Eklablog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? Pierre Bayard

Titre improbable, il s’en faut et pourtant, quelle découverte ! J’étais curieuse de ce qu’il pouvait contenir, devinant sous cette dénomination une forme d’ironie envers certains grands parleurs qui étalent leur culture à tout va… Et bien non.

La structure d’ensemble est très universitaire, l’énonciation pédagogique si je puis dire ; il y a le plan habituel des dissertations ou des compositions avec annonce d’une idée, son explication, son illustration et une conclusion, des chapitres très structurés et clairement définis. En cela, ce peut ne pas être accessible à tout public. Pourtant, chaque idée proposée devient limpide et évidente grâce aux exemples  et surtout parce qu’il y a dans les mots une grande sensibilité, une ouverture formidable sur l’être, de l’apparence à la profondeur. Parce que ce que nous lisons est révélateur de ce que nous sommes, ce que nous ne lisons pas également. S’établissent des bibliothèques intérieures, implicites au sein de la personne, de son groupe social, de la nation, voire de l’humanité.

Entre non-lecteur cultivé et lecteur ignare, le premier a les moyens de replacer l’œuvre, son auteur dans son contexte (littéraire, historique, sociologique, culturel et j’en passe…), il  peut se faire  une idée du contenu du livre non lu  alors que le deuxième,  ingurgitant des écrits à la chaîne en simple tue-le-temps ou collection  ignorant le dit- contexte n’en soupçonnera ni les enjeux, ni les desseins, ni la valeur.

Ne voyez pas là la réflexion d’une espèce d’intello pédant(e) !

 Car ce n’est ni ce que dit le livre, ni ce que je veux dire. L’ignorant qui s’instruit et apprend à toutes sources est la base de toute personne cultivée. (Je ne m’étends pas sur l’acuité d’esprit de chacun, une personne « cultivée » n’étant pas forcément intelligente, dévidoir de savoirs accumulés sachant souvent manipuler les esprits naïfs ou ignorants...), non. L’inculte curieux de connaître une œuvre au delà d’elle seule n’aura pas à la lire pour la saisir. Parce que il n’est pas nécessaire de lire les livres pour les connaître, il est nécessaire de savoir d’où ils viennent, ce que d’autres en ont dit, nécessaire d’avoir la connaissance générale autour de l’œuvre.  En elles-mêmes, nos lectures parlent de nous, elles sont des reflets de nos  intérieurs en ce qu’ils ont de plus secret. Et c’est en ça que la lecture relève plus de la quête de soi que de la nécessité d’accumuler des listes de livres lus.

Ainsi, cet essai fait prendre conscience de notre rapport au soi, à l’autre et à notre environnement, à l’image que nous percevons et à  l’image que nous voulons donner, consciemment ou non.

Alors, oui, si vous voulez faire ce voyage incroyable et surprenant, allez y, lisez cet essai, voyagez au plus loin des représentations habituelles du livre et de la culture, pour revenir finalement, après un passage dans l’immensité au creux de notre plus profonde intimité. Vous  n’écouterez plus les discours habituels sur la lecture et la culture de la même manière, les discours des grands donneurs de leçons sur ce qu’il est nécessaire de lire ou connaître vous feront bien sourire..

Il se peut que cet essai vous apporte autre chose de bien différent et ce n’est pas un problème ; je parle de moi maintenant, vous parlerez de vous… Et puis, l’important est de susciter la réflexion sur le rapport à la connaissance, sans que le livre soit lu par tous les protagonistes ; l’échange des idées et des représentations n’y trouvent qu’un prétexte. Finalement, ne le lisez pas et cherchez à la découvrir par le regard d’autres qui ne l’ont pas forcément lus.. ;)

 Au bout du compte, je pense  aussi que cette démarche sur la lecture vaut pour toute création  culturelle.  A vous de voir. 

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
F
A Femme des steppes:<br /> Ce livre est un trésor se révélant lentement parce qu'il n'est pas forcément facile à lire. Il m'accompagne désormais intérieurement dans chaque bibliothèque entrevue, chaque conversation culturelle. Un cadeau de vie arrivé entre mes mains en son temps simplement quand j'étais prête. La bibliothèque tourne et celui qui l'attrappe ne le fait pas par hasard. Qu'il chemine, en toi, en eux ou non. Chaque livre lu parle de nous, en cet instant et nul autre. ps: c'est vrai qu'il a un passage agaçant  parce qu'il est très surprenant et déroutant. Puis vient l'éclaircissement, soudain, magnifique.. pour moi en tous cas. Au plaisir<br />  <br /> A Jean- Jacques:<br /> <br /> Bonjour!<br /> C'est plus qu'un livre sur les livres, c'est un essai (magique à mes yeux) sur notre perception du monde et comment à travers nos choix, nous exprimons des facettes de nous- mêmes.<br /> Ces livres lus dans la jeunesse parlent de ce que vous étiez , de votre perception du monde à cet instant; la re- lecture plus tard évoque votre évolution, votre avancée à travers le temps avec ce que cela implique de changements.<br /> Nous avons tous à la base de notre culture des tâtonnements plus ou moins heureux, la différence se fait ensuite entre ceux qui vont plus loin, ailleurs et ceux qui restent cantonnés à cette base. Circonstances et volonté interviennent diversement.<br /> Par ailleurs, le commentaire sur Into the wild que vous n'avez ni vu ni lu possède une certaine justesse parce que vous avez des moyens de compréhension d'après ce que les autres en disent. Le questionnement dépasse le simple, j'aime/ je n'aime pas ou c'est bien/ c'est pas bien/ c'est nul; rien qu'avec la réflexion, le questionnement ouvert s'opère un cheminement qui nous transforme peu à peu, doucement.<br /> Je fais en vrac, dérangée sans cesse par des interruptions; j'espère avoir su m'exprimer intelligemment.<br /> A Myosotis:<br /> Merci de la visite et du compliment...<br />  
Répondre
J
<br /> Ton commentaire, même s'il ne me fait pas clairement voir ce que contient ce livre, me donne justement envie d'aller y faire un tour.<br /> <br /> <br /> L'essentiel de ma culture, curieusement, vient de mes lectures de très mauvais bouquins de la collection Anticipation au Fleuve Noir dans les années 50. J'en ai relu quelques uns il y a peu, sur<br /> mes souvenirs émus du temps où j'étais jeune, j'ai été sidéré du niveau zéro de leur qualité littéraire...! Pourtant, ce sont eux qui ont éveillé ma curiosité sur plein de choses, la science,<br /> l'univers, le fantastique, les rêves, etc etc.<br /> <br /> <br /> Sur un autre plan, il est vrai que je vais souvent dans les librairies feuilleter les nouvelles parutions. Il est clair, pour moi en tout cas, qu'au bout de trente secondes de lecture de phrases<br /> prises au hasard, je me fais une idée à peu près pertinente de ce qu'il contient et de l'intérêt que j'aurais à le lire en entier. Bien sûr, je me trompe aussi parfois...<br /> <br /> <br /> Et pour finir, ce livre que tu nous conseilles en disant "tu verras", c'est super, nous pousse à aller le lire, non ? Même si c'est un livre sur les livres...<br />
Répondre
L
C'est amusant... je me suis saisie de ce bouquin avec la même idée que toi : ceci va être un livre distrayant.<br /> <br /> Quel surprise en commençant à le croquer ! Puis vint l'agacement. Oui, j'étais agacé de voir les livres considérés comme des dossiers à classer, classifier, ranger, mettre en lien, servir de... Mon<br /> âme de "lectrice pour le plaisir" se rebellait devant cette considération d'archiviste. Oui, le plaisir, dant tout ça ? Celui qui se ressent, qui peut être décrit mais pas anticipé avec certitude<br /> ?<br /> <br /> Puis finalement, ainsi que tu l'as si bien dit, ce livre nous aide à comprendre pourquoi nous aimons lire, pourquoi dans certaines circonstances nous nous tournons vers des lectures improbables<br /> (voire même honteuses :-)), comment parler d'un enthousiasme, enfin comment partager son amour d'une lecture.<br /> <br /> J'ai souvent remarqué que dire d'un livre "j'ai adooooooooooooré, tu verras (sous-entend que l'on oblige l'interlocuteur à lire le même bouquin), je suis sûre que toi aussi tu vas aimer" suffit<br /> rarement à persuader ledit interlocuteur du bien-fondé de notre conseil.<br /> <br /> J'ai mis ce livre dans la bibliothèque tournante de cette année. Personne ne l'a pris à la première distribution. Je n'ai sans doute pas assez potassé la leçon et pas su faire partager l'envie...
Répondre
M
Longtemps, par révolte, j'ai refusé pendant une longue période de lire, moi qui dévorais les bouquins jusqu'à la courbature et l'engourdissement ! Une forme d'indigestion sans doute, moi qui me jetais comme une affamée sur tout ce qui pouvait se feuilleter...Maintenant je lis du bout des lèvres, je sélectionne et je déguste. Mais rares sont les oeuvres qui trouvent grâce à mes yeux las ...mon cerveau désabusé prompt à la diagonale lecture  En tout cas, la chose est sûre, a apprécié tes jeux de plume, Petite fée des agrumes...
Répondre