C’était la fête de l’école du fiston pour Noël. Il était impensable pour moi de ne pas y aller et ce fut envers et contre tous les avis que j’imposai d’y aller. SeN et son père me portèrent dans ces maudits escaliers à l’entrée de la maison, je fus roulée jusqu’à la salle, un voisin, (un de ces sales turcs comme on entend trop souvent dans ces contrées) l’aida à me monter en haut des quelques marches de l’entrée et je pus être faufilée dans la foule des parents.
Je ne vis rien du spectacle, mes yeux ne me le permettaient pas. J’écoutais le son pourri de la sono, les chants et les dialogues des saynètes pas assez travaillés, l’agitation des enfants et des adultes ; c’était insupportable. Une espèce de fouillis criard et mal préparé pas très agréable. J’essayais de faire de mon mieux pour ne pas paraitre trop mal en point, par respect pour mon fils, ceux que j’estime. Quasiment personne ne vint vers moi mis à part ce sale turc (encore lui) et sa petite fille. Les aléas de la vie venaient de les frapper d’un drame terrible, nous avons communié dans nos douleurs avec retenue, respect et pudeur ; il n’y a pas lieu de s’emmerder avec les hypocrisies habituelles trop courantes. C’est en leur compagnie que je partageai le meilleur de la fête.
Je n’étais pas bien, le bruit et l’agitation nerveuse me pesaient, je résistais aux douleurs, aux malaises, aux contraintes. J’ai vu/ écouté mon fils sur scène, le spectacle, j’ai bu le chocolat chaud, j’ai mangé du gâteau. En plus de la richesse de l’échange avec ce voisin et sa petite, je n’oublierai pas la fierté avec laquelle mon fils s’est tenu près de moi, heureux, se souciant sans cesse de mon bien-être ; son visage rayonnait. Le pauvre SeN était constamment sous le poids des responsabilités à mon égard, je ne sais pas comment il a vécu cet instant.
Finalement, ce fut encore ce voisin qui nous aida à me ramener en haut de l’escalier de la maison quand je n’ai plus pu supporter cette ambiance lourde. Je dus retourner vite m’allonger, l’aventure avait été éprouvante.
J’étais soulagée. Comme pour le voyage en Norvège, ce que je vivais malgré la déchéance était en moi, pour moi. Sans avoir à regretter de ne pas y avoir été.
Ici, les gens sont bourrus et fermés, ne vous parlent pas ; dans mon état, encore moins. J’ai su que des
inconnus ne s’étaient pas gênés pour satisfaire leur curiosité avec ces ambulances constamment devant la maison. Je ne me permettrai pas de juger de leur bonté ou de leur hypocrisie, je ne les
connais pas, je ne sais pas ce qui les amènent à se comporter de la sorte. Ma réaction a été de m’exclamer : « Mais pourquoi ne m’ont- ils pas parlé quand j’allais bien ? «
C’est à peine si on répondait à mes bonjours dans les rues. Ma voisine, d’origine turque vit ici depuis trente ans et il y en a toujours pour leur faire comprendre qu’ils ne
sont pas bienvenus. Je ne vous étonnerai donc pas si je vous dis qu’au retour des vacances de Noël, à l’école, mon fils a entendu que quelqu’un avait critiqué ma présence en fauteuil roulant à la
fête : « Elle a fait exprès pour avoir des sous ! ». C’était en période de Téléthon, ah oui, je l’avais fait exprès idiot. J’ai expliqué à mon garçon qu’il valait mieux le
laisser là d’où ça venait, c’était trop bête.
Heureusement, il y eut quelques personnes plus tard pour venir relever le niveau communal.