La semaine dernière, mon amoureux était de passage dans les environs pour quelques heures; nous en profitâmes pour se voir car avec son travail, il est par monts, par vaux et ne sait où il sera le lendemain... ou le surlendemain.
Quand je débarquai, je remarquai son inhabituelle barbe de deux jours. Il me répondit par « Oui, et toi, tu bourgeonnes». C'était vrai. Sur l'aile de mon nez, une petite pastille rouge flamboyait et au coin de mon menton, un joli monticule s'enflammait. « C'est que j'arrive à mon ovulation, demain ou après demain alors j'envoie des signes, attention attention danger! A moins que ce ne soit un appel? Et puis, c'est le printemps, après tout, je bourgeonne comme les arbres, c'est de saison. » J'avais bien tenté de calmer le jeu avec des crèmes empruntées à mon fils, cela n'avait fait qu'aggraver le cas et la surface de la peau pelait, en plus. Autant dire que j'étais resplendissante.
Je remarquai, au cours de nos heures ensemble, qu'il y attardai son regard de temps en temps, je le taquinai: « Heureusement que je ne me teins pas les cheveux sinon on croira que tu sors avec une adolescente», lui qui n'a fréquenté que des femmes plus âgées ( je suis une bizarrerie dans sa vie). Et puis, je lui demandai s'il était déçu.
- C'est que je n'ai pas l'habitude de te voir comme ça.
- Il va falloir t'y faire parce qu'entre mes cycles hormonaux et les traitements médicaux, je bourgeonne! Vivement la ménopause sinon?!
J'ai bien compris un peu plus tard, au cours d'une réunion de communication non violente dont le sujet était la réaction du partenaire face aux diverses imperfections de l'autre ( boutons, poils et compagnie) que ne me voyant que peu, il avait besoin de me retrouver belle et lumineuse afin de repartir avec ce souvenir pour les longues journées loin de moi d'après. C'est le besoin de beauté. Tout à fait légitime. Toujours est- il que nous nous séparâmes en fin d'après- midi avec ces contrariants boutons en mémoire. Pour le besoin de beauté, ma foi, on reviendra.
Deux heures plus tard, l'armoire me tombait dessus. Un coin de tête fut rasé, mon cuir chevelu raccommodé, j'étais pleine de sang et avec l'interdiction de me laver les cheveux pendant sept jours. Pour sûr, là, il y en avait de la beauté, de la beauté au naturel. Au moins, il ne me voyait pas au téléphone.. encore que d'autres événements survinrent depuis et même à distance, il savoure désormais ma voix ... d'outre- tombe, quand elle veut bien lâcher un son. ( à suivre).