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Grimpette.

 

En juin 2006, ma vie basculait dans l’engrenage infernal de la maladie. Aujourd’hui, j’ai une folle envie de faire un pied de nez  monumental à tous les défaitistes, désabusés de la vie, pessimistes et autres négatifs de tout poil.

 

Mon fiston se passionne pour l’escalade depuis plusieurs mois et je l’ai rarement vu aussi enthousiaste sur la longue durée ; forcément, cela me rend heureuse. Il m’est arrivé de l’accompagner, il me demandait de rester pour le regarder grimper, assurer… et glandouiller. J’avoue m’être glissée dans un coin tranquille pour pratiquer du Qi Gong pendant ces heures de présence ; je ne peux rester longtemps assise, le corps a ses raisons et je ne suis pas le genre de mère à m’extasier bêtement devant les faits et gestes de son enfant ( enfin, je crois… ) . J’observais toutefois de mon œil affuté son attitude ainsi que les  enseignements d’escalade.

Petite, j’adorais grimper ; lors de nos promenades, tout mur ou escarpement était une aventure plaisante. Après mon bac, je suis partie en Urss dans le cadre d’un échange culturel et sportif (je raconterai ultérieurement cette merveilleuse aventure) où l’escalade était au programme. J’étais fascinée par les grimpeurs avertis, mon premier essai fut par contre pénible. Mes petits bras n’avaient pas la force de me tirer vers le haut et l’effort demandé me sembla au- dessus de mes capacités ; j’ai alors préféré le canoë et la cueillette des myrtilles. L’occasion de grimper ne se présenta plus.

Avec la maladie et la paralysie de mes jambes pendant 8 mois, j’ai mobilisé en compensation mes petits bras pas musclés : se lever, se soulever, se hisser, se transférer, pousser les roues du fauteuil. Mon corps a changé. A ma joie de remarcher, de sentir le gain de force de mes bras, je rêve de temps en temps aux sports aimés du passé testant chaque jour mes capacités d’endurance, les réactions du corps dans le mouvement et l’agitation ; en cela, le Qi Gong est tout bénéf parce que c’est lent et profond. Restent des sports désirés pour lesquels les circonstances ne se prêtent guère aisément.

En voyant mon fiston dans ses exercices, j’eus envie d’essayer une grimpette sur le mur d’escalade ; malheureusement, certainement pour des raisons de responsabilité, le prof nous renvoya aux cours pour adultes. Mince !

Il y a quelques semaines, nous sommes partis avec un de ses camarades en balade dans les bois derrière chez nous.  Nous marchions tranquillement sur les chemins puis ils voulurent me montrer des coins secrets de leurs cabanes. Nous nous enfonçâmes dans les fourrés. Ma jupette légère et mes mollets nus n’étaient pas propices à l’exercice mais je m’en remis à eux. Finalement, nous fûmes dans une espèce de trou et ils voulaient absolument aller de l'avant. Alors qu’ils gambadaient allègrement sur des arbres tombés en travers du fossé, je grimpai sur le versant le plus abrupt. Me remémorant les gestes de l’escalade, je positionnai mes membres en étoile à la recherche de prises. En silence,  jupette et petites chaussures, je grimpais quand mon fiston tout à coup mesura mon avancée. Ce fut une exclamation joyeuse : «  Waouh MAMAN !!! » Son camarade le regarda surpris, il lui expliqua gentiment que j’étais malade et handicapée, que véritablement, c’était incroyable ce que je faisais là en cet instant. « C’est que j’ai observé et appris de tes escalades garçon ! ». Olala, qu’est- ce que nous étions fiers  quand je parvins au sommet!

Mis à part un pipi express au milieu du chemin sous l’effet des efforts qui valut un petit exposé au camarade sur la moelle épinière et ses lésions, nous profitâmes pleinement de cette promenade de presque une heure.

 

Hier soir, je suis allée à la fête de la musique où j’espérais retrouver mon amie Sabine de passage en France. Fiston resta à la maison ; comme il ne retrouve plus son trousseau de clef, je lui laissai les miennes pensant ne pas rentrer très tard, cela le rassure de pouvoir fermer en mon absence. 

Au centre ville, je vis les habituelles places pour handicapés occupées par des voitures sans macaron, je me plaçai devant l’une d’elle EXPRES (bon, je suis pas si vache, elle pouvait sortir de l’autre côté). Je déambulai dans les rues en quête d’une scène intéressante et atterris sur une petite place. Deux messieurs y jouaient du jazz, piano et clarinette. Super ! Les bancs étant occupés, je grimpai maladroitement sur la margelle d’une fontaine en trois essais peu gracieux, guettant de ma hauteur le passage de Sabine.

Suivit un groupe de musique des Balkans. Sur un banc, au deuxième rang, je profitai pleinement du spectacle ; fan de Goran Brégovic et des musiques tsiganes, j’avais de quoi me satisfaire. Sabine me retrouva après que j’eus agité mon foulard au rythme de la musique par-dessus le public. Quelle joie d’être ensemble!  Le concert fini, nous mangeâmes une gaufre (digne d'un récit à elle seule)  en regardant des danseurs de hip-hop spontanés, nous échangeâmes quelques mots avec un passant dans la bonne humeur. Vint l’envie de rentrer au chaud, il était une heure du matin.

En garant la voiture devant l’immeuble, je me souvins que j’avais laissé mes clefs au fiston. Aïe aïe ! Toutes les lumières étaient éteintes, je m’inquiétai de la première porte habituellement fermée, difficile à ouvrir avec la clef. Je la trouvai heureusement ouverte et me réjouissais de me chauffer sous la douche et sous la couette quand je butai sur la porte d’entrée de l’appartement fermée ! Nooooooon !  J’eus beau sonner, taper, rien n’y fit. J’appelai depuis mon portable en vain, il dormait à poing fermé. ARG ! Je fis le tour espérant trouver une fenêtre ouverte, nada. Ma dernière chance résidait dans l’escalade : monter sur le banc, glisser le pied sur le petit renfoncement du sous- bassement, pousser sur les jambes et les bras pour atteindre le rebord de sa fenêtre. En étais-je capable? se-gratte-la-t-te.gif   N’y réfléchissant pas plus, je tentai l’aventure; la facilité avec laquelle je me hissai me ravit.

Je pus m’asseoir le long des vitres et entamer le tambourinage aux rythmes variables qui dura 20 bonnes minutes. Je regardai la ville dans la nuit, les lumières vives, j’écoutais les bruits au loin, je m’imaginai coincée dehors, envisageai de dormir sur ce bord de fenêtre, dans la voiture, chez ma mère … Bref, un léger agacement dû à la fatigue, pas de colère, d’énervement ou de panique. Le calme.

Alors que je n’y croyais plus, je le vis assis sur le lit, hagard. J’étais prête à rentrer par la fenêtre, il préféra m’ouvrir, confus : «  Oh, maman, excuse- moi, je suis tellement fatigué ». Je l’embrassai joyeusement, dédramatisant. Cela se révélait plutôt drôle après tout : le jeune ado qui roupille sagement,  la mère qui fait la nouba tard le soir en semaine qui plus est, et pour rentrer, grimpe par la fenêtre ! C’est cocasse non ? Principalement, je suis reconnaissante à ces circonstances de me permettre de mesurer la souplesse et la force que porte mon corps meurtri.  

 

Moi je vous l’dis : vive la grimpette !!!

Bientôt, j’essaierai le mur d’escalade !

mdr.gif

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J
Commentaires<br /> <br /> <br /> <br /> Bravo pour tes exploits, tout ce chemin de remontée vers la vie.<br /> Cependant, même sans mouvement, sans le sacro-saint sport, un être humain reste humain et digne d'exister!<br />  <br /> <br /> Commentaire n°1 posté par Annie le 23/06/2010 à 10h09<br /> <br /> <br /> Bien sûr!<br /> Pour moi, ces essais "sportifs" sont des victoires, des défis que je relève afin de mesurer mes capacités au quotidien. C'est également une chance incroyable que de pouvoir les re- faire après ces mois d'immobilisation.<br /> <br /> Réponse de fée des agrumes le 23/06/2010 à 15h38<br /> <br /> <br /> <br />  <br /> Tu l'as très bien terminé toi-même mais MDR.... L'image devait effectivement être bien amusante :D Et puis, c'est bien que ça te donne l'occasion de découvrir les ressources cachées de ton corps ;D<br /> <br /> Commentaire n°2 posté par Latan le 23/06/2010 à 15h42<br /> <br /> <br /> Ce sont mes expériences et tests quotidiens. Héhé.<br /> <br /> Réponse de fée des agrumes le 24/06/2010 à 22h27<br /> <br /> <br /> <br />  <br /> Bon, ben maintenant on sait que c'est facile d'aller cambrioler chez toi :p.<br /> <br /> Commentaire n°3 posté par Magali le 24/06/2010 à 13h14<br /> <br /> <br /> Rhoooooo!<br /> j'ai rien d'intéressant, na! une tonne de bouquins! et des machines obsolètes! même pas de télé écran plat! <br /> <br /> Réponse de fée des agrumes le 24/06/2010 à 22h28<br /> <br /> <br /> <br />  <br /> Merci de nous faire partager tes expériences cocasses : je suis heureuse de te voir fière (à juste titre) des progrès accomplis.<br /> <br /> Commentaire n°4 posté par cybione le 25/06/2010 à 10h17<br /> <br /> <br /> C'est  la présence à ce que je vis: réaliser à quel point ce petit rien est plein d'importance, pour moi, là, à ce moment.<br /> Ensorcèlement du monde. <br /> belle jouréne au soleil <br /> <br /> Réponse de fée des agrumes le 25/06/2010 à 18h14<br /> <br /> <br /> <br />  <br /> Un papillon sort lentement de sa chrysalide. C'est l'entame d'une deuxième vie celle de la sagesse et de l'émerveillement.<br /> Sans doute autrefois te serais-tu impatientée au lieu de regarder les lumières de la ville. Beaucoup à dire, mais j'ai du mal à être prolixe.<br /> <br /> Commentaire n°5 posté par le petit cinématographe le 24/11/2010 à 22h49<br /> <br /> <br /> Je me serais plus énervée je crois. heureusment, la vie est là pour nous enseigner, constamment.<br /> Je suis très contente de tes commentaires, je n'en demande pas plus. <br /> <br /> Réponse de fée des agrumes le 25/11/2010 à 11h00<br /> <br />
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