Ce dernier jour se déroula au même rythme espagnol. La nuit de certaines avait été courte et le matin s'étira nonchalamment entre petit déjeuner et déjeuner parsemé de conversations toutes plus intéressantes les unes que les autres. Nous avions prévu une promenade en quelque endroit, changeant de projet au regard de l'heure passant négligemment et au bout du temps passé à se laisser vivre, nous nous retrouvâmes à penser au retour vers la gare. Chacun s'attela à ranger ses petites affaires étalées à travers la maison comme si elle avait été partagée depuis longtemps ; Ursule le chien, contrarié par un traitement était particulièrement nerveux et s'agitait en parallèle de l'agitation de la maison.
Je ne peux courir comme Coq, quoi qu'elle en pense, il fallait donc prévoir un retour plus large et le départ sonna vite. Le sentiment que je reviendrai commença à pointer plus précisément son petit nez quand je réalisai que la porte se fermait sur nous. Dernier regard béat sur le jardin sauvage de l'avant de la maison, ses fleurs et ses pousses anarchiques, toute la poésie de Mariev entre sauvagerie et sensibilité.
Le trajet en voiture se fit quasiment dans le silence, entre amorçage de la prise de conscience de ce qui s'était passé ces derniers jours et pensée vers le retour à nos vies quotidiennes ; « Vous n'allez pas nous faire un coup de déprime tous les deux ! » lançai-je à Mariev évoquant les sentiments perceptibles en elle et chez Ursule d'autant qu'une migraine commençait à la déranger. Là, en cet instant, que pouvait-elle exprimer ? Nous avions encore tant à nous raconter, la séparation ne pouvait être définitive ; ce n'était pas la fin d'une escapade mais certainement le début d'une grande aventure.
A la gare, les au revoir pincèrent quelques cœurs, nous, voyageurs songions à attraper le train et composter les billets, trouver le quai dans une légère fébrilité ; j'étais quelque peu préoccupée par le repas du soir complètement occulté dans les préparatifs de retour ; pendant ces trois jours d'ailleurs, seuls les manifestations physiques de la faim m'avaient ramenée à la nourriture terrestre. Mon garçon, lui, de ses 12 ans, vorace ne saurait se restreindre ; ma foi, je me laissai porter par les événements et ... Pandora, grande voyageuse devant l'éternel qui s'occupait de la direction de l'opération- retour (j'aime bien désormais me laisser prendre en charge, c'est reposant héhé).
Fiston et moi fîmes notre premier voyage en TGV jusqu'à Lyon, au premier étage. Les paysages évoluaient au fur et à mesure de notre remontée vers le nord et je pensais à ces contrées visitées autrefois dans des circonstances rébarbatives en compagnie de négativistes. Ah, mon ami Boris, l'ensorcèlement est si variable ! Prenez la même personne dans le même décor avec d'autres compagnons et tout est transformé. N'avais-je pas mis plusieurs jours à réaliser que je me rendais sur ces terres où un être qui m'a blessée profondément parce que lui- même blessé était enterré ?
Lorsque nous arrivâmes à Lyon, Pandora m'indiqua qu'elle avait aperçu Coq. Incrédule, je lui fis répéter, « qu'est- ce qu'elle ferait là ? » Bah, je me dis que Pandora avait confondu avec quelqu'un dans la foule agglutinée sur le quai ... A la sortie du wagon, voilà qu'elle se mit à la chercher et la trouva effectivement. Dans l'enchantement continuel de cette rencontre, elle était venue exprès pour nous revoir, s'excusant de l'absence de Panda trop fatigué... Quelle surprise enchanteresse, jolie Coq ! Généreuse et spontanée, surprenante et attachante Coq ! En même temps, je ne suis pas surprise, je te reconnais parfaitement dans ces élans. Les friandises qu'elle offrit à mon garçon furent plus qu'appréciées, il rayonnait de la revoir... et puis, nous aussi.
Elle nous accompagna jusqu'au train sur un autre quai bombé, j'étais ravie d'être en de si bonnes mains dans cette gare que je ne connais pas, sans repère quand je ne vois pas très bien. J'avais néanmoins remarqué au départ que contrairement au voyage de l'été 2008, je pouvais lire les panneaux animés annonçant les trains et leur quai. (Très drôle cette remarque « à l'heure », est- ce donc si spécial ? A moins que ce ne soit pour tenter de conjurer la mauvaise réputation de la Sncf ? Hihi.) Nous embarquâmes en bousculade par la première porte, nos places étant plus en avant mais il nous était difficile de courir à l'autre bout du train. Pandora et mon garçon me décrivirent Coq qui accélérait le pas jusqu'à la course pour nous saluer le plus longtemps possible; je ne voyais rien, ma tête visualisa la situation en dessin : Coq écartant les ailes pour voler sur le quai. Pourvu que sa maladresse légendaire ne l'ait pas précipitée dans un quelconque vol plané final en bout de course !
Sur le dernier parcours du retour, nous discutâmes tranquillement, Pandora étant très fatiguée de sa courte nuit. Nous grignotâmes dans le paquet offert par Mariev et gloutonnâmes les barres chocolatées de Coq avec délectation ; ces petites attentions avaient le goût de la générosité de leurs cœurs.
Fiston embrassa Pandora de ses bras et de ses lèvres à plusieurs reprises quand d'habitude, il est farouche et sauvage, grossier parfois aussi, il m'étonnait vraiment. Des étoiles scintillaient dans les yeux de Pandora et je fus touchée, j'avais l'impression d'avoir accès à son âme. Aucun mot ne me venait pour comprendre ce qui s'était passé depuis notre départ jeudi. Sont-ils seulement nécessaires ? Une aventure unique et incroyable ? Des rencontres comme on en fait peu dans une vie ? Une communion d'âmes peut être ?
En un instant oublié, Pandora reçut un message de Mariev, « Il pleut ». Me vint en mémoire la douce chanson d'Emilie Simon et je songeai : « Il ne pleut pas en mon cœur, je suis si heureuse de ce voyage. »
Le retour dans la maison fut marqué par quelques manifestations physiques disparues pendant le voyage, cela nous étonna tant que fiston et moi nous regardâmes ahuris, question de foie et de digestion aux jeux de mots faciles à la lettre près.
Malgré le retour tardif et la fatigue, je suis restée plusieurs jours dans un état étrange, avec l'incapacité à mettre des mots, ne restaient que des sensations fugaces, des échos résonnant de loin en loin, tant dans l'interne que dans l'externe. Nous avons vécu une expérience unique, je baigne dans un exceptionnel sentiment de plénitude et une ouverture formidable à soi et aux autres à l'évocation de ce périple. J'avais déjà pressenti cette mystérieuse familiarité avec Valérie rencontrée aussi par le blog. Oui, je le dis, ce fut une communion des âmes avec le sentiment d'avoir trouvé un part de moi et d'être complète. Quand l'autre en miroir merveilleux me renvoie à ma propre beauté de par sa propre merveille, je rayonne de ce bonheur de vivre, d'être, d'exister et de rencontrer.
Puis-je être pareillement un miroir reflétant votre beauté les filles, parce que croyez- moi sur parole,
VOUS ETES MAGNIFIQUES !