Les événements s'accélèrent et je ne suis plus le rythme ! Du coup, les textes se bousculent dans ma tête où grouillent des flots de pensées, je vis pleinement mes ressentis physiques, émotionnels autant dire que chaque jour est une explosion de vie, d'énergie puissante pas facilement canalisable. Et le temps me manque pour écrire.
Je résiste encore aujourd'hui afin de rester cohérente, il n'en reste pas moins que le fil de ce blog
éclate en des milliers de directions qui ne sont que le reflet de ma réappropriation du monde dans une identité retrouvée tant sur le plan physique, que mental, émotionnel et peut être bien
spirituel. Je vais donc vous parler de ce film vu samedi dernier, toute seule. (quand je vous dis que je ne suis pas
consensuelle, héhé).
L'histoire est très simple, une femme élève seule ses quatre garçons, nés de pères différents et attend un cinquième bébé. Leur vie est dure comme elle peut l'être à Sao Paulo quand on ne nait pas dans les classes privilégiées. Elle fait des ménages et lutte quotidiennement pour rester digne. Ses garçons se cherchent dans un Brésil où la pauvreté est une réalité quotidienne omniprésente conjuguée à l'indifférence. Chacun chemine sur sa voie, plus ou moins seul, la vie en famille se réduisant à se croiser dans le tout petit appartement, devant la télévision ou dans la cuisine. Ils n'en restent pas moins des relations solidaires, jalouses, d'entre aide plus ou moins acceptée, de soutien et de rejet, d'affection et d'incompréhension.
L'ainé met tous ses espoirs dans le football jusqu'à truquer ses papiers et mentir pour entrer dans une école, le second flirte avec des petits délinquants, tente de gagner sa vie en tant que coursier sur un scooter et hésite entre ses responsabilités de jeune père et ses envies de liberté. Le troisième se fige dans la religion au sein d'un groupe évangéliste, contenant laborieusement sa révolte, sa violence, ses désirs, ses frustrations. Le quatrième, noir, passe son temps dans les bus en quête de son père dont il ne sait rien.
Misère du Brésil, misère universelle et lutte perpétuelle pour survivre avec l'espoir d'exister, de trouver et justifier sa place parmi les hommes. Quête d'identité et balancement entre espoir et désespoir, révolte et abattement, acceptation et colère.
Les images sont belles, de cette beauté trouvée dans la misère où il n'y a que grisaille, ciel sombre et saleté, béton et poussières. C'est la beauté des êtres oubliés et ignorés : beauté des visages, beauté des larmes, beauté des sourires, beauté des mains, beauté des corps, beauté des sentiments. Quand la misère n'est pas exploitée pour rassurer les nantis sur leur sort confortable, quand elle est révélatrice de la dignité des êtres à vouloir rester humains malgré les barrières incessamment jetées sur leur route.
Ce film est tout simplement magnifique.
Nous étions deux spectatrices dans une grande salle, deux seulement quand la médiocrité remplit les salles à coup de publicité. De loin en loin, nous avons discuté, échangé uniquement avant le commencement car à la fin, ce film m'a laissée collée dans mon siège plusieurs minutes, submergée que j'étais par cette merveille, ce final puissant où l'élan vers la vie de ces personnages résonne profondément en moi. En avant !
Il m'aura fallu plus de 20 minutes pour atterrir, sur le chemin du retour.
J'étais venue découvrir Sao Paulo où vivent deux de mes amies, Ana et Thatianne, je désirais être plus proche d'elles. Je suis repartie emplie d'humanité, renforcée dans mes pensées sur la communauté et l'universalité des hommes, plus présente encore au sein de notre humanité.
Ah que j'aime le cinéma alternatif et ces chemins de traverse...
Ici, l'avis enthousiaste d'un professionnel... (euh, je crois)