Après des mois de marasme familial, la liberté retrouvée de conduire me permet d'avoir des projets. Je retrouve cette imprévisibilité qui me caractérise, cette idée, cette envie de voir, de rencontrer, de prendre le large loin des contraintes quotidiennes qui tuent à coup d'habitude et de ronron soporifique. Ainsi, mercredi dernier, j'ai cherché mon garçon au collège avec deux de ses camarades en raison d'un retard énorme du bus (ils ne seraient rentrés qu'à 14h !). Chemin faisant, je laissai mûrir en moi cette pulsion d'aller au cinéma avec mon fiston.
Avant la maladie, nous étions habitués aux séances spéciales visionnant des films d'animation japonais, d'Europe de l'est, français tous plus improbables les uns que les autres, sans oublier les quelques films plus connus avec toutefois la même exigence de qualité. Quelque soit le sujet, je me renseigne toujours sur les critiques avant de me décider à y aller, ma petite culture me permettant également d'avoir une acuité de regard assez juste. Et il y a des films pris pour ce qu'ils sont, une simple rigolade pour faire plaisir.
Mercredi dernier, donc, j'avais envie d'aller voir Monstres contre aliens, des studios Dreamwork et j'invitai la petite troupe. Nous nous retrouvâmes à trois l'après midi direction le cinéma le plus proche (20 km). Mon garçon n'en revenait pas, abasourdi et rayonnant à la fois, trop heureux des possibilités qui nous revenaient sans avoir à rendre des compte ou se justifier auprès de certains esprits chagrin. Dans ces virées sans Schtroumpf à lunettes, nous nous libérons, nous soufflons, nous respirons librement. Toute petite salle, un paquet de pop corn pour les deux jeunes, nous nous retrouvâmes entre des mères de famille ou des grandes sœurs, tatas et autres femmes accompagnant des enfants. Le film commença.
Au départ, Suzanne, une gentille et naïve jeune femme se prépare au mariage quand une météorite lui tombe dessus. Lors de la cérémonie, elle se transforme en géante, explosant l'église et terrorisant tous les invités. Elle est embarquée par l'armée dans un centre ultra secret où elle se retrouve en compagnie d'autres monstres : docteur Cafard, un génial savant fou dont une expérience a mal tourné, une sorte de blob sans cervelle né d'essais chimiques agro- alimentaires, une chenille géante et limitée, un triton bipède pratiquant les arts martiaux. Suzanne est effondrée, recluse et désespérée.
Débarquent alors des extras terrestres décidés à envahir la terre et éradiquer l'espèce humaine. Aucune arme ne les atteint, aussi, en dernier ressort, les monstres sont envoyés à la rescousse.
Ce film d'animation est jouissif car les lectures y sont multiples. Les rires dans la salle fusaient d'ailleurs selon la perception de chacun. Les enfants riaient des gags et péripéties premières, certains adultes d'autres et moi, toute seule, je m'éclatais des allusions incessantes à des films dont beaucoup m'ont certainement échappées tant ce film en est plein. Délires incessants autour de Rencontre du troisième type, Docteur Folamour, Men in black, E.T., La guerre des clones de la saga de La guerre des étoiles, Mars attack, Total recall, sont celles qui me sont apparues clairement. Un peu de ces monstres géants dans la ville façon japonaise de ci de là et tant d'autres que mon ignorance ne m'a pas permis de voir. Ce décalage incessant était vraiment très drôle. En plus, j'ai trouvé que les bons sentiments et les caricatures habituelles sur les Etats- unis sauvant le monde nous ont été épargnés plus que d'habitude. Restent quelques archétypes sur la découverte de soi, la coopération, la tolérance, les délires sécuritaires de l'armée et les jeux du pouvoir, la mégalomanie, je ne les ai pourtant pas trouvés trop envahissants...
Avec ou sans enfants, il y a de quoi rire dans Monstres contre aliens. De plus, nous avons passé un super moment qui n'a fait que conforter cette idée récurrente et peu comprise de certains rigoristes préjugeant avec leurs principes :
Je préfère un bon film d'animation tout public plutôt qu'un mauvais film pour adultes
Ce film restera un excellent souvenir en soi et parce que c'est le premier que nous sommes allés voir sans dépendre de qui que ce soit, spontanément depuis des années : notre première virée cinématographique autonome depuis des années. Tant pis pour les coincés du principe. Nous, nous avons partagé un instant de plaisir sans prix.