Longtemps, je me suis cru en colère. Elle est dite toxique dans bien des spiritualités et philosophies, je ne comprenais pas pourquoi. Finalement, ce fut Pierre Rabhi qui, dans un article de son blog, m’éclaira : je ne suis pas en colère, je suis indignée.
Je ne suis pas de ceux qui tournent la tête, font mine de ne rien voir, qui s’effraient, se tétanisent ou se disent impuissants, je suis militante dans l’âme, révoltée, engagée dans la mesure de mes possibilités parce que je crois en la communauté humaine et en la responsabilité de chacun. Je ne regarde quasiment pas la télévision, j’écoute la radio au plus une heure par jour, je ne lis pas de journaux. Par contre, je déambule sur la toile quotidiennement et lis beaucoup. Ainsi, je m’informe et m’offre la possibilité de sortir du médiocre, du sensationnel, de l’émotionnel incessamment servis par les médias.
L’actualité donne du grain à moudre, constamment. Ces jours- ci, je me réjouis de la marche vers la démocratie des populations de culture musulmane, je suis écœurée de ce qu’il se passe en Libye, je n’aime toutefois pas aborder ces questions ici parce que sur Internet, les débats prennent souvent des tours malsains. Il m’arrive de faire quelques exceptions quant aux événements en cours et aujourd’hui, j’aborderai la question du traitement de l’information concernant le Japon. Je souligne parce que je ne parlerai pas de la tragédie humaine consécutive à la catastrophe naturelle ou de la problématique du choix du nucléaire (mon avis est auprès de Greenpeace et du réseau Sortir du nucléaire).
En 1986, j’avais 14 ans et je me souviens des informations, des images de la catastrophe de Tchernobyl. A cette époque, si l’incident ne pouvait être occulté, la réalité des faits et ses conséquences ont été soit niés soit amoindris. A postériori, que ce soit pour nous en France ou pour les habitants des pays de l’ex- URSS directement concernés (Ukraine, Biélorussie, Russie), nous savons qu’il y a eu mensonge généralisé et c’est un long combat que de connaître réellement l’impact de cet événement sur l’environnement et les humains. Le saurons- nous jamais d’ailleurs puisque les répercussions du nucléaire se mesurent à des échelles dépassant notre entendement, notre conception du temps à hauteur d’humain ?
Aujourd’hui, nous sommes constamment informés de ce qu’il arrive au Japon, majoritairement dans cette centrale emballée et quasiment hors contrôle. Nous sommes noyés sous un flot d’informations terrorisantes, effrayantes d’autant que des experts, à la demande des journalistes, multiplient les pires scenarii. En parallèle, les politiques y vont de leurs déclarations variables, fermes, volontaires, faussement rassurantes, empathiques, catastrophistes et vagues. Baladant entre émotions, principalement peur et angoisse ou dans l’incompréhension avec ces explications techniques qui nous échappent, les médias assomment l’auditoire, captent les esprits et les conditionnent, ils attirent l’attention sur des sujets déterminés et ne laissent pas de place à la réflexion, au recul, à une vision plus large. Le public y est victime et passif parce que ces discours le ramènent incessamment à son impuissance, infantilisé parce qu’apparemment incapable de comprendre, qu’il faut constamment expliquer… et donc, c’est à ceux qui savent de décider pour notre bien à tous.
A mes yeux, les questions de fond ne sont pas abordées. Par- delà les événements, il y a une réflexion générale à avoir en décalant son regard des voies officiellement exposées. La question fondamentale, à mon humble et dérisoire avis, est l’expropriation de notre intelligence, de notre bon sens, de notre capacité à décider en connaissance de cause, à devenir adulte et responsable, à mesurer notre pouvoir.
Qui a décidé de mettre les centrales nucléaires en place ? Qui a décidé de nous fournir toujours plus de gadgets et de créer de faux- besoins nécessitant une consommation incessante d’énergie? Qui nous laisse croire que nous avons tout pouvoir sur le monde et que la nature est au service de notre insatiable soif de possession et de consommation ?
La soumission tacite, l’inertie permettent aux plus voraces, aux plus vaniteux de prendre en main nos destinées. L’humain préfère suivre le flot général, c’est confortable, rassurant et en prime, le cerveau est en repos (cf. Boris Cyrulnick, Autobiographie d’un épouvantail). Quelle conscience mettons- nous dans nos actes, dans nos choix ?
Il est temps de se réveiller de nos torpeurs et d’agir, à notre échelle, selon nos possibilités ! Que chacun fasse sa part comme le colibri de la légende rapportée par Pierre Rabhi ! Par- delà les événements en Libye ou dans d’autres pays dont les médias ne parlent pas, c’est notre citoyenneté qui est à mobiliser ! Par- delà les événements au Japon, c’est notre solidarité, notre coopération qui sont à étendre ! La vanité des vanités est de croire que nous sommes au- dessus de notre condition d’être humain fragile, faillible, mortel, incapable de vivre sans le lien à l’autre, son pendant étant cette illusion que nous sommes petits, faibles, impuissants.
Que faire alors ?
D’emblée, je dirais s’informer ! En dehors des sentiers battus, à tous les horizons, sous des angles différents afin d’aiguiser notre esprit critique.
Prendre le temps et le recul nécessaire à une vision globale, pointue de ce qui se joue sur Terre, au loin, tout près.
Agir aux échelles qui nous sont accessibles avec des objectifs réalisables donnant le sentiment du possible et la satisfaction d’agir en pleine conscience pour le bien de tous, présents et à venir.
Refuser la médiocrité qui détourne nos attentions, nos veilles vers des divertissements mercantiles, poubelle, faits divers et autres monnaies- courantes des médias pendant que des décisions importantes sont prises en catimini.
Faire la paix en nous, autour de nous, prendre conscience de son pouvoir et de ses limites, s’accorder sa place et accorder celle d’autrui.
Nous avons tous les mêmes structures mentales depuis environ 150 000 ans et nous sommes tous différents. C’est de la variabilité des cultures et des êtres uniques que naissent la richesse, la force de notre espèce. Nous sommes tous reliés parce que de même essence, ce qui arrive à l’autre bout de la planète résonne dans l’humanité toute entière. Alors, allons-y !
J’expose mes opinions, je prends position parce qu’ Etre vivant, c’est s’engager. S’engager c’est rendre hommage à la vie, le minimum que l’on puisse lui rendre pour le cadeau fantastique et improbable qu’elle nous fait d’être là. Savourer chaque seconde de l’instant présent et braver les stéréotypes stériles et sans issue de la bonne pensée de ceux qui ont peur. Les mondes personnels qui se croisent et se décroisent. Tenter d’aller vers l’autre pour ne pas passer à côté de sa beauté, de la sienne, de la nôtre. Accepter le changement, élément inhérent à la vie. Prendre conscience de soi, de sa valeur, car rien en ce monde n’en aura si nous ne voyons pas la nôtre, intime et profonde (copié de mon article sur le magnifique livre de Christiane Singer, Eloge du mariage, de l’engagement et autres folies).
le colibri solidaire et distributif
liste non exhaustive évidemment.
A ceux- là, je participe.
Je n'aime pas Zazie en général, cette chanson -là oui: