Longtemps, j’ai été cahotée par les émotions et sensations des autres, je les absorbais, les faisais miennes et je me suis faite une extrême violence. Par la CNV, j’ai appris la limite et désormais, je tâche de rester chez moi, de laisser l’autre chez lui afin de ne plus me laisser emporter par ses sensations. Nous avons chacun notre responsabilité ; parce que ces mots que je crache ou lâche en jugement envers l’autre parle de MON histoire personnelle, ces mots qu’il crache ou lâche à mon encontre en jugement parle de SON histoire.
Il n’est pourtant guère aisé d’abandonner des décennies de quête fusionnelle, de culpabilité, de réflexes
inconscients malsains communément mis en avant par nos éducations en tant que « valeurs ». La CNV est par là même ardue à mettre en œuvre, les erreurs et tâtonnements sont inévitables.
C’est un véritable ré-apprentissage de la relation à soi, à l’autre.
Je ne suis pas de ceux qui y voient des possibilités de changements mondiaux ou une quête spirituelle ; la CNV est pour moi une voie claire pour aller vers soi, vers l’autre dans des relations profondes, riches et authentiques, fussent-elles fugaces. Dans cette optique, je la pratique instinctivement à la moindre occasion et ma vie s’en est grandement enrichie grâce au bonheur de ceux que j’écoute, ceux avec qui je tâtonne de guingois dans mon apprentissage de la CNV.
L’évocation de ces syncopes, la réflexion qu’elles ont mobilisée dans ma petite caboche de carabosse parlaient néanmoins de la problématique de l’écoute de soi. Je sentais un trouble, un flou quant au sens à leur donner. Ce Josir avait été mal supporté à la première prise puis passé sans souci à deux reprises pour me secouer violemment cette nuit-là. Qu’avais-je voulu exprimer dans ce mouvement violent ?
Le corps parle, nous ramène au présent ; je ne trouvais pas de formulation à ce besoin exprimé dans les syncopes, le récit que j’en faisais quand les commentaires d’Annie et de Coq sont venus souffler la réponse. Ils ont cheminé intérieurement et ce fut avec joie que je réalisai ENFIN le sens de ces aventures.
Depuis des mois, certes, je prends soin de moi (handicaps et maladie m’y contraignent de toute manière quotidiennement s’il me vient de vouloir l’oublier), je prends également grand soin de mon entourage familial, amical, professionnel, au hasard des rencontres, en toute occasion et… là, s’est immiscé un besoin que je n’ai pu dire parce que je n’y ai pas prêté attention, simplement. Je suis bien entourée, c’est une évidence, je ne me sens pas seule, je suis sereine et heureuse de vivre chaque jour. Pourtant, grâce à Annie et Coq, j’ai réalisé qu’au fond de moi, quelque part, j’ai besoin de la présence d’un adulte attentif, attentionné qui prend soin de moi, me serre dans ses bras et m’assiste dans les tâches quotidiennes par sa présence constante et bienveillante. Il n’est guère étonnant alors de lier ce besoin avec mon envie récurrente actuelle d’écouter Vespertine, superbe album de Björk, en femme amoureuse, pleine de la joie d’aimer et d’être aimée.
J’en étais à cette prise de conscience hier soir quand je me suis soudain souvenue de ces vidéos vues sur le net : une personne dans la rue proposant des câlins gratuits à qui en voulait. J’avais été touchée par ces élans chaleureux et spontanément, je me suis imaginée avec ma propre pancarte « Qui veut bien me donner des câlins gratuits ? ». Maintenant, j’ai identifié mon besoin et ma demande est claire. Si vous passez dans le coin, accepteriez- vous de répondre à ma demande ? Je sais également que le besoin n’a pas à être satisfait forcément, les circonstances ne s’y prêtant pas toujours. Je l’ai formulé, je l’ai entendu, je m’y suis penchée et ce matin, je me sens apaisée parce que j’ai pu avoir cette empathie pour moi- même. Ben, oui, nous ne sommes pas des machines, nous sommes des êtres sociaux et affectifs, mon ami Boris le répète sans cesse. Si la vie tourne, que je vais bien, ce besoin existe et j’ai le droit de l’avoir.
En écho résonne le commentaire du petit troll des bois : « "peur des autres" a aussi deux sens.». Ouste la peur de l’autre ! Faisons place à l’accueil et à la bienveillance ! Pour NOUS tous.
La pensée du geste mobilise les mêmes zones du cerveau que le geste effectué lui- même. Alors, je visualise et sens la tendresse des autres, la tendresse que j’ai pour moi- même et je m’en entoure. Si la présence physique manque, je me nourris de la pensée de cette présence, la vie suit son cours, je ne m’obsède pas dans la quête de quelqu’un, je lâche ; les événements continuent leur petit bout de chemin, hors de ma volonté chimérique de contrôle. Tant mieux.