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Hasard, par delà l'Atlantique avec Michelle Vignes.

Petite, lorsque nous jouions aux cow- boys et aux indiens, j’étais toujours chez et pour les Indiens. Quand je regardais les westerns, j'étais indignée de leurs représentations et plus tard, j'ai constamment affirmé mon mépris pour les États- unis fondés d'après moi sur un génocide. J'ai vu plusieurs fois l'exposition Mémoire d'Amériques, y ai pleuré à chaque passage et m'y suis fâchée aussi. J'ai eu la passion des autochtones sur tout le continent et si j'en avais eu les moyens matériels, j'aurais probablement fait mon mémoire de maîtrise autour d'eux. C'est dans ma nature de me préoccuper des minorités, des opprimés, voilà. Chaque culture, langue détruites est une perte pour toute l'humanité, j'en suis convaincue.

Je n'ai jamais rencontré aucun Indien, hormis un sculpteur péruvien venu quelques heures pour se perfectionner en français. J'étais enchantée de voir ses travaux et de papoter avec lui ( qu’est- ce qu'il était beau en plus!). Si je suis frustrée de si peu, j'avoue que je ne saurais quoi dire ou faire si l'occasion se présentait de parler avec l'un d'eux de leur patrimoine, de leur histoire ou de me rendre sur un de leurs territoires, il y a tellement d'hurluberlus et d'illuminés façon new- age qui fantasment leurs traditions. J'aurais surtout envie, je crois, de me faire toute petite et de simplement écouter et regarder loin du folklore à touristes.

Mon fiston étant de la même trempe se fâche aussi souvent de ce qui leur a été /est infligé. L'an dernier, comme nous discutions des États Unis avec une amie fascinée par ce pays, il exprima ouvertement son indignation. Elle lui répondit qu'ils avaient perdu, c'était comme ça et rien n'y faisait, le passé étant le passé. Aujourd'hui, ces mots encore résonnent en moi et m'interpellent, il y a là une affirmation qui me déplaît. Aussi, grâce à la merveilleuse Médiathèque, j'ai réservé quelques livres sur la cause des Indiens d'Amérique et par bonheur, ils sont arrivés pour les vacances. J'ai commencé par ce premier ouvrage, recueil de photographies en noir et blanc:

Indiens d'Amérique, 35 années de lutte pour la souveraineté par Michelle Vignes, éditions Léo Scheer.


« Alors que je n'étais qu'une jeune photoreporter récemment arrivée à San Francisco, un article paru dans un journal local attira mon attention. Il était dit que l'île d'Alcatraz avait été achetée il y a bien longtemps aux Indiens pour 24 dollars, et qu’aujourd’hui il la revendiquaient pour la même somme.

Lorsque l'île fut occupée par un groupe d’activistes, sans hésitation, je décidai d’aller sur place. Ce qui se présentait comme un simple reportage est devenu le sujet de toute une vie. »

Cette Française partagea leurs vies pendant de nombreuses années à travers tout le pays, s'immergea dans leurs cultures, les photographiant jour après jour. Ce livre montre la naissance et l'évolution de l'American Indian Movement. Bien loin des représentations de peuples écrasés et soumis, il en ressort une dignité et une force incroyables avec toutefois une profonde tristesse dans le regard.

L'AIM est fondée en 1968 à cause de la violence dans les maisons de correction, les prisons, les taudis, du taux de chômage vertigineux, des brutalités policières, de la corruption gouvernementale dans le réserves indiennes et des politiques racistes pesant sur les droits des autochtones […], l'AIM s'est lancé dans l'action politique pour changer les conditions de vie des indigènes.

Occupation de l’île d'Alcatraz en 1969, organisation de la « Piste des traités violés » soit plus de 2000 personnes marchant sur Washington en 1972 avec occupation du bureau des affaires indiennes, siège de 71 jours à Wounded Knee contre 300 agents du FBI, 90 policiers pour montrer que les guerres contre les Indiens n'étaient pas terminées, manifestations multiples et fréquentes, conférences internationales des traités depuis 1974 demandant leur représentation aux Nations Unies, longue marche en 1978 sur 6 mois, 4500 km en relai traversant les États- Unis afin d'attirer le public sur leurs problèmes, longue course en 1984 en l'honneur de Jim Thorpe, champion olympique indien de 1912, cérémonie de deuil le 12 octobre, commémoration de l'arrivée de Christophe Colomb, ouverture d'écoles, … Ces peuples se battent! Pour leur culture, leur langue, leurs traditions, pour survivre, espérant vivre et exister.

C'est un combat permanent car le contexte ne leur est pas favorable. Les États- Unis ne respectent pas les traités qu'ils ont signés avec eux, les droits attribués aux autochtones sont bafoués, leurs manifestations, leurs doléances écrasées ou méprisées, les meneurs emprisonnés pour certains depuis des décennies. Les lieux sacrés ne sont pas protégés, les langues sont en danger, la culture s'étiole insidieusement d'autant que la délinquance, l'alcool, la drogue menacent les jeunes.

J'ai appris notamment des éléments importants:

  • Pour avoir l'autorisation de gérer un casino, les Indiens perdent la souveraineté sur leur territoire qui revient alors à l’État. Oren Lyons, chef Onondaga y pressent la fin des Nations indiennes et appelle à la résistance en refusant cette voie d'accès à l'argent.

  • Les États- Unis interdisent aux Indiens de se présenter aux Jeux Olympiques en tant que Nation indienne.

  • La majorité de la population américaine soutient la cause des Indiens.

Je ne suis certainement qu'au tout début de mon instruction, et le deuxième livre promet bien d'autres découvertes puisqu'il s'annonce plus engagé et revendicatif. Ce premier a le mérite de poser des jalons concrets à la connaissance de ce long combat et il me permet d'affirmer que les Indiens d'Amérique n'ont pas perdu, leur cause n'est pas désespérée, ils se battent encore et encore. Il importe de ne pas être indifférent, de s'informer, de porter l'écho de leur combat parce qu'ils représentent une partie de nous. Leurs ensorcellements du monde nourrissent celui des autres, leur lutte est légitime, elle nourrit notre humanité, elle nourrit nos combats. Pourrions- nous nous contenter d'un monde uniformisé? Certainement pas.



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F
http://www.marianne.net/obj-washington/Indiens-d-Amerique-un-genocide-tranquille-et-presqu-acheve_a40.html<br />  <br />
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S
Il est effectivement de notre responsabilité de propager l'information sur les luttes de peuples opprimés dès que l'on en a pris conscinece ! L'écrasement de la liberté et le meurtre des populations autochtones ne datent pas d'hier. Merci pour toutes ces informations !
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F
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C
J'essaie encore une fois de voir si mon mail s'achemine. je vois que Melle Cinéma te suit elle aussi..... bon article sur les indiens d'amérique avec lequel je suis entièrement d'accord. La roue tourne, l'impermanence des choses fera peut-être qu'un jour leur terre leur soit rendue. Danse avec les loups m'a marqué profondément, mais depuis toujours moi aussi enfant j'étais une "indienne" dressée avec le poing. J'ai vu dans un autre de tes articles que les jugements t'inquiètent, laisse dire, ton blog est une super thérapie, une incroyable documentation, et un chef-d'oeuvre d'écriture. Gin.
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M
Bonjour! Votre article est vraiment très interressant. C'est vrai que moi aussi, je trouve terrible ce qui est arrivé aux indiens qui étaient tout simplement chez eux sur leur continent! Bon dimanche
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