Il y a longtemps que ce sujet me trotte dans la tête, comme tant d'autres qui vont et viennent dans les méandres de mon esprit aiguisé et réactif. La nourriture a ses enjeux, les objets, les lieux pareillement, toutes nos représentations tiennent de nos ensorcèlements du monde respectifs avec ses rencontres et ses frictions. Le monde n'existe pas en dehors des projections que nous faisons de nous- mêmes sur chaque parcelle de l'interne et de l'externe. Le jardin n'échappe pas à la règle.
Mes plus beaux souvenirs d'enfance tiennent au jardin, qu'il soit potager chez ma grand- mère maternelle avec ses senteurs et ses saveurs de rhubarbe ou groseilles à maquereaux, ou qu'il soit sauvage comme celui de la grand-mère paternelle avec ses cerises, fraises et oseille sauvages, ses violettes et ses noisettes. Pourtant, je n'ai pas connu le jardin personnel en raison des chemins empruntés où le pavillon individuel et son jardinet n'ont pas de place. J'ai tenté quelque jardin loué qui n'a pas abouti en raison des circonstances de la vie. Tant pis.
Je suis venue vivre dans cette maison il y a quatre ans attirée par le petit bout de terre serré entre deux routes. Une envie folle d'en faire un lieu de plaisir et de joie m'a amenée à échafauder des projets en pagaille sans appréhension pour la quantité de travail à fournir. Pourtant, force est de constater que les esprits chagrin n'ont rien compris à ma démarche et c'est contre vent et marée que je me suis lancée dans l'aventure.
Vous remarquerez en regardant les photos ci-dessous que ce jardin était d'une tristesse affligeante. Les sempiternels thuyas qui bouffent toute la terre à leur pied rendant impossible d'autres plantations à leurs côtés, le gazon affreusement stérile et vide de toute naturalité, le sapin trop grand sur ce tout petit terrain, plus haut que la maison (un choix désastreux qui gâche la beauté de l'arbre) le béton en allée droite et austère. Evidemment, je ne l'aimais pas sous cette figure, lugubre et monotone.
Le rêve du petit pavillon avec son gazon propret et sa haie de thuyas pour cacher la pseudo intimité et/ou ses massifs bien délimités et rangés me dégoûte. Où sont les potagers ? les arbres fruitiers ? Je déteste ces jardin stériles, stéréotypés et fades, façade d'une quête de rêves impersonnels et fabriqués par je ne sais quelle bonne moralité.
Ce sont des photos numériques 2008 de photos argentiques 2004, je ne sais pas faire
autrement.
Il y a déjà quelques prémices de mes travaux éparpillés; bac à sable du fiston, bac à compost à qui nous avons fait la fête fiston et moi quand je l'ai installé, des petites plantes en pot ou en terre. Mon bazar était entamé ...