réfléchir. Aussi, je lâchai ces deux dernières paires par lassitude. J’ouvris les yeux agacée. Mes camarades cherchaient encore. La découverte de mes résultats fut un choc, je n’en revins pas et j’en reste toujours abasourdie. J’avais reconstitué TOUTES les paires... sauf les deux dernières qui m’avaient exaspérée !!! Incroyable !

Je me sentis forte, heureuse, baignée d’une sérénité profonde. Très fière également. Là, il était évident que je dépassais largement les résultats de mes camarades. Je ne pus qu’expliquer que j’étais grande couturière et tâtais du tissu depuis de nombreuses années, sans compter ces années d’aveuglement où mes doigts avaient compensé mes yeux inopérants. L’animatrice remarqua alors que ces exercices étaient très révélateurs des sens développés chez chacune de nous. Pour l’une par exemple, elle avait cherché par l’ouïe, le goût occultant quasiment le toucher quand chez moi, il était particulièrement développé. J’avais certainement été beaucoup touchée, caressée avec grand amour dans ma petite enfance alors que chez elle, il avait existé une distance physique qu’ elle avait compensé en tendant l’oreille. Parce que le toucher est le premier sens essentiel chez le bébé, il révéle une histoire très ancienne par ces exercices. Elle reconnut la distance d’avec sa mère depuis toujours et la blessure qui lui en étant restée. Elle évoqua combien le bruit la fatiguait énormément ; par exemple, mon geste de frottement des paumes de mains lui était pénible parce qu’elle entendait crisser la peau sèche. De mon côté, je racontai comment par la psychanalyse, j’avais retrouvé l’amour reçu dans la petite enfance, celui notamment de mes grands- parents maternels ; aux résultats de ces exercices, je me sentais inondée de leur présence aimante. Comme elle évoquait ma mère, je ressentis alors combien elle aussi m’avait aimée toute petite, avant que les aléas de la vie ne la fracassassent.

 

La nuit tombait, l’heure avançait.

Dans une abbaye, les moines se couchent tôt après une longue journée de prière et de labeur, nous étions invités à respecter des horaires de silence absolu. Dernière méditation dans le noir avant le dodo.

Nous nous quittâmes enchantées de cette première journée et j’étais apaisée. Je me réjouissais de la nuit à venir sans contrainte, je ne doutais pas un seul instant que le sommeil me gagnerait rapidement, que ma vessie serait sage pour ne me réveiller qu’au matin avec les cloches de l’église. Douche chaude étrange dans le silence absolu entre les traversées du désert des couloirs sombres ; le bruit des pas, des ouvertures et fermeture des portes, l’écoulement de l’eau, tout prenait une résonnance puissante. Je me couchai ravie de ce calme palpable,  rare dans nos vies modernes et entamai la lecture du livre apporté à cet effet. Je me levai une dernière fois, croyais- je vers 23 heures pour les toilettes avant d’éteindre la lampe de chevet.

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F
A Latan:<br /> La petite enfance est fondamentale; même si nous la refoulons, elle conditionne nos choix de vie.<br /> Avec la psychanalyse, j'ai vécu des expériences fortes de prise de conscience, ces petits exercices sont dans la continuité de ces éveils.<br /> Belles fêtes de Pâques à toi et ta petite famille! <br /> Réponse de fée des agrumes le 04/04/2010 à 13h37<br />  <br /> A Coq:<br /> <br /> Tous les sens sont en action, c'est apparemment quand le toucher est "refoulé" et qu'un autre prend plus de place que peuvent se révéler des circonstances d'enfance très lointaines. enfi, si j'ai bien compris...<br /> Réponse de fée des agrumes le 12/04/2010 à 20h29<br />
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C
<br /> Super intéressant, les différents sens qu'on utilise... Ca me fait penser à mon père, que le moindre son dérange et réveille la nuit. Il n'a pas dû être beaucoup cajolé dans son enfance (ça<br /> m'étonnerait pas, ma grand-mère n'avait pas franchement le contact facile).<br /> <br /> <br /> Moi aussi des fois certains sons m'énervent. Pourtant ma mère était (est) très tactile. Et j'adore toucher et être touchée.<br />
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L
<br /> Youpiiiie, la suite :D<br /> <br /> <br /> Ca me semble très intéressant ton histoire des différents sens que l'on fait travailler en fonction de notre vécu. JE sais pas si ma psychothérapeuthe connaît, mais je serai bien tentée parce que<br /> là, je sais pas trop quel sens je fais travailler le plus. J'aime "sentir" (odorat) les choses et les toucher, mais de là à savoir ce que cela implique... Déjà que j'ai énormément de mal à me<br /> souvenir de ma petite enfance (paraît que c'est normal, on occulte cette période phare <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> bref, j'attends avec hâte la suite<br />
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