L’autonomie ne se joue pas uniquement en amont, elle est à penser également en aval. Ainsi en est- il de la gestion des déchets, eaux usées et autres reliquats d’activités humaines. Si facilement les résidus alimentaires sont recyclés chez les animaux dont les joyeux cochons, si le tri sélectif est une évidence dans un coin de la ferme, reste la grande question des déjections et des eaux usées. Cette après- midi lui fut consacrée.
En plus des séjournants, d’autres personnes venues de tout horizon étaient présentes. Ce fut long et j’avoue avoir somnolé dans la salle de présentation, écourté ma présence en filant avant le parcours itinérant sur le site. Mes indications techniques ne seront pas très claires non plus, je ne suis pas spécialisée, ma culture dans ce domaine étant très empirique.
Dans la cuvette des toilettes, il y a deux compartiments, l’une pour les urines, l’autre pour les déjections. Le choix de traiter séparément importe énormément car le fait de mélanger urines et déjections implique d’utiliser une sciure ou quelque autre matière sèche dans le but d’empêcher les odeurs conduisant ainsi vers une autre démarche.
L’utilisation des toilettes est normale sauf que les hommes ont à s’asseoir et qu’il n’y a qu’une mini chasse d’eau. Ce détail peut paraître anodin cependant, croyez- moi, ce rituel automatique manque aux premières utilisations. Le geste, le bruit, la présence de l’eau ont pris place dans nos représentations au point de déstabiliser par leur absence.
A l’arrière, le trou conduit les déjections et papier dans un seau au fond couvert de paille, vidé régulièrement dans un composteur où des vers le transforment. Je ne suis pas allée voir donc je n’ai pas de photo. L’explication est simple : ce sont des fosses où sont déposés les contenus des seaux en strates, par- dessus est étalée de la paille afin de protéger les vers des variations climatiques. Quand la fosse est pleine, une autre est commencée, il suffit de récupérer une pelle de l’ancienne avec son lot de vers pour que ces derniers partent à la conquête du nouvel espace. Tant qu’ils y trouvent à manger, ils se multiplient et adaptent leur nombre à la masse de nourriture, quand il n’y a plus de nourriture, ils meurent. Le tas diminue au fil de la transformation jusqu’au tiers.
Ce compost ne peut toutefois être utilisé sur des plantations destinées à l’alimentation humaine car il y a des risques de transmission de maladies. Il est donc déposé sur les embellissements, au pied des arbres (je me demande tout de même comment en écouler autant, des adeptes pour une belle pelouse ?).
Les liquides passent par un traitement spécifique.
Les urines sont diluées par la mini chasse d’eau évitant la cristallisation puis dirigées vers un bac souterrain.
Les eaux de cuisine ont un parcours plus long en raison de leur charge en graisse notamment. Elles sont évacuées dans un premier bac rempli de paille (changée régulièrement et mise au compost si je me souviens) retenant graisses et morceaux.
Ensuite, elles passent dans un bac de décantation avant de rejoindre les eaux des toilettes et douches dans un autre bac. J’ai oublié l’utilité de chacun de ces bacs, j’ai quelques photos où il est possible d’observer l’évolution de la qualité des eaux après chaque décantation. Le lourd descend (des boues curées et recyclées en compost) entraînant les résidus avec eux au fond.
En pente douce, nous arrivons au robinet-double répartissant ces eaux purgées vers les marécages créés
artificiellement.
Le choix
des plantes est important et il s’agit de ne pas se cantonner à une seule afin de jouer sur leur complémentarité.
Un micro- environnement s’installe naturellement e t nous avons vu des bestioles en tout genre crapahuter parmi les rosea ux.
Il y a plusieurs niveaux avec des graviers grossiers dans le premier puis de plus en plus fins dans le dernier filtrant les eaux.
En bout de course, une jolie mare aménagée où quelques grenouilles cabotines nous ont observés dubitativement.

Il était incroyable de voir tant de vie en ces lieux, entre batraciens et nuages de papillons, libellules et autres volants.

La législation contraint à une certaine mesure, aux Amanins, ils sont allés plus loin et il est possible de boire directement l’eau en bout de parcours. Elle est pourtant rejetée dans la rivière en contre- bas.
L’installation est vaste ici parce que c’est un lieu collectif. Néanmoins, chaque maison peut avoir sa propre phyto-épuration avec quelques menus bassins ; pareillement en habitat collectif, en ville, des friches peuvent devenir de jolis bassins verdoyants et vivants.
Avons- nous seulement conscience de notre responsabilité?