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Il est 5h.

 Et cela faisait plus d'une heure que je tournais dans le lit avant de finalement me lever, agacée.

Il y a des périodes où je ne dors pas. Bien que cela me fatigue au plus haut point, je constate malheureusement que quand je suis préoccupée, je ne dors pas.   Il est évident que mes levers à pipi urgents en pleine nuit ne facilitent pas le sommeil surtout quand le quotidien est en phase de changement. Je me demande souvent comment je tiens ensuite la journée.

Avant la maladie et les traitements permanents, j'ai passé des années à ne dormir que 5h en nuit entrecoupée parce que j'étais seule face à la multitude des tâches quotidiennes, entre le travail, le garçon petit dormeur, la difficulté à joindre les deux bouts matériellement, les études et/ ou la recherche d'un emploi, d'un logement, de tel ou tel appareil ménager ou mobilier, des affaires judiciaires interminables, des questionnements relationnels flous, l'attitude d'autres incapables d'être au clair avec moi (et ça, ça m'a minée à un point que je ne saurais décrire !)... Bref, j'en ai fait des nuits trop courtes et non reposantes.  Avec le recul et la psychanalyse, j'en suis arrivée à me dire que la virulence de la maladie  n'a été que le reflet du ras-le- bol généralisé qui habitait et mon corps et mon inconscient. A force de se croire tout- puissant, mon mental a complètement court- circuité mon organisme et le cri toujours ignoré m'a clouée sur place : « Maintenant, tu ne te préoccupes plus de l'extérieur, tu t'assois, tu regardes à l'intérieur et tu réfléchis en conscience ! » Ben oui ma vieille, autant tu croyais tout contrôler, autant la baffe a été violente. Lâcher prise total par la force des événements et le refus du corps à répondre à mes ordres.

J'ai donc fait le grand ménage interne ; inévitablement, les répercussions portent sur l'externe. Si certaines blessures inflammées (comme peuvent l'être ma moelle épinière et mes nerfs optiques, et oui) semblent s'être apaisées, je suis en plein bouleversement. Ma recherche de logement adapté m'a confrontée à la dure réalité de l'incompréhension et de la faiblesse sociale en raison d'un choix de vie humain et non financier.  Certains choix que je pensais porteurs d'avenir sont devenus des boulets, je chemine également sur la voie du deuil vis-à- vis de certains rêves du passé. Evidement, je me sens bien à l'intérieur comme je n'en ai pas souvenir ; évidement, j'ai confiance en la vie ; évidement je vis au jour le jour acceptant les circonstances et nourrissant mon être à la source...

Alors, pourquoi maintenant je ne dors pas ?


Vessie capricieuse s'exprime quotidiennement, elle me rappelle constamment à l'ordre bien que je ne sache pas systématiquement ce qu'elle exprime ; d'ailleurs, il lui arrive de ne parler de rien.  Le traitement de fond lui- même provoque des impériosités, une atteinte médullaire a inévitablement des répercussions sur le système urinaire très complexe et sensible. Je suis vernie.

L'urgence voire l'imminence d'un déménagement occupe mes pensées parce que je remballe tout un pan de ma vie, je trie et range désormais sur le plan matériel. Des projets inaboutis, avortés me reviennent en pleine figure et ce n'est pas anodin.

Vivre en permanence dans un décor obsolète avec certains qui refusent, nient et fuient les changements opérés en mon interne n'est  aisé pour aucun.

En pleine phase de reconstruction après une monumentale tempête, je tourne une page avec les deuils que cela nécessite.


En écrivant cette dernière phrase, une pensée me traverse l'esprit :

Après la nuit, l'aube pointe les premières lumières du jour et c'est à ces heures entre deux que je ne dors pas.


Si mon corps a quelque chose à dire, n'est- ce pas parce qu'il est désormais en symbiose avec l'univers ?  Comme ma vue qui revient lentement permettant  l'élargissement de mon champs de vision et des possibles, je crois avoir compris là ce qu'il se joue.


La vie est trop parfaite pour nous remplir de contrariétés, ce nom ne voile que ce foutu mental qui cherche à tout contrôler. Accepter que ce non- sommeil est en fait à l'image du ici et maintenant. Accepter qu'une nouvelle page s'ouvre à moi dans l'écriture de mon être. Lâcher prise. Forcément, logiquement. Face à de telles évidences vertigineuses, il me semble normal d'être anxieuse. Accomplir un tel chemin, tout bouleverser, c'est loin d'être une voie tranquille et confortable. Je ne veux pas gâcher la tâche effectuée d'autant qu'il reste une longue route à parcourir et je ne suis qu'un être humain. Accepter aussi mes peurs, mes doutes, ces travers du passé qui désormais connus et contenus n'en finissent pourtant pas de faire partie de moi.  


Il est maintenant 6h passées, je ne dors pas. Plus de deux heures  de trou dans le sommeil. Je retournerai au lit tout à l'heure avec l'espoir de rattraper ce manque physique. J'ai du pain sur la planche pour la journée, des trucs qui trainent et me préoccupent outre mesure, il est plus que temps de m'y atteler. Petit à petit, lentement, j'avance.


Le hasard n'existe pas, nous sommes acteurs de nos vies, le tout est d'arriver à ouvrir nos yeux sur soi- même afin de ne pas rester prisonniers de schémas inconscients malsains. Nous ne cessons jamais d'apprendre, je suis en phase d'acceptation de mes faiblesses, de mon humanité. J'en ai fini avec le mythe de la toute puissance.  


Tiens, j'ai faim.

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Commentaires<br /> <br /> <br /> Commencer ce commentaire par un "bonjour" serait malvenu...Comme je te comprends, comme je partage tes ressentis, comme je ressents tes sensations.Je n'ai pas connu cette saloperie de maladie qui t'as fait prendre conscience de certaines choses, mais d'autres "choses" m'ont ammenées aux même conclusions.Ce matin, à la radio, vers 7 h, un type parlait du bonheur... vaste sujet, combien de fois a-t-il été traité. Presque toujours pour arriver à la même conclusion.Le bonheur... ça se construit !Oui... si on veut.Je crois que personnellement - excuses moi de parler de "moa" encore une fois - j'ai fait le deuil de tout ce qui ne s'est pas passé - ou plutôt terminé - comme je l'avais envisagé, projeté, programmé.Nous sommes le "fruit" d'une société qui s'est persuadée "qu'il faut vouloir pour que ça arrive" - sacré proverbe qui dit : vouloir, c'est pouvoir - grâce à notre intelligence toute puissante, à notre culture judéo-chrétienne...Je pense que les "peuples" plus proches de la nature - chamaniques, bouddhistes - n'ont pas ces projets de vie imbéciles.Certes, les "progrès" nous ont permis de s'affranchir de tâches pénibles, nous permettent de nous soigner, d'accéder à certains éléments de confort, mais... "nous avons dépassé les bornes des limites"..."ON" nous pousse à se surpasser dès l'école. On nous y force à ingurgiter des savoirs inutiles, laissant au passage de côté l'enseignement de la philosophie qui nous serait si utile pour avancer sur le chemin de la vie.Notre société "bassement mercantile" nous pousse à la consommation, au toujours plus, toujours autre chose.Nos organismes, à l'image de la société, ne supportent plus les inepties : maladies, consommation de drogues (anxiolitiques, "H", cocaïne, alcool, ...) sont les signes apparents de nos "mal être" profonds.Pour en revenir à ces nuits d'insomnies, comme celle que tu relates, je les compense en faisant la sièste, car moi aussi je ne passe pas une nuit sans me réveiller tous les 1/4 d'heures !Oui, tout simplement, la sièste. C'est là mon grand luxe.Depuis que j'ai été mis à l'écart de la société, je m'écoute. Je vis pour "moa" sans culpabiliser désormais.J'imagine que pour une personne comme toi qui a charge de famille - ton fils - et un emploi, il est des contraintes qu'on ne peut éviter, mais depuis peu j'ai pris la décision de VIVRE au jour le jour.Le "lendemain", le "après" je ne m'en soucie plus. Advienne que pourra...Je me fixe des objetcifs de travail "raisonnables" - je crois que tu avais parlé de ça toi aussi à propos de ta maladie - et je m'impose de les atteindre. Ensuite, je me dis : à chaque jour suffit sa peine. C'est ainsi que jour après jour, j'entre dans cette nouvelle vie "d'agriculteur", à pas de velour. Je pense de que de plus en plus de personnes sont lasses de ces objectifs de "bonheur" inateignables et futiles, dont le summum est "si t'as pas une ROLEX à 50 ans, c'est que t'as loupé ta vie" (dixit SEGUELA).Je pense que "toujours plus" est en train de mourrir...En attendant sa mort, l'agonie continue à faire de la casse et nous en payons l'addition tous les jours.Bon dimanche et... fait une petite sièste après déjeuner.<br /> Commentaire n°1 posté par Philippe PHLQ le 12/07/2009 à 08h26<br />  <br /> <br /> <br /> Je reviens d'une petite pause post déjeuner pour répondre aux commentaires en écoutant le chant des baleines et des oiseaux. Vois-tu, pour l'un c'est la maladie, pour l'autre un deuil, pour celui-ci une rupture, pour celui-là, le chômage; peu importe, l'événement en soi n'a pas de nature. C'est plutôt  l'onde de choc productrice de profonde réflexion qui compte. Quand à notre société prétendument moderne, j'en reviens inévitablement à Pierre Rabhi parce que lui a fait le tour de la question et propose des voies intelligentes à mes yeux. Mariev évoque dans son commentaire notre incapacité à anticiper la chute de cette civilisation, je me fâche parfois de constater nos obstinations à rester dans des voies sans issue, individuellement ou collectivement. Par contre, j'aime à me souvenir que quand une espèce est parfaitement adaptée à son environnement, elle est en danger de disparition quand cet environnement change ce qui est inévitable. Par nos cheminements individuels, nous avançons tous et le salut des hommes viendra peut être de manière inattendue... Comme dans le Seigneur des anneaux, la terre du milieu est sauvée par les hommes faillibles et mortels, quelques discrets hobbits et non par les elfes magnifiques ou les nains robustes et travailleurs.  Magnifique image à laquelle j'aime penser... Bon dimanche. <br /> <br /> Réponse de fée des agrumes le 12/07/2009 à 14h37<br /> <br /> <br /> Comme je connais bien ton problème de vessie (les handis "neurologiques" le connaissent) permets-moi de te dire que malgré tout quelquefois elle te laissera tranquille. Pour moi c'est le signe infaillible que tout va bien. Je ne relâche pas pour autant la recherche permanente, renouvelée, d'équilibre et de sérénité.Dans le cas d'insomnie, je commence par remercier la vie de me donner le signal de ce qui ne va pas. Cela dans une recherche spirituelle. Certaines personnes qui n'ont pas cette recherche ont peut-être moins d'insomnies, mais évoluent aussi plus lentement.Ensuite on peut lâcher prise et faire confiance que dans cet état les problèmes vont se résoudre d'eux-mêmes, chacun à son tour, et ne pas se décourager. Une petite sieste l'après-midi te rendra service: les choses matérielles n'avanceront pas pendant ce temps mais au réveil tu auras toute l'énergie nécessaire (physique et mentale) pour tout régler.Surtout, ne pas maudire la maladie, le mental, ou quoi que ce soit en comparant aux autres, qui ont leurs problèmes chacun à son niveau d'évolution spirituelle.Affectueux bisous<br /> Commentaire n°2 posté par Annie le 12/07/2009 à 08h50<br />  <br /> <br /> <br /> La vessie en baromètre de l'état général, et oui. Les insomnies révélatrices d'un truc caché qui préoccupe, et oui. Trop longtemps, j'ai ignoré les messages envoyés par ces biais physiques, désormais, j'essaie de dépasser la lutte armée contre moi- même. La maladie  a été un cadeau du ciel et je l'ensorcelle de cette façon car elle m'a permise de me recentrer; je ne suis fâchée non contre le mental mais bien contre mes errances passées. Je n'ai pas accordé de place à mes ressentis, à mon corps et j'en ai payé le prix fort. Autant j'ai obstinément creusé le déséquilibre, autant la réplique a été forte, c'était nécessaire pour reprendre l'équilibre. Chaque jour est un cadeau d'enseignement. Belle journée à toi.<br /> <br /> Réponse de fée des agrumes le 12/07/2009 à 14h45<br /> <br /> <br /> Un bon dimanche de la part d'une autre "insominiaque", lever à 5h20 pour moi, mais je ne me recoucherai que ce soir. C'est pratique en semaine, je vais marcher 3/4 d'heure avant d'aller travailler, mais les journées sont longues...On va dire que c'est un cap à passer, et que le sommeil reviendra ;-)Courage<br /> Commentaire n°3 posté par pandora le 12/07/2009 à 09h03<br /> <br /> <br /> Oui, il reviendra, c'est un passage. Tout n'est qu'impermanence dans l'univers. <br /> <br /> Réponse de fée des agrumes le 12/07/2009 à 14h46<br />  <br /> <br /> <br /> Je bisse le commentaire de Philippe, vois-tu ... excepté que je crains que le "toujours plus" ne soit pas mort, au contraire, il s'est amplifié et accéléré ... Il s'écroulera en même temps que tout un pan de notre civilisation : ce n'est pas une vision catastrophiste ni négative, juste un constat qu'il est fort dommage d'attendre le clash pour comprendre et réagir ... Mais je crois que nous sommes incapables, malgré toutes nos facultés intellectuelles, et ce qu'il nous reste de cerveau reptilien (qui, si, si, parvient à se manifester à nous), d'an-ti-ci-per. Sauf quelques rares personnes éclairées.Tes insomnies sont une étape, en effet. Tu as suffisamment de clairvoyance maintenant pour le savoir. reste à le vivre aussi bien que possible. Une petite sieste?;)<br /> Commentaire n°4 posté par mariev le 12/07/2009 à 11h34<br /> <br /> <br /> Un repos léger, de la douce musique, de belles lectures, quelques compagnies tranquilles et bientôt, je repartirai sur les chapeau de roue. A bientôt!!!<br /> <br /> Réponse de fée des agrumes le 12/07/2009 à 14h47<br />  <br /> <br /> <br /> Mmmh... je ne ferai pas encore un autre commentaire intelligent, parce que je ne ferais que répéter ce qui a déjà été dit...Je note simplement qu'à la fin tu dis que tu as faim... moi, quand j'ai faim, je n'arrive pas à dormir... Ma devise est d'ailleurs "Qui dîne dort" (et non l'inverse)... Alors suis le conseil d'une sage <br /> Commentaire n°5 posté par coq le 12/07/2009 à 11h59<br /> <br /> <br /> Ben oui, j'ai mangé qq pruneaux avant de retourner au dodo pour 2 heures. Longtemps je n'ai pas dormi pcq j'avais faim, sans m'en rendre compte... mais quand je suis très préoccupée, je n'ai pas d'appétit et là c'est très mauvais signe. Qui dort dîne, cet adage est mal connu, autrefois, il voulait dire qu'à partir du moment que l'on dormait qq part, le dîner était donné d'office; manger le ventre vide, qui peut donc le faire ??!! Aussi mal que j'ai pu l'être dans les pires instants de la maladie, cela ne m'a pas empêché de manger et savourer. La chimio m'a qq peu contrariée, j'ai résisté et remettre la main à la pâte a été une de mes plus grandes joies dans la convalescence d'où l'entrain quotidien révélé dans mes chroniques miam miam héhé. Je vous réserve qq belles surprises, au passage... <br /> <br /> Réponse de fée des agrumes le 12/07/2009 à 14h57<br /> <br /> <br /> <br />  <br /> J'ai lu attentivment ton texte...tes insomnies...j'ai fait un parallèle avec les miennes...c'est fou comme elles peuvent être différentes...elles m'ont inspiré plusieurs billets que j'aurais beaucoup de mal à aller repêcher....j'ai néanmoins retrouvé celui-ci....<br /> ....Les insomnies de Barbara ...<br />  <br /> qui bercent les miennes sans succès..<br /> sa voix hachée et hésitante en fond sonore virtuel...<br /> Les yeux ouverts sur la nuit blanche , à détailler les ombres du plafond...<br /> Les absents si présents qui viennent hanter la vacuité de mon esprit en quête de sommeil...<br /> le passé qui se télescope au présent comme une machine à voyager dans le temps qui serait devenue folle....<br /> fantasmagories multiples que l'on voudrait graver quelque part pour les faire vivre au grand jour...<br />  <br /> C'est dans ces moments là que je brosse mes plus belles peintures...<br /> que j'écris mes plus beaux textes que je triture , fignole , cisèle à l'infini pour atteindre une perfection que j'aurais oubliée au petit matin...<br />  <br /> C'est dans ces moments là que tout devient possible<br /> que l'on ose ce que l'on n'a jamais osé<br /> et que l'on devient ce que jamais on ne sera jusqu'aux premières lueurs de l'aube.. <br />  <br /> <br /> Commentaire n°6 posté par Bottle le 15/07/2009 à 17h49<br /> <br /> <br /> A chacun ses insomnies. Change le temps, changent également les insomnies. Tout va, tout vient et pfuit, nous passons à autre chose. J'aspire à dormir, simplement.<br /> <br /> Réponse de fée des agrumes le 21/07/2009 à 14h07<br /> <br /> <br /> <br />  <br /> *Très jolie bravo c'est super.tu as du courage pour réaliser une si grande création.magnifique !!!!!Location Marrakech   <br /> Commentaire n°7 posté par LOCATION MARRAKECH le 17/07/2009 à 16h25<br /> <br /> <br /> Quel est cet étrange commentaire?<br /> <br /> Réponse de fée des agrumes le 21/07/2009 à 14h08<br /> <br />
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