Tant de choses en si peu de temps. Moments forts de l’existence qui ne quittent pas l’être tant que son cerveau le lui permet…
J’étais arrivée en fin de semaine dans le service de rééducation et en discutant avec Anne et Bénédicte, infirmière et aide-soignante, j’évoquai ce plaisir impossible de prendre un bain. Sans y réfléchir plus, elles me prirent au mot : elles étaient là toute les deux ce dimanche et comme le service se vidait le weekend elles pouvaient s’occuper de moi. Oh, était-ce donc possible ?
Ce jour-là, je profitai de la liberté accordée aux personnes hospitalisées dans le service: dodo libre tous les dimanches matins. Dans ce nouveau lit, avec des soins adaptés à ma condition jour et nuit, je pus enfin retrouver le goût, le plaisir de dormir, de me réveiller un dimanche, jour particulier dans l’agitation du quotidien, de prendre un petit-déjeuner agréable, détendue sans avoir à subir les tensions et les cris de la maison. Dans ce service, tous les matins, la porte s’ouvrait au loin sur des sourires que je ne voyais pas mais qui faisaient chanter la voix et mon cœur quand à la maison, il n’y avait que douleur, contrariété et inquiétudes. Je commençais à retrouver un peu d’humanité.
Quand j’eus fini de déjeuner et que leur petit tour matinal fut terminé, Anne et Bénédicte vinrent me chercher avec l’appareil adapté : une sorte de brancard à bras et axe décalé sur lequel la personne est transférée depuis le lit, conduite au bain et plongée directement dans la baignoire adaptée sans être encore transférée. Elles m’apprêtèrent, me transférèrent et prirent soin de moi avec une grande douceur. Je parcourus les couloirs en n’en voyant toujours que les vagues plafonds couchée sans mot dire. Quand la porte de la salle de bains s’ouvrit, je vis cette fameuse baignoire et je n’en revins pas. Il fallut me tenir pour que je ne glissasse pas sur le brancard en plastique quand mon corps entra dans l’eau. Sensation incroyable entre incompréhension et bonheur ; je ne sentais pas la chaleur de l’eau, je ne pouvais pas empêcher mon corps de flotter, de glisser, de se laisser emporter par l’eau et quel plaisir de retrouver cet enveloppement particulier, ces membres et ce tronc plus légers… Je rayonnais tant qu’elles en furent touchées : ça fait vraiment plaisir votre reconnaissance pour notre travail, je les remerciai plus d’une fois.
Elles me laissèrent quelques minutes pour profiter de l’instant dans l’intimité et je fus transportée dans une autre dimension du rapport au corps. Après le matelas gonflé à l’air, la flottaison dans les eaux. Plaisir anodin et ô combien bienfaisant dans les méandres de la souffrance physique. Je fus savonnée, lavée de la tête aux pieds, bichonnée avec des produits parfumés et aucune de mes demandes ne fut refusée. Dans la chambre, je fus habillée de propre et parfumée. Bénédicte me fit même un brushing pendant que nous discutions toutes les trois.
Jamais je n’oublierai ces instants d’humanité profonde.
Merci à vous mes toutes belles.