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Excès de vitesse.

J'ai reçu hier ma première contravention pour excès de vitesse en 18 ans de permis. Je n'ai pas contesté, l'événement est inscrit dans ma mémoire profondément, je connais ma responsabilité.

C'était samedi dernier, 8h54, sur une portion de route limitée à 70 km/h. J'étais très fatiguée après une nuit courte, agitée, cumulée à d'autres nuits identiques.

Depuis plusieurs jours, je sentais en moi un tumulte interne, une grande exaspération, un bord de précipice où j'étais poussée malgré moi. Des cauchemars inhabituels apparaissaient, souvent liés à des jeux vidéos: les lapins crétins devenaient des monstres dévoreurs à la tombée de la nuit m’astreignant à rester enfermée avec mon fiston dans la seule pièce sécure de cette grande bâtisse délabrée que nous restaurions la journée, le refus de combattre face à un gros monstre de fin de niveau me conduisait à des couloirs sombres à multiples portes et niveaux où, souris à deux pattes, des chats de plus en plus féroces m’entravaient, me mordaient, me dévoraient. J'étais sans échappatoire, acculée. Au réveil, j'avais peur, j'étais en nage, effrayée que ce ne fut le signe d'une recrudescence de la maladie, des rêves ayant marqués ses prémices en 2006. Que se passait- il donc? Je n'arrivais pas à sortir de ce mal- être global tout en le regardant d'un œil détaché, interloquée. Était- ce parce que j'étais inquiète pour ces trois week-ends de formation seule à 150 km de chez moi? La logistique me tétanisait, entre des transports en commun irrationnels, éprouvants au regard de mon état physique, une vieille voiture à carburant cher et la question du sommeil sur place entre deux. Je ne me reconnaissais pas dans ces inquiétudes, j'ai lancé des aventures bien plus épiques et incertaines que celle- ci. Il était hors de question de flancher, cette formation me tient à cœur et j'ai tout mis en œuvre pour y participer. Pourquoi alors? Évidemment, il y a les graves soucis de santé de ma mère, tétanisée au point de s'enfermer dans des lieux et attitudes destructrices pour elle, il y a ma sœur en bataille constante et désespérée contre la terre entière, il y a les perpétuels enjeux avec le fiston... et la maladie, les handicaps, les médicaments, le quotidien matériel, les questions d'avenir professionnel avec son lot d'engagement sur la voie du concours, la plongée dans les désirs ou non de s'aligner sur une normalité formelle... J'avoue que je ne trouve pas. C'est un ensemble.

Ce samedi matin donc , je me réveillai fatiguée, inquiète et dans un flou général . La vaisselle tirée du lave- vaisselle n'était pas très propre, je commençai à la rincer et la ranger alors que le temps m'était précieux, simplement parce que je ne faisais pas confiance à mon garçon négligent et très peu coopératif au ménage, je craignais également de retrouver un bazar insupportable en rentrant le lendemain. Un verre cassa, entailla mon pouce droit qui ne cessa de saigner pendant des heures malgré mes pansements. Je partis en retard, remuée et bousculée d'emblée chargée de mes affaires pour deux jours dans une valise et un gros panier « Le voyage en train- tram- à pied eut été trop difficile dans ces conditions» pensai- je sur le pas de la porte. La route habituellement plus rapide s'avéra barrée et je fis des détours à travers la campagne sur des kilomètres pour reprendre la voie proche de mon domicile, un quart d'heure plus tard. Il pleuvait des cordes, je traversais des murs d'eau, la visibilité était mauvaise et des fous du volant jouaient de leur vie et de celles des autres avec leurs comportements dangereux à grande vitesse, débordements et déboitages intempestifs. Il y eut des embouteillages, inévitablement, Murphy étant là, omniprésent, omnipotent, ne lui avais- je pas ouvert grand la porte? Sur ce fameux tronçon de route limité à 70, je vis les panneaux de limitation, celui annonçant un radar automatique, le radar indiquant la vitesse (j'étais à 65); j'étais noyée sous des trombes d'eau, mon retard était important et j'étais désorientée; je ne savais plus si j'accélérai ou freinai et tout à coup, au milieu des flots, mes yeux se prirent un flash cinglant de plein fouet. J'étais bonne pour l'amende. Cela n'arrangea pas mon cas, je loupai la sortie d'autoroute au milieu des camions, des murs de pluie, me perdis et errai encore dans des zones industrielles glauques pour finalement m'y retrouver grâce à mon cher sens de l'orientation. J'entrai en catastrophe pour filer in extremis aux toilettes car bien sûr, à ces circonstances, s'ajoutaient les cris de ma vessie. J'avais une demi- heure de retard après deux heures de route éprouvantes et six heures de formation devant moi. Au soir, le corps était rouillé, douloureux de ces longues assises en un tout petit espace, je n'avais plus de force pour espérer visiter quoi que ce fut et je m'écroulai sur le lit réservé à l'auberge de jeunesse après la longue journée à remue- méninges et un énième bouchon interminable.

Le lendemain, les routes s'ouvrirent, je regardai passer le temps; l'après- midi, je ne me sentis plus capable de réfléchir à notre sujet. En fin de journée, je me demandai comment trouver la force physique de rentrer sur les prochains 150 km de nuit et finalement, j'y parvins sans encombre. A l'arrivée, le bazar était là, malgré mes précautions, fiston passa ses nerfs sur moi mais j'étais dans un tel état de fatigue que je me contentai de faire des demandes claires. Tout s'apaisa et je m'écroulai à nouveau.

Le lendemain, j'étais tiraillée; les événements, les éléments de la formation, le quotidien, les tâches domestiques, la semaine qui s'annonçait, tout, tout se bousculait dans la tête et j'étais perdue. Je regardai ce mental se tourmenter, s'agiter, me miner, cherchant le contrôle tout en me jugeant avec les voix de fantômes. C'était décidément trop et je lâchai. «Puisque c'est ainsi, je vais faire du taï chi et du Qi gong. ». Alors qu'alentour et au dedans, tout croulait et s'écroulait, je pris la matinée entière à pratiquer lentement, à mouvoir le corps en conscience, à ne vivre que cet instant présent et je me sentis libérée, heureuse du vide et du silence retrouvés.

Hier, le procès- verbal est arrivé. J'ai été flashée à 76 km/h. Recalculé cela donne un excès à 71 km/h, c'est ridicule et néanmoins si révélateur. J'étais à mon volant, j'avais connaissance de tous les éléments et je me suis laissée submerger par les eaux, les émotions, les tourments, l'agitation intérieure. Débordée, j'ai fait ce pas de trop en poussant à l'exact mauvais endroit la pédale d’accélération. Je souris en lisant les papiers, je ris en racontant cette histoire à mes proches et envisageai même d'encadrer cette contravention afin qu’elle me rappelle, dans ces instants d'oubli, que véritablement, quand tout s'écroule, s'accélère, s'agite, me tourmente, il y a à lâcher prise, à ralentir, à faire le vide, à revenir au présent, au corps, à cette réalité que le monde est ce que nous pensons. J'avais besoin d'une limite, je l'ai cherchée, je le l'ai trouvée. C'est tant mieux.

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