Au bibliobus, à chaque passage, je me jette follement dans le rayon musique avec mes goûts bizarres et mon éclectisme habituel. Cette semaine n'échappa pas à la coutume.
J'ai pioché Brel, Nougaro, Maurice Chevalier, Aznavour, Bashung avec des percussions d'Afrique et des îles du Pacifique, du gospel, des chants Sioux Lakota, des comptines d'Afghanistan, de la musique chinoise, vièle Erhu, des chanteurs de la république de Tuva, la musique des films de Chaplin et des textes lus de Colette à Lorca ou Gary... J'ai réservé tous les albums de Papa Wemba en stock pour le prochain passage. Il y a tellement de choix que je repars à chaque passage avec une vingtaine de disques Hihihi. Evidemment, je n'oubliai pas quelques livres de travaux manuels et des BD pour mon fiston qui les dévore à une vitesse incroyable. Retour avec un sachet de plusieurs kilos ! Je suis terrible et incorrigible.
Dans la journée, je me suis plongée dans ma bibliothèque musicale créée sur l'ordinateur (sans téléchargement illégal, j'ai trop mauvaise conscience). Peu à peu, j'y ai ajouté quelques nouveautés de Souchon à Bowie puis quelques unes de mes bizarreries. Ce faisant, il me vint l'envie d'écouter Amadou et Mariam et je me mis à danser sur ces airs africains entrainants ... en tricotant, s'il vous plait. Suivirent de la musique nord africaine, des percussions d'Afrique, des îles Salomon, du Brésil et me voilà partie dans un de ces états de grâce qui me prend quand j'écoute les musiques que j'aime. D'abord, je dodeline de la tête, suivent les épaules et rapidement, je me mets à danser plus ou moins vivement selon mes possibilités du jour.
Mes pensées vont à travers le monde et je pense à tous ceux que je croise dans ma vie, je voyage d'un bout à l'autre du globe : tour de France, Togo, Mali, Maroc, Algérie, Tunisie, Turquie, Géorgie, Europe centrale, Russie, Ukraine, Norvège, Chine, Corée, Brésil, et j'en passe, j'en passe. Ce matin, en écoutant le crooner Aznavour (surprenante et amusante découverte avec cet emprunt à la Médiathèque), je pensais à Coq ; en écoutant Nougaro, je pensai à Elodie. Décollage sans limite avec mon émission favorite, la planète Bleue dont je collectionne les compilations de musiques improbables. (Grâce à mes recherches au bibliobus, j'ai même réussi à trouver des albums d'artistes dont parle Yves Blanc ! Incroyable !)
Voyez- vous, par exemple, il y a deux jours, mon chauffeur était un réunionnais Nous nous attendions chacun dans un coin sans savoir que nous nous attendions l'un l'autre, nous nous sommes trouvés par hasard ce qui me fit bien rire et je remarquai son accent des îles. Je lui dis que j'aimais la musique créole, l'heure de retour se fit ainsi au son de chansons de là- bas. Avec nos conversations sur son vécu, cet interminable trajet me permit de voyager au- delà du volume de la voiture et illumina la corvée des longs déplacements vers quelque chose d'autre que du commerce. Ceci n'est que l'exemple le plus récent de ce(ux) qui jalonne(nt) mon petit chemin de vie, éternelles rencontres.
La musique me transporte vers d'autres et ce partage irrationnel me donne l'illusion de me rapprocher d'eux malgré les kilomètres qui nous séparent. C'est surtout en ces instants de grâce que je sens bouillonner en moi cet espoir dans le genre humain, cette utopie de la communauté humaine riche de ses différences. Bientôt, je vous raconterai un événement très significatif de ce que ces états de grâce engendrent chez moi et vous réaliserez combien ils me portent, au sens figuré, comme au sens propre. Mes paroles ici ne sont jamais superficielles.
Je vous quitte en écoutant un mélange incroyable de reggae et de raï qui explose de vie. Je ne peux pas le partager avec vous, Deezer est quasi vide de ces mélanges improbables dont je raffole tant. Je vous mets juste Natasha Atlas et une reprise de I put a spell on you pour les curieux et/ ou les amateurs/ avec derrière la version de Nina Simone, pour le contraste...
Bon dimanche à tous, dans la grâce, avec la musique que vous aimez.