Elles sont visibles presque partout ces toilettes plus grandes, à la porte élargie, rarement coulissante plutôt battante à la cuvette plus haute, avec une barrière rabattable, un lavabo plus bas, des essuie- mains accessibles, parfois un crochet correctement placé pour accrocher les habits (pas toujours).
Y en a-t-il autant dans le coin pour hommes que dans celui des femmes ? J'ai déjà remarqué que le partage n'est pas équitable. Je me trompe peut être, à vérifier.
Comme tous les valides, je vivais avec des mythes sur le handicap, de nombreuses réalités concrètes m'étaient totalement inconnues.
Par exemple, je n'ai jamais pensé combien il était stupide de mettre des rouleaux de papier en réserve sur l'étagère au dessus de la cuvette ; s'il n'y a en a plus dans le dérouleur, comment un paraplégique peut- il les attraper ? S'il n'y en a plus du tout, à portée de main, dans le lieu, c'est déjà très embêtant pour un valide, alors pour un handicapé !
Même constat pour les produits divers laissés dans la pièce. Les produits, désodorisant ou nettoyant ne concernent que la personne qui s'occupe de l'entretien du lieu... euh, peut être. Toujours est- il que d'arriver dans des toilettes souillées quand il n'est pas possible de faire autrement que de s'asseoir, qu'il faut faire avec une vessie parfois très capricieuse, c'est loin d'être facile.
Quand j'étais valide, ma vessie était déjà sensible et l'attente pour mon tour était périlleuse ; il m'est donc souvent arrivé d'aller dans les toilettes pour handicapés sous prétexte qu'il n'y avait personne d'handicapé dans le secteur. Je faisais attention de garder les lieux propres... et si nous étions quinze à y passer ? Parce que les toilettes sont utilisées largement par des valides, tel que je l'ai été, en toute naïveté.
Une personne handicapée n'a pas d'autre choix que de s'asseoir sur la lunette et parfois, elle ne peut pas attendre, la vessie capricieuse, impérieuse. Quelque fois, elle n'a pour seule possibilité que celle de se sonder et donc il lui est impératif d'avoir un lieu propre.
Je l'ai ignoré jusqu'à ce que je sois handicapée. Malheureusement.
Organisation rigoureuse fortement recommandée avec le sac tout- terrain.
Pendant des mois, j'ai donc trimbalé mon gros sac accroché au fauteuil avec tout l'arsenal nécessaire : lingettes pour nettoyer la cuvette, papier, protection au cas où la vessie lâcherait, vêtements de rechange, sondes, désinfectant et gaze stérile... ce qui n'empêchait pas les accidents sans compter la gymnastique obligatoire pour arriver au but avec en prime, mon brouillard omniprésent.
Désormais, j'ai toujours un petit sac avec un arsenal allégé et j'évite d'aller dans les toilettes pour handicapé, parce que je peux, quand je ne suis pas trop fatiguée, faire la gymnastique pour ne pas m'asseoir bien que la poignée des toilettes pour handicapés soit toujours très utile.
Enfin, j'ai déjà uriné dans des endroits improbables, du plus naturel ( la forêt) au plus incongru ( gymnastique au dessus d'une pissotière pour homme parce que trois femmes attendaient devant la porte des toilettes pour dames, une âgée, une enceinte et une malade) en passant par le parking, à l'abri des portières... alors franchement, je peux bien aller dans les toilettes normales... même si je suis handicapée.