Eklablog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Sorties de juillet. 3.

 

 

En fin de semaine, un des camarades de mon garçon s’installa chez nous trois jours. Je fus plus ou moins mise sur le fait établi, ces énergumènes prenant des décisions en douce, me laissant face aux limites qu’ils posaient eux- mêmes, jouant sur les horaires de trains, des obligations relevant de leur univers. Autant le dire d’emblée, ce fut épique et je pestais régulièrement de la difficulté à supporter ces deux adolescents. Ils tentèrent quotidiennement de déroger aux rythmes de vie, je les acculais à leurs responsabilités refusant par exemple de cautionner les heures passées devant les écrans en les en chassant vertement ou de préparer des repas à leur entière convenance alors qu’ils ne daignaient pas se présenter à table.

Je les ai emmenés patiner en ville lors d’une petite manifestation de la MJC locale, je les ai traînés à des concerts en grange. Si la première activité leur convint, ils passèrent les trois ou quatre heures des concerts enfermés dans la voiture à écouter leur radio et jouer à la console. Vive l’aération intensive quand deux bouillons d’hormones se calfeutrent  dans la chambre ou la voiture !  Je mis presque deux jours à me remettre de ces aventures.  J’insistai et insiste afin que ce type de séjour n’excède pas les 24h, au-delà, cela devient inflammable !  Cependant, ces expéditions m’ont permis de me trouver en situation fort instructives.

 

A la journée de patinage, je n’ai pas résisté à l’envie de remonter sur des  rollers. Avant la maladie, je patinais énormément, sur des kilomètres à mon rythme non en vitesse, en mouvement. Je montais, descendais, tournais, virevoltais, avançais, reculais, chutais ; je songeais à trouver un club de patinage acrobatique. Pendant les années terribles, je ne perdis pas de vue les rollers sachant pertinemment que les priorités restaient la marche puis la course. L’occasion ce jour- là fut trop belle et je demandai l’aide de l’encadrant expliquant rapidement ma trajectoire. A peine les chaussures enfilées, je ressentis les travers de mon équilibre et les séquelles de la maladie. Comment simplement positionner les pieds dans les chaussures ? J’ai tenté maladroitement de me lever, de tenir debout, d’avancer… Aïe Aïe !  Je tanguais, titubais, trop heureuse d’avoir le jeune homme à bout de bras. Il me guida, m’expliqua que le mouvement était bon mais que j’avais certainement des appréhensions quant aux chutes. La proprioception de mes pieds étant loin d’être opérante, j’avais de grandes difficultés à me positionner et me représenter dans l’espace. Ces quelques minutes passées sur roulettes furent une sorte d’initiation éprouvante en jalon du parcours de mon corps.

 Les jours suivants, je restais avec le souvenir de sensations étranges où le monde s’échappait, divaguait hors de mes possibilités physiques. Amère expérience qui renvoie à mes pertes. Je retenterai l’expérience, évidemment, la guerrière que je suis ne reste pas sur ce demi- échec mais j’ai parfaitement senti en mon corps que ce n’était pas le moment, il est nécessaire d’attendre. Après tout, je ne recommence que très lentement à trottiner sur quelques mètres, il n’est pas temps de patiner.

 

Les concerts en grange furent très agréables ; il y eut du folk, un groupe chansonnier puis de la musique irlandaise ; le cadre était très agréable et surprenant. Jugez plutôt :

PICT2992 PICT2994 PICT3001 

 

A l’arrivée, je m’étais garée près de l’entrée ne me sentant guère capable de marcher principalement en fin de soirée jusqu’à une voiture rangée en bout de  longue file. Les garçons vinrent rapidement me signaler que je risquai une amende, un pompier (ils ne virent que l’uniforme) tournant autour de ma vieille bagnole mécontent d’avoir été collé à l’arrière. Quand j’arrivai, je lui expliquai que je ne pouvais marcher à l’autre bout de l’entrée ; il me raconta qu’en tant que bénévole, il avait besoin de l’accès à son coffre facilement en raison du matériel de secours qui s’y trouvait. Je le sentais agacé, irrité, à la limite de la colère, je ne me démontai pas et tranquillement l’accompagnai jusqu’aux véhicules. Je lui proposai d’échanger les places et quand il vit le macaron handicapé sur le tableau de bord, il se fit plus doux : « Oh, je n’avais pas percuté ». Je ne lui laissai pas le temps de s’excuser ajoutant doucement en souriant qu’entre personnes intelligentes, il est toujours possible de s’arranger. Zou ! L’affaire était réglée dans le calme et chacun de nos besoins réciproques furent comblés, que demander de plus ?  

La soirée se passa tranquillement entre mes camarades et la rencontre d’une ancienne collègue de ma mère qui s’enquit longuement de ma santé n’ayant eu que les échos de mes dégringolades et récupérations laborieuses. Je la rassurai et nous partageâmes à plusieurs un condensé de nos vies. Sincèrement, authentiquement.

PICT3015

Plus tard, alors que j’étais plongée dans la musique entraînante irlandaise aspirant à danser parmi les agités du devant de la scène, je vis plus loin un visage qui me fixait, me faisait de grands et vifs saluts ; complètement inattendue, c’était Solange. Spontanément, je l’embrassai et elle me présenta son mari. Parce qu’elle s’en inquiétait n’ayant pas eu de retour, je leur racontai mon expérience à l’Ifsi.  Elle fut enchantée; dans ses yeux et ceux de son mari, je vis des étincelles pétillantes de joie.

 

Je rentrai tard avec mes deux loustics impatients, jugeant la musique de vieux (pour ce qu’ils en avaient entendu, je crois que c’était simplement une opposition formelle). A nouveau, je m’extasiai sur le mouvement général de mon existence, les changements qui s’opéraient naturellement autour de moi, ces rencontres belles et authentiques vécues pleinement.

Je suis véritablement passée dans une autre dimension.

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
J
A Annie:<br /> Il est vrai que je suis très fière de moi quand j'arrive à gérer en non- violence ce genre de situation. Depuis que j'ai appris les bases de la CNV, je ne vois véritablement pas d'autre alternative. Si elle ne changera ni le monde, ni les humains, elle permet de vivre pleinement la relation à soi et à l'autre; la vie n'en devient que plus belle!<br />  <br /> Réponse de fée des agrumes le 03/08/2010 à 10h28<br />  <br /> A Valie:<br /> <br /> Oui oui, l'image de bambi sur la glace est tout à fait appropriée!<br /> Même si je ne suis pas tombée <br /> Réponse de fée des agrumes le 03/08/2010 à 10h29<br />  <br /> <br /> Non, c'était à .. tiens, j'ai oublié... c'est malin... Elbach?<br /> Oui, oui, c'est de l'intérieur que viennent ces énergies d'où ces rencontres. J'ai des échanges de ce genre où que j'aille! En Turquie par exemple, me reviennent quelques rencontres impromptues des plus belles. <br /> Réponse de fée des agrumes le 04/08/2010 à 22h24<br /> <br />
Répondre
T
<br /> Est-ce que les concerts ont eu lieu dans la grange de Bendorf?<br /> <br /> <br /> En lisant cela je me rends compte que je n'ai pas vraiment d'ami(e) là où je suis. Et tout cela me donne presque envie de vivre en France, à nouveau!  <br /> <br /> <br /> Je sais que j'attribue toujours autant d'importance au lieu alors que cet authenticité vient surtout de l'intérieur et des rapports humains.<br />
Répondre
V
<br /> que c'est joli cette vie qui va !!! mais pour le coup du roller, en te lisant ,je me ressentais comme bambi sur la glace ...... c'est bizard cette sensation<br />
Répondre
A
<br /> Je trouve toujours tes articles passionnants.<br /> <br /> <br /> Je relève ici l'incident de parking car, tu dois t'en douter, je me suis trouvée dans de semblables situations et même avec le macaron handi les gens ne sont pas tendres et tu t'en es sortie en<br /> "non violente", bravo! Moi, c'est à l'occasion des Francofolies que le parking m'a posé problème (de communication limite violente) alors que j'étais en ville et même pas pour un concert!<br /> <br /> <br /> Amitiés<br />
Répondre